Juste une illusion

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas le partager ?

Il faut croire que les années 80 étaient fortement hallucinogènes. La preuve, deux titres sortis dans la même décennie et qui portent à peu près le même titre : Just an illusion, chantée au début des années 80 par le groupe de funk Imagination, et Juste une illusion, titre interprété par Jean-Louis Aubert quelques années plus tard…

Juste une illusion, c’est aussi le titre du dernier film du duo Toledano-Nakache. À l’instar des frères Coen – mais avec une touche très différente – ces deux réalisateurs inséparables ont construit une oeuvre qui possède une touche qu’on peut quasiment identifier dès les premières images du film. Chez Toledano-Nakache, cette oeuvre se divise cependant en deux grands courants : des films qui décrivent des sujets de société (Intouchables, Samba, Une année difficile) et des films peut-être plus personnels, qui évoquent (sans que cela soit trop prégnant) l’intégration en France des communautés juives d’Afrique du nord (Nos jours heureux, Tellement proches, Hors normes). Hors-normes était à la frontière de ces deux courants, mais Juste une illusion relève clairement de la seconde catégorie.

Nous suivons donc les tribulations de la famille Dayan. Elle vient d’Algérie, lui du Maroc, ils sont installs dans une petite cité en banlieue, probablement pas loin de Versailles où nos deux compères se sont connus. Nous sommes en 1985, le petit dernier, Vincent, prépare sa bar-mitzvah – né en 1972, le même âge que nos réalisateurs. Tout pourrait bien se passer, dans une famille pas plutôt traditionaliste que religieuse – le retour aux sources du début du 21e siècle n’a pas encore eu lieu.

Oui, mais la famille Dayan, sans le savoir, traverse les tourments de la fin du siècle qui attendent les milliers de juifs d’Afrique du nord, tout aussi concernés par les bouleversements sociaux que le reste de nos compatriotes : chômage des cadres dans ces années de désillusion socialiste, informatisation des métiers, montée en puissance du rôle des femmes dans les entreprises, lutte contre le racisme et l’antisémitisme, etc. À l’échelle de Vincent Dayan, néanmoins, cela se traduit par deux pulsions émotionnelles contradictoires : le brûlant souhait de voir enfin, avec ses potes de lycée, la cassette porno empruntée au vidéoclub du coin, et des sentiments brûlants pour une camarade de classe, issue de la classe moyenne versaillaise, et dont les parents voient d’un très mauvais oeil ce flirt multiculturel. Le solgran « Touche pas à mon pote » n’aurai-il été qu’une illusion ?

Juste une illusion n’est pas aussi drôle que certains des autres films du duo, ce n’est pas non plus le plus réussi, mais il évoque chez moi des souvenirs indéniables, comme le sentiment d’être passé par cette époque sans en comprendre la dimension. j’ai connu la cité HLM de mes grands-parents, l’émotion de l’arrive au pouvoir des socialistes avec les promesses plus ou moins tenues, l’informatisation de la société et le béguin à l’adolescence pour des filles qui n’étaient pas de mon milieu. Comme Tolédano, comme Nakache, je regarde ces années avec tendresse, et sans colère. Si ce n’est celle d’avoir, en quarante ans, laissé la société française se dégrader, au point de ne plus savoir comment soigner ses propres problèmes.

C’est peut-être celle-là, l’illusion dont il est question dans ce film : la France d’aujourd’hui vit sur une illusion. Celle d’avoir connu le bonheur, alors qu’elle vivait un destin tragique…

PS : ne ratez pas le générique de début, avec des logos issus de ces tendres années 80…

Cet article vous a plu ? Pourquoi ne pas le partager ?