Bonbons Mythos
Je me souviens d’une pub, il y a quelques années, qui disait à peu près ceci :
Y’a un moyen très rigolosse
Quand on est au bout du rouleausse
D’rester calmos
Bonbons Mentos
C’était frais, sympa. Très différent de l’ambiance du second effet Kiss Cool.
Mais avec Anthropic Mythos, annoncé ces derniers jours, on sent bien qu’il n’y pas moyen de rester calmos bien longtemps. Même quand on est au bout du rouleausse… Parce que ce Mythos là est bien moins sympathique que les bonbons Mentos. Enfin, en apparence. Mais avant de rentrer dans le débat sur les perspectives que l’IA offre à l’humanité, et le risque que présente la conjonction IA + cybersécurité, faisons d’abord un petit détour du côté du sympathique Anthropic, bien moins connu de ce côté là de l’Atlantique que son concurrent OpenAI et de son CEO Sam Altman.
Au début était OpenAI
Anthropic est une boîte récente, encore plus récente qu’OpenAI. Ses fondateurs, Daniela et Dario Amodei, sont frères et soeurs. Ils ont rejoint OpenAI respectivement en 2016 et 2018, et ont vécu la transformation de ce laboratoire de recherche en IA en une start-up à succès, avec un produit phare qui fait rêver certains, et cauchemarder beaucoup. Tous deux ont appris beaucoup de choses chez OpenAI. Comment créer des IA génératives, bien sûr, comment affiner un LLM – et je dois avouer que depuis quelques temps, je passe plus de temps sur Claude que sur ChatGPT – mais aussi comment créer le buzz et faire trembler les braves gens dans leurs chaumières. Souvenez-vous, c’était en 2019, et OpenAI annonçait – déjà – qu’elle renonçait à mettre à disposition la dernière mouture de son LLM, qui serait capable, disaient-ils alors, de produire des fake news.
eux ans plus tard – un siècle à l’échelle des LLM – Dario et Daniela ont donc quitté Sam Altman et ses troupes pour créer un concurrent, Claude, qui n’a cessé de grandir à l’ombre de son grand-frère, au point de faire mieux en termes de revenus annuels. Mais comme le disait un de mes prospects à l’époque de l’agence Be Angels, « la première chose qu’on voit, quand un singe monte en haut d’un cocotier, ce sont ses fesses ». Et depuis quelques temps, Anthropic découvre les joies éphémères d’une surexposition médiatique, ce que Sam Altman sait gérer avec talent, même en cassant quelques pots.
Quand ça veut pas, ça veut pas
Il y a d’abord eu les états d’âme d’un chief quelque chose sur Twitter, qui disait renoncer à l’IA pour se consacrer à la poésie, au vu des recettes avancées du LLM maison. Il y a eu, ensuite, la fuite du code de Claude Code, via une manipulation malencontreuse. Et puis il y a eu le clash avec les autorités américaines, quand Anthropic a compris que s’insurger contre Donald Trump et sa clique MAGA, en temps de menaces sur le Moyen-Orient, permettrait de se faire une petite pub gratis, même en perdant quelques contrats gouvernementaux…
Bref, des petits soucis maison qui peuvent faire sourire certains, mais certainement pas les investisseurs, et ils sont nombreux (si vous êtes curieux, c’est par ici). Un bon outil, c’est bien. Un bon outil dans lequel on a confiance, c’est mieux.
Attention au loup
Et la confiance, parfois, ça se gagne en faisant peur au reste du monde. Jacques Chirac et Emmanuel Macron l’ont compris en leur temps. Sam Altman aussi (cf plus haut). Alors ne pourquoi pas se livrer aux mêmes procédés ? Un petit effet d’annonce qui fait peur aux CEO, même parmi les plus prudents, et revoilà Anthropic partie pour un tour.
Donc cette fois, ils ‘agit de cybersécurité. D’un modèle mythique, Claude Mythos, expert cyber, à votre service. Capable de détecter les failles et de les corriger, certes. Mais aussi de les détecter … et de les exploiter. C’est le revers de la médaille, le deuxième côté tranchant du couteau mal conçu. On aime bien ce qu’il fait pour nous, on apprécie moins ce qu’il permet aux autres.
Il n’en fallait pas moins pour mettre le monde en émoi, et particulièrement le monde la finance, qui voit d’un mauvais oeil une armée d’agents dopés aux bonbons Mythos débarquer dans ses logiciels archaïques (ce qu’on appelle pudiquement le legacy…), à base de COBOL, de PACBASE ou de toute autre antiquité, capable non de migrer vers du logiciel plus sûr, mais de tomber sous les coups bas d’un mythos mal placé.
Résultat : le projet Glasswing. On remonte les manches, et on vient tous gentiment vérifier qu’on ne cédera pas sous les coups de Mythos. Même les agences fédérales américaines reviennent bien sagement à la maison demander leur dose de Mythos. Bien sûr, c’est loin d’être gratuit. Mais qui a dit que la cybersécurité c’était gratuit ?
Allez, faites de beaux rêves, en attendant le prochain coup de massue plus ou moins artificiel.
Hervé Kabla, CTO de Cymon, ancien patron d’agence de comm’, consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.
Crédits photo : Yann Gourvennec















