Du Bahutage
A l’origine, j’avais sous-titré ce billet « l’article tradi le plus court du monde ». On dit, on pense « le plus court du monde », et puis de fil en aiguille, je finis par rédiger un truc qui se tient, du moins je l’espère. On ne se refait pas… Alors, plutôt que de passer pour un gros menteur,
Le bizutage
Tradition antique dans beaucoup de cercles – à cet effet, je ne peux que conseiller de lire l’excellent article Wikipedia – est interdit depuis la loi n° 98-468 – dite loi Guigou – du 17 juin 1998 qui crée une section 3bis au chapitre V du titre II du livre II (ouf !) du bizutage. Cette section, relativement courte puisqu’elle ne comprend que 3 articles, l’interdit, après l’avoir défini : « Hors les cas de violences, de menaces ou d’atteintes sexuelles, le fait pour une personne d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants ou à consommer de l’alcool de manière excessive, lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire, sportif et socio-éducatif est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende ».
Pour que le délit de bizutage soit constitué, il faut et il suffit dont que :
- les actes soient humiliants, dégradants, ou qu’ils consistent à boire de de manière excessive. [Private joke, je ne savais pas que l’on pût boire de manière excessive…]
- qu’ils se produisent en milieu scolaire. Ouf, l’Ecole polytechnique a beau être une école, c’est un établissement d’enseignement supérieur, sous régime militaire qui plus est. Exit le milieu scolaire donc ? Que nenni, la jurisprudence semble constante. Par milieu scolaire, on entend bien tout établissement où l’on enseigne quelque chose… La loi s’applique donc bien. Et le bizutage est interdit à l’X comme dans les troupes de Marine
Du bahutage à l’X
J’ai eu l’envie soudaine d’écrire ce billet après avoir acheté la carte postale que voici :

Carte postale bien anodine, mais donc le verso est intéressant :

Si l’on zoome, on peut lire : « nous sommes rigoureusement bahutés par nos Ans [anciens – vous noterez la majuscule, signe de respect ?] ces jours-ci, c’est parfois ennuyeux, mais c’est le plus souvent très amusant. »

Voilà. La preuve que le bahutage n’est pas, n’a pas été, depuis longtemps, un bizutage, est ici :). Rien d’humiliant, rien de dégradant. Un truc amusant. Quoi que, cher lecteur, si tu veux bien lire jusqu’au bout, il y a bien une humiliation tradi et néanmoins extrême…
Tu n’es pas convaincu ? J’ai une seconde preuve – toujours avoir plusieurs tours dans son sac. Cette seconde preuve, c’est Jean Fabre (X1944, entré en octobre 45) qui me la donne. Incise (j’adore les incises, et plus encore les incises dans les incises, cela rend le papier illisible, mais ça permet au rédacteur de promener sa pensée). Incise donc : Fabre est l’auteur d’un petit ouvrage intitulé « Fabre 44 » – Lettres d’un jeune polytechnicien à sa fiancée – ouvrage qui a d’ailleurs fait l’objet d’une recension dans la Jône et la Rouje. Entre nous, le bouquin n’est pas extrêmement passionnant, sauf pour l’amoureux de l’histoire de l’X que je suis, et que, cher lecteur, tu es si tu me lis. On y apprend plein de trucs. Je consacrerai un papier à son analyse, un jour… Dans l’intervalle, voici ce qu’écrit Fabre à propos du bahutage subi :
Avant :
Je te demanderai de varier la présentation extérieure de tes lettres (écriture, enveloppes). Car elle est remarquable ! Cela afin de ne pas attirer l’attention des anciens sur tes lettres. La période de chahutage intensif va commencer lorsqu’ils arriveront (le 30 oct.). Et il faut prendre des précautions (je ne pense pas qu’ils touchent au courrier, mais les gens à fiancée sont repérés, et soignés !)
Pendant :
Aujourd’hui second jour de bahutage. Mes forces vont en décroissant et le nombre des hospitalisés croît d’autant. Je te raconterai toutes nos misères. J’avais entendu dire que c’était une épreuve très dure (huit jours sans sommeil, avec des exercices physiques très durs, parfois ignobles pendant le temps libre, aucun adoucissement de l’emploi du temps de la part de l’École). Je pensais que c’était comme à Jeunesse et Montagne. Mais non ! A J. M. il y avait haine de classes. Ici aucune haine, la séance passée les anciens jettent leurs masques et parlent avec nous… C’est une atmosphère de camaraderie, une grande famille. On donne tout ce qu’on a, volontiers. Inutile de camoufler ton écriture. Ils ne touchent pas aux lettres et à tout ce qui est précieux.
Voilà ! Une atmosphère de camaraderie
Cela n’a pas toujours été le cas. Le premier bahutage, qui était, lui, reconnaissons-le, un véritable bizutage, date de 1805, seconde année du casernement. Voici ce qu’en dit Gaston Pinet dans son Histoire de l’Ecole polytechnique (pp56) – je copie-colle le texte intégralement car il me semble intéressant [note : le gras est de moi] :
[jusqu’en 1804] Les élèves n’avaient pas entre eux de rapports très fréquents, de relations bien intimes surtout d’une division à l’autre. Ils n’avaient pas senti le besoin de se liguer contre leurs chefs. Une fois réunis, casernés, constamment en présence de ces chefs, ils résolurent de se liguer pour échapper à la surveillance et résister au commandement. Alors commença entre eux, sous l’apparence de jeux, une sorte d’association qui se perpétua d’une promotion à l’autre. Grâce à une espèce d’initiation, combinée de toutes sortes de punitions et d’épreuves, les anciens s’arrogèrent, pendant un temps, sur les nouveaux, une autorité à l’aide de laquelle ils leur dictaient jusqu’aux fautes qu’il fallait commettre. Ils exigeaient des conscrits (c’est le nom qu’on commença à leur donner, et il est resté) des témoignages de respect, qu’ils imposèrent quelquefois par la force. — Des questions baroques de science leur étaient adressées ; on leur infligeait mille vexations, les huées, les arrosements, l’enlèvement et la destruction des effets de casernement, d’habillement ou d’étude, l’infection des chambrées, etc., etc., surtout la bascule et les postes. Ces initiations couvraient du nom de jeux de véritables désordres ; elles ont occasionné plusieurs fois des voies de fait et des duels. Elles duraient ordinairement deux mois, depuis le mois de novembre jusqu’au mois de janvier, époque à laquelle le temps d’épreuve était considéré comme terminé, et alors les anciens consentaient à traiter de pair avec les nouveaux. Il faut, sans doute, voir là l’origine de quelques traditions innocentes qui se sont perpétuées et qui ont contribué dans une certaine mesure à faire naître un puissant esprit de corps entre les promotions successives.
Le gouverneur Lacuée, malgré sa haute situation, son caractère, sa capacité, ne réussit pas à empêcher l’organisation d’un pareil système. Dès la seconde année du casernement, les initiations fonctionnaient. Elles avaient donné naissance à de tels désordres dans les dortoirs qu’on fut obligé d’y mettre pendant quelque temps des sentinelles en permanence et d’y faire de fréquentes patrouilles. Depuis, presque toujours heureuses, elles n’ont fait que se développer jusqu’à la Restauration qui, les trouvant organisées contre ses tendances, fut heureuse de saisir ce prétexte d’un licenciement de l’École. Ni les consignes générales, ni les punitions de prison dans les cellules de Montaigut, ni l’envoi d’un certain nombre d’élèves dans des régiments d’infanterie, comme cela arriva plusieurs fois en 1810 et en 1812, ne purent avoir raison de la résistance des élèves. Il arriva même, au moment où le régime militaire existait dans toute son énergie, qu’un jour, ils se soulevèrent en armes (1811). Le sous-gouverneur fut obligé de mettre l’épée à la main, un bataillon marcha contre eux, et le bruit courut dans Paris qu’on allait les renvoyer et les châtier avec la dernière rigueur.
Le système de l’entente et de la coalition a permis, parfois, de commettre, au dehors, de coupables désordres. C’est ainsi que fut voté, préparé et exécuté par des élèves, désignés par le sort, un véritable attentat contre Malte-Brun. Cet écrivain avait inséré, dans le Journal de l’Empire, un article contre Biot, membre de l’Institut, et contre un autre professeur très aimé. Quarante-cinq élèves allèrent, un jour de sortie, le trouver dans son appartement de la rue Christine. Tandis que les uns gardaient la porte de la rue, l’escalier et toutes les issues, et empêchaient les voisins de sortir, quatre autres pénétrèrent dans l’appartement, insultèrent le malheureux Malte-Brun et le frappèrent au visage. Il reçut un coup de poing sur l’œil et eut le poignet démis. Les élèves se retirèrent en entendant crier : « à la garde, » et la police, malgré toutes ses recherches, ne parvint pas à découvrir les coupables. Vingt des plus mal notés furent envoyés à l’Abbaye (31 décembre 1809). Tous les sous-officiers furent destitués, on consigna l’École jusqu’à nouvel ordre. M. Cicéron, l’administrateur, prit si bien ses précautions pour arranger l’affaire, qu’on ne trouva aucune preuve pour la poursuivre devant la justice.
Les faits relatés par Pinet ne sont pas très glorieux, mais c’est comme ça. On voit ainsi comment cette intégration, dirigée contre les conscrits, devient peu à peu un moyen de souder les deux promotions contre l’extérieur, puis contre l’astra [l’administration]. L’évolution du vocabulaire est d’ailleurs intéressante :
- d’initiation à l’origine,
- elle devint absorption,
- puis bahutage
- et, enfin, aujourd’hui, inkhorpo. Ô tempora, ô mores
Voyons comment Jean-Pierre Callot (X1931), dans un numéro de la Jaune et la Rouge spécial Traditions, décrit les activités qui sont menées dans l’entre-deux guerres :
Le bahutage ne se déroulait pas selon un schéma immuable, chaque promotion et sa Khomiss y ajoutant quelques perfectionnements ou en supprimant quelques épisodes. Nous allons essayer de citer, dans le désordre qui convient à de telles coutumes, les pratiques les plus courantes. Que les camarades qui constateront l’omission des épreuves qu’ils ont personnellement subies nous écrivent ou viennent nous les infliger à titre de châtiment.
Les conscrits étaient mis en condition au cours des « amphi-gueule », où leur promotion rassemblée et prosternée subissait les sarcasmes des Anciens. Quelques noms privilégiés inspiraient des quatrains aussi spirituels que […] « En salle le crotale Hublot assis tout près de la fenêtre veille aux destinées de Fenètre qu’il couve comme un bibelot. » […]
Le coup du poulet.
Au cours du grand monôme, dont Pinet fait remonter l’origine à 1836, la promotion rangée en file indienne derrière son major parcourait la cour au milieu d’une foule d’anciens qui la harcelait, la bousculait et la bombardait de redoutables bombes à eau.
Le grand monôme était suivi de l’exercice qui n’avait que de lointains rapports avec l’instruction militaire. Il s’agissait, en fait, d’un parcours du combattant, aménagé avec toutes sortes d’obstacles improvisés. […]
La tradition ancienne retient l’existence de l’exercice des majors de tête et de queue, armés de queues de billard, et de celui des funestes, élèves d’une complexion « monstrueuse », qui n’avaient pas encore pu recevoir la tenue complète de l’École.
Les crotaux bénéficiaient d’un traitement de faveur. Ils étaient obligés de participer, sous une étroite surveillance, à une course par dessus et par dessous bancs, tables et tabourets.
L’exercice s’achevait par une revue passée par un ancien à cheval sur un conscrit ou par des chics tracés sur le sol par les conscrits, en rendant hommage à la couleur de la promo des anciens.
Le coup du poulet se faisait le mardi, jour où ce volatile, jadis fort prisé, figurait au menu. La rafle avait lieu sur les tables, avant le service au magnan, et elle était très bien connue de l’Administration puisque cette dernière, alma mater secourable, prévoyait d’avance un plat de bœuf supplémentaire pour calmer la faim des conscrits frustrés.
Au coup du poulet succédait le coup des frites : lorsque ce tubercule apparaissait pour la première fois au menu, les anciens en remplissaient leur phaéton le plus crasseux et venaient présenter ce plat alléchant aux conscrits. Il était aussi dangereux qu’incivil de refuser cette collation improvisée.
Il existait naturellement bien d’autres épreuves : le classique « cirage », le « flambage » qui consistait à placer dans le dos ou sous les chausses d’un conscrit un papier qu’on enflammait. Le « flambage » a été désigné à partir de 1900 par le mot « Delort », du nom d’un commandant en second qui avait fait afficher dans chaque salle les consignes à appliquer en cas d’incendie. C’est une coutume qui s’est maintenue longtemps et développée au point de devenir une des plaisanteries favorites des Polytechniciens. Une autre pratique courante était celle du « Zanzi » [Peinture] : un verre de lampe devait être introduit dans le pantalon, l’extrémité supérieure dépassant un peu la ceinture ; un bouchon était placé sur le front renversé du patient qui devait, au commandement de l’ancien, le faire retomber adroitement dans le verre de lampe. Mais pendant que, la tête en arrière, le conscrit attendait religieusement le signal, une carafe d’eau vidée dans le tube inondait son pantalon… l’eau étant souvent remplacée par de la peinture [d’où le zanzi…], du vin rouge, de la marmelade, de la soupe de pois, etc. [commentaire de Delwasse : c’est fin…]
Dans les caserts, on pratiquait l’omelette, sorte de rangement à l’envers où les meubles étaient jetés pêle-mêle au milieu de la pièce, le percement des souriaux (vase de nuit [dit Callot, je traduis en pot de chambre, plus facile à comprendre au XXIème siècle]) avec les tangentes, les lits en portefeuille, les salades de bottes jetées en tas dans la cour.
Le couvre-feu ne mettait pas fin aux tourments des malheureux conscrits, bien au contraire. Les Anciens, à la faveur de l’obscurité, multipliaient les persécutions : en pleine nuit, ils faisaient irruption dans les caserts des conscrits et les viraient ou les pisurdeutaient. Ce dernier verbe, dont l’étymologie est claire [explication parce que ce n’est probablement pas aussi clair que ça : il s’agit d’imprimer une rotation de Pi/2], définit une manœuvre qui consistait à soulever le lit par les pieds et à le mettre en position verticale : l’occupant s’effondrait lentement, couvert par son matelas. Le pisurdentage simultané de huit lits d’un casert par huit anciens bien entraînés constituait une très belle manœuvre.
Dans certains cas, ces exactions étaient précédées du coup des sardines. Le conscrit, à demi éveillé, se voyait contraint de gober quelques-uns de ces savoureux poissons ; pour « faire passer », on lui versait dans le gosier l’huile de la boîte.
Je m’arrête là – et dire que j’avais promis un court article… Mais, vous l’avez compris, c’est bien bon enfant. Quand je pense que Vaneau, Ferrié, Carnot, Foch, Joffre, Armand, Estienne d’Orves, Giscard d’Estaing… se sont soumis, et probablement livrés à ce type d’activités hautement intellectuelles… Une alternative :
- Il est honteux que l’élite de la France s’abaisse à ces gamineries. Si le contribuable savait ce que les X font…
- Il faut que jeunesse se passe… et puis c’est formateur… et surtout c’est drôle…
Le lecteur attentif aura deviné pour quelle option je penche. Par exemple, il existe une photo de l’ensemble des postérieurs de la promotion 1946. Nous sommes quelques uns à la détenir. Parmi ces postérieurs, figure celui d’un futur Président de la République, X44 spéciale, qui a intégré avec les X46. Je sais c’est nul, mais ça me fait toujours marrer…
J’en profite – je ne vais pas laisser passer l’occasion, vous pensez, pour faire quelques remarques sur ce bahutage, remarques glanées au fil du temps :
- La course au trésor, remise au goût du jour par les 86 pour les 87, qui est apparue en 1946 – elle est décrite par Fabre en ces termes : Cette après-midi on avait organisé une course au trésor : les conscrits sont arrivés à subtiliser au général Brisac son képi, ainsi qu’au colonel (lequel est venu humblement le demander afin de pouvoir sortir, ce qui était bien drôle ! paraît-il, car je n’ai pas pu aller à Descartes) Ils ont réussi aussi à rapporter des interviews des personnalités marquantes de la boîte, la grande verrière de l’amphi de physique, la trompe de l’adjudant de service (qui remplaça la sonnerie quand on a détraqué celle-ci…). Les conscrits étaient très contents. Ça leur permet de découvrir le petites ficelles de la boîte, les betas secrets, l’amabilité des cadres (qui sont tous des antiques et savent ce que c’est !). Ils sont tous fanas. Puis à 4h 1/2 ils avaient préparé un goûter pour leurs anciens. C’était succulent paraît-il. C’est très drôle, est toujours une activité très appréciée, du moins je le crois. Parmi les trésors rapportés par les 86, une future première ministre (Edith Cresson), un chanteur bourré (pas besoin de le nommer, tout le monde l’aura reconnu), un projet de GU des Xes revisité par un grand couturier – Pierre Cardin – il a disparu, malheureusement – je parlais du projet, Cardin aussi a disparu, mais c’est moins grave – et surtout, un tricorne de contractuelle – les pervenches, en raison de leur uniforme… pervenche – volé sur le chef d’une d’entre elles. Vous imaginez que l’intéressée n’a que peu apprécié… Elle a donc tenté de courir après le voleur. Et une pervenche qui court dans Paris, après un X en survêtement et T-shirt jône, 39 ans après, ça me fait toujours rire :).
- Les élèves y tenaient tellement, que lorsque le colonel Reiset, en 1892, chercha à l’interdire, les élèves se révoltèrent. Les X furent consignés, deux d’entre eux furent mis aux arrêts, et deux autres… exclus de l’Ecole ! Après négociation, les punis furent graciés, et tout rentra dans l’ordre (source : idem)

- Le bahutage de 1945 fut réalisé avec le soutien d’anciens élèves des promos 38 à 41 – transmission oblige
- … de même que celui de 1968 (lire à ce sujet, l’excellentissime article de Russier, GK67, extrait de son feuilleton sur mai 68)
- Le promo 87 a été la première à réinstaurer le bahutage sur le Platal, après l’ébauche chasse au trésor des 86.
- Aujourd’hui, le bahutage est différent de ce qu’il était mais fidèle à l’esprit Carva. Cet article de la Jaune et la Rouge le décrit, même si, publié il y a de plus de 15 ans, il serait probablement à réactualiser
Permettez moi, avant de conclure, de revenir sur un point fondamental : le vote, démocratique, profondément ancré dans l’ADN de l’Ecole. Par exemple, la promo 1967 a voté, à une courte majorité de bahuter les 1968. Voici ce que Fabre (encore lui) écrit à ce sujet en 1946 :
On s’affrontait aujourd’hui pour le sens à donner au bahutage :
— les uns voulaient une épreuve très dure physiquement, comme pour nous l’an dernier ;
— les autres voulaient créer un esprit de camaraderie entre promos par des jeux marrants, etc.
C’est la seconde solution (dont j’étais un ardent promoteur) qui a prévalu. […]
Pendant la guerre de 14 comme pendant celle-ci la kommiss était très fana-mili, très dure. Des « Capitaines Conan ».
Puis après la guerre vive réaction en sens inverse. Tout le monde est anti-fana-mili. La kommiss passe aux mains des catholiques [Note de Delwasse : des cathos à la Khômiss, on aura tout vu…] qui font un bahutage fantaisiste qui à mon avis crée un esprit beaucoup plus humain que l’autre tendance.
Pour finir, je vous mets quelques photos de celui de la promo 1918, promo Jône (eh, oui, les années paires et impaires ont été inversées à plusieurs reprises au cours du XXe siècle. Rien de passionnant, mais je prendrai bien ce prétexte pour en faire un nouveau billet, un jour…). A noter, pour les plus djeun’s de mes lecteurs : à l’époque, le « Chic à la… » était partie intégrante dudit bahutage. on forçait les conscrits à rendre hommage à leurs ans en célébrant la couleur de leur promo (celle des ans, pas celle des conscrits).

Voici la pratique humiliante sus-mentionnée, le chic horizontal à la couleur des ans, humiliation extrême qui a fort heureusement disparu… Ouf, nous échappons donc à la loi Guigou.
A heavy weather skipper















