Si vous lisez jusqu’au bout, vous constaterez que, si je suis un vieux con réactionnaire, ce papier est, lui, résolument progressiste, réformateur, et que j’y promeus l’égalité stricte entre les hommes et les femmes.
Ce billet tient sa source de l’adjudant de notre section le premier jour de l’inkhorpo, semaine qui précède, pour les X, la Courtine, vaste colonie de vacances d’un mois PMS (Préparation Militaire Supérieure) hyper pêchue organisée chaque année. Cet adjudant, tout ce qu’il y a de plus Kronenbourg (genre je ne trompe pas ma femme, je me trompe de femme…) nous avait expliqué « vous m’appellez Mon adjudant, non pas parce que je suis votre adjudant, mais parce que Mon est l’abréviation de Monsieur« . J’avais tiqué, mais je n’avais pas réagi (oui, ça m’est arrivé de ne pas tenir tête à un supérieur. Pas longtemps, je le reconnais). Et, près de 42 ans après, non seulement mon tiquage (quelle bravitude d’oser un tel néologisme) s’est mué en certitude, mais, de surcroît, je prétends la partager (la certitude, pas le tiquage). Et, en plus, j’entends traiter le sujet des appellations des militaires dans leur globalité. On ne peut se prétendre uniformologue diplômé sans être également un expertissime des us et coutumes des armées.
Je m’attaquerai donc successivement à :
- Mon lieutenant/ capitaine…/ général
- Mon adjudant
- Lieutenant/ Capitaine/ Commandant (officiers de (la) marine)/ Amiral
- Monsieur le Maréchal/ l’Amiral
- Lieutenant/ Capitaine/ Commandant (de police)
- Mon lieutenant (à un adjudant de cavalerie)
- Major
- Monsieur l’administrateur/ le médecin/ l’ingénieur/ l’intendant/ le commissaire – principal/ en chef/ général
- Monsieur l’aspirant
Puis viendront les questions fondamentales : comment s’adressent
- Un civil à un militaire
- Une civile à un militaire
- Un militaire à un subordonné
- A plusieurs officiers de même grade
Enfin, et surtout, puisque le monde change, je m’attaquerai à la féminisation des grades et des appellations.
Le tout avec un joli tableau récap probablement illisible tant c’est le b….azar
In fine, j’achèverai ce pensum par des propositions, afin de remettre un peu d’ordre dans tout ça.
Préalablement, il convient de disséquer l’étymologie de Monsieur. Les anglais disent Mister qui vient directement de Master. Facile. En France nous avons Messire, Monseigneur et donc Monsieur. Il n’est pas contestable que Monsieur est une évolution de MonSeigneur. Parce que si Monsieur n’était pas Mon Sieur, mais simplement Monsieur, nous aurions Mon (bon) Monsieur, et par récurrence, Mon mon mon…sieur. [Incise pour les aficionados de Downton Abbey : les Anglais – et d’Artagnan – ont Milady et Milord, qui sont bien des contractions de My Lady et My Lord – Ma Dame et Mon Seigneur/sieur]
Pourquoi Mon devant le grade d’un officier de l’armée (de Terre) et par extension, de l’Air et de l’Espace, de la Gendarmerie, des sapeurs-pompiers ?
L’académie Française elle même déclare : « Mon général (peut-être abréviation ancienne de Monsieur le général), formule par laquelle tout militaire s’adresse à un officier de ce grade ; une femme dira simplement Général, et un civil pourra faire de même ; Monsieur le général peut être employé dans la correspondance, en formule d’appel ou de courtoisie.
Ainsi elle réalise l’exploit de colporter ce qui n’est, à mon sens, qu’une légende urbaine, tout en notant que c’est… bof-bof 🙂
Cela ne résiste en effet pas à l’analyse
- s’il est besoin d’abréger Monsieur le colonel en Mon colonel, on devrait abréger les autres grades d’officier : Mon médecin, Mon commissaire, Mon ingénieur…
- le Journal Officiel, lorsqu’il nomme un officier, le désigne bien Monsieur le colonel Y, Monsieur le capitaine de vaisseau X. Pourquoi deux formules différentes ? Et pourquoi l’appel des lettres ne serait-il pas également Monsieur le colonel ?
- Quand on écrit Mon Cher ami, Mon Cher Jean-Pierre, voire Mon cher Dupont, le Mon est bien un possessif.
Mon colonel est bien parce que c’est le mien, de la même façon que Monsieur est Mon Sieur. D’où ma théorie – non backupée, je le reconnais. Un des papes de l’uniformologie m’a un jour écrit : Pour moi, le Mon est bien un possessif comme Mon Seigneur (My Lord), Mon sieur. L’abréviation de Monsieur serait plutôt Sieur (Sir). […]. Je rêve cependant de références.
Amiral, je n’ai pas de références pour vous. Nonobstant, je suis convaincu qu’il est nécessaire de se plonger dans l’origine des régiments qui appartenaient à leur colonel, noble, et dont la piétaille était largement composée des manants de son fief. Ils pouvaient l’appeler Monsieur le Duc, certes, mais disaient plus volontiers Monseigneur/ Monsieur. Comme il était Colonel, Mon Sieur devient naturellement Mon Colonel. L’ensemble des officiers étant nobles, on les appela de même.
De plus, c’est cohérent avec le Sir des Anglo-Saxons
Pourquoi Mon devant l’adjudant et l’adjudant-chef
L’adjudant occupant souvent des postes de jeune lieutenant, il est très probable que le Mon soit apparu naturellement…
Pourquoi pas de Mon devant les appellations des officiers de Marine ?
Dépêchons-nous tout d’abord de tuer une légende urbaine : si on dit Amiral et non Mon amiral, ce n’est pas parce que la Marine a perdu à Trafalgar…
Tout simplement, c’est parce qu’il n’y avait aucune raison de dire Mon amiral. Dans la Marine, on n’appelle par les officiers par leur grade mais par leur fonction : le commandant (qui commandait plusieurs bâtiments, puis par extension, un seul), le capitaine du navire, et le lieutenant – qui est à l’origine le second. C’est également pour cela que les enseignes sont appelés Lieutenant, les lieutenants de vaisseau, Capitaine, et tous les officiers supérieurs, Commandant. La Marine n’a pas cherché à compliquer. Au contraire, elle a simplifié !
Note : il était d’usage d’appeler les officiers subalternes Monsieur. Un matelot dira le lieutenant de vaisseau Dupont ou Monsieur Dupont, alors qu’il dira exclusivement le commandant Durand
Pourquoi, par exception, dit-on Monsieur le Maréchal et Monsieur l’Amiral – pour un amiral de France ?
Le grade de Maréchal de France n’est… pas un grade. C’est une dignité dans l’Etat nous disent les textes, ce qui, j’en conviens, veut dire tout et rien à la fois – mais c’était surtout, sous l’ancien régime, une fonction, tout comme celle de connétable, de ministre. On disait Monsieur le Connétable, Monsieur le Maréchal, Monsieur l’Amiral. Et si on le disait au XIIIe siècle, il n’y a pas de raison de ne pas le dire maintenant. Voilà.
Si vous voulez en savoir plus sur le concept de maréchal, tout est dans Wikipedia. Ici n’est pas le lieu pour développer. Ah, si, un fun fact, pour le plaisir : les 7 étoiles du maréchal ne sont pas la suite de la progression 2, 3, 4, 5, …7. D’ailleurs à l’époque il n’y avait pas de 4 et 5 étoiles. Les 7 étoiles sont en fait « beaucoup », reprenant les étoiles qui ont remplacé les aigles sur les bâtons des maréchaux après l’Empire, qui avaient eux-mêmes remplacé les fleurs de lys. Ces étoiles étaient réparties autour des deux bâtons croisés sur les épaulettes – les vraies, pas les passants d’épaule. Je suppose que la question s’est posée posée au cours de la Grande Guerre, lorsque les premiers maréchaux sans broderies ont été créés (avec les broderies c’était simple : un rang = général de brigade, deux rangs = général de division, trois rangs = maréchal). Comme à cette époque ont avait déjà les 5 étoiles, disposées en constellation – la Lyre par exemple – on a rajouté deux étoiles pour une double symétrie. Sous toutes réserves, n’étant pas spécialiste du maréchalat. [Edit du 15 juin : j’ai bien fait de mettre des réserves. Un correspondant anonyme, à la culture militaire infinie, m’écrit : les quatre et cinq étoiles ont été instaurées à titre provisoire par une circulaire du 17 mars 1921 puis confirmées définitivement par un décret… du 6 juin 1939. C’est Joffre qui est donc passé de trois étoiles à sept étoiles en décembre 1916 qui a suggéré les sept étoiles pour une raison mystérieuse [ma réponse : ce n’est pas si mystérieux que ça, la symbolique du 7 semble transparente, et en plus, les sept étoiles datent du début du XIXe siècle. Par contre, c’est lui qui a dû choisir leur disposition]. Il faut noter que pendant la guerre de 1914-1918, un divisionnaire recevait une lettre de commandement de corps d’armée, d’armée ou de groupe d’armées, lettre qui était donc révocable. C’est ainsi que Nivelle, qui avait été commandant d’armée puis généralissime, est redevenu, après le Chemin des Dames en 1917, commandant de division puis de corps d’armée en 1918.] « Du coup » je n’ai pas d’idée sur l’origine de la disposition des 7 étoiles, sous forme de deux carrés ayant un sommet commun. Orion ? Mais je fais peut-être totalement fausse route. Si un lecteur a une idée…
Private joke : on aurait également pu en mettre 42, mais il y avait un problème de place…


[Fun fact sur les étoiles des officiers généraux – ce n’est pas vraiment le bon endroit pour le poser, mais je ne sais où le faire.
- Les étoiles des généraux des armes sont argent. (Presque) tout le monde le sait. Pourquoi ? Personne ne le sait. Ma conjecture : les étoiles sont argent parce qu’elles étaient à l’origine posées sur la coquille du sabre/ de l’épée, coquille qui est dorée, et que jaune sur jaune, c’est pas très visible ;
- Celles des officiers des services (voir plus bas pour comprendre ce concept) sont or. Pourquoi ? pour les différentier. Genre « vous êtes officier général, certes, mais pas aussi chef que les autres » ;
- Ça, ça marche dans toutes les armées, sauf… l’armée de l’Air et de l’Espace. Les premiers généraux de l’Air datent de 1916-17. A cette époque, l’aéronautique était un service. Je suppose que, à la création de l’armée de l’Air en 1933, on a conservé la tradi.
fin du fun fact]
Pourquoi pas de Mon pour les officiers de la Police nationale ?
Lors de la fusion des corps d’inspecteurs et d’officiers de paix en 1995, on a repris les tradis des officiers en tenue. Et le premier commandant de l’Ecole d’officiers de police était un marin. Simplissime.
Note un peu vicieuse – mais affectueuse – à l’attention à la fois des marins et des policiers : il y avait beaucoup de marins autour de l’ex-maréchal Pétain…

Pourquoi dit-on Mon lieutenant à un adjudant de cavalerie – et, par extension, à un adjudant-chef de cette même cavalerie ?
La légende fait remonter cette coutume à la bataille d’Austerlitz, durant laquelle un peloton, conduit par un adjudant, seul cadre rescapé, se comporta brillamment au cours d’une charge. Napoléon, observant la scène, aurait alors demandé : Mais quel est donc ce lieutenant si vaillant ? On lui répondit que ce n’était qu’un adjudant ; il aurait alors répliqué : Désormais, on les appellera lieutenant. Il paraît- pour une fois – que cette légende ne serait pas une légende. Je n’y crois qu’à moitié. Je serais plutôt tenté penser que cela vient du terrain. Mais, bon…
Je me suis renseigné auprès d’un brillant officier de cavalerie (anonyme, lui aussi…). Il m’a indiqué/ confirmé :
- C’était obligatoire pour les subordonnés, mais les supérieurs se pliaient volontiers à cette tradi ;
- Tradi qui se perd paraît-il – c’est toujours dommage, quand une tradi se perd… ;
- Les adjudants montés des autres armées (matériel, train…), issues pourtant de la cavalerie, n’ont pas hérité de ce privilège ;
- Pas plus que les majors de cavalerie – j’explique, plus bas, qu’il y a bien un problème avec le grade de major – c’est expliqué et détaillé au bullet point suivant !
J’en profite pour rendre un hommage à un homme que j’aimais beaucoup. Marwan l’appelait Jean-Pierre, je me suis toujours attaché, même de nombreuses années après avoir quitté l’X, à l’appeler Mon lieutenant. Nous nous tutoyions – même si je n’étais pas un intime comme Marwan – mais je l’appelais Mon lieutenant.
L’anomalie : le grade de major
Le grade de major, un peu bâtard (merci aux majors de ne pas se vexer) pose un certain nombre de problèmes :
- de statut : le grade est crée en 1972 lors de la réforme du statut général des militaires. Il s’agissait de donner des perspectives de promotion aux adjudants chefs anciens, à potentiel, ne pouvant ou ne voulant passer de grand-chef chez les bazoffs (sous-officiers en argot X) à tout petit chef (Lieutenant) chez les officiers. Le corps des majors est créé en 1975 à l’occasion de la réforme Bigeard, et supprimé en 2009, ces derniers étant réintégrés dans le corps des sous-officiers.
- d’apellation : d’une part parce que le major, dans la plupart des armées du monde, est un commandant – cela a d’ailleurs créé quelque confusions à l’OTAN – et, d’autre part, parce que l’appellation Major – et non Mon major – crée une rupture entre le Mon adjudant-chef et le Mon Lieutenant ;
- de distinctives (c’est ainsi que les uniformologues distinguées appellent les galons et ce qui y ressemble 🙂 :
- autant le galon de major est plutôt heureux dans l’armée de terre – et de l’air – autant dans la Marine c’est pas tip-top. Il faut dire que le maître principal comprenant déja 3 galons, on n’allait pas en rajouter un quatrième. On aurait pu en profiter pour aligner les premiers maîtres et maîtres principaux sur les adjudants et adjudants-chefs, mais la Marine est tradi ; Alors on a rajouté deux ancres croisées, non câblées – câblzé c’est, du moins c’était à l’époque, réservé aux officiers de Marine – qui, elles, sont bien tradis. Problème : on a depuis rajouté des ancres sur tous les passants d’épaule des marins, ce qui fait qu’aujourd’hui, un major a une épaulette (terme vulgaire pour passant d’épaule) moins « prestigieuse » qu’un maître principal.


- Les armées hésitent sur les coiffures. Leur képis et casquettes de la marine sont identiques à celles du grade inférieur, alors que celles de l’armée de l’Air et de l’Espace – portent le galon de major.
[incise sur les galons de maître principal : l’amiral Schérer, que j’ai interrogé sur le sujet en lui posant la question ainsi : je me demandais si vous saviez pourquoi les galons de premier maître n’ont pas été créés sur le même modèle que celui des adjudants sachant que les épaulettes/ contre épaulettes des premiers maître sont les mêmes que celles des adjudants me répond : Encore une énigme que je ne suis pas parvenu à expliquer. Oui, les épaulettes et contre-épaulettes sont les mêmes, et pourtant..« . Si même lui ne sait pas…]
Ma proposition :
- remplacer major par
- adjudant major. Mon adjudant major
- maître major
- conserver les galons tels qu’il sont dans l’Armée
- modifier ceux de la Marine, en remplaçant le galon blanc par un jaune.

Les appellations des officiers des services
Je fais un petit raccourci avec le terme services.
Les officiers des services sont, par opposition aux officiers des armes (infanterie, cavalerie, artillerie, génie jusqu’au XXe siècle, puis train, matériel, transmission, troupes de marine, en ai-je oublié ? que ceux que j’oublie me pardonnent), réputés combattants, dont la pucelle comprend une épée vers le haut, sont, donc, les intendants – devenus commissaires – les médecins, pharmaciens-chimistes,vétérinaires, ingénieurs des fabrications d’armement, et des poudres et explosifs – devenus ingénieurs de l’armement – les magistrats, les professeurs, etc.
Il faut rajouter dans cette liste certains officiers de la Marine (les officiers des équipages…)
L’appellation officielle est Monsieur/Madame le médecin/ commissaire/ ingénieur/ … (3 galons)/ principal (4)/ chef (5)/ général…
Trois remarques
- Il est admis que l’on appelle ces officiers par leur équivalent dans l’armée (genre Mon capitaine). La raison me semble naturelle : c’est plus facile, et ce n’est pas totalement faux. Ceci n’est pas vrai dans la Marine, sauf erreur du rédacteur : je n’ai jamais vu un commissaire de la Marine appelé Capitaine.
- Les médecins, dans l’armée, sont (étaient ?) couramment appelés majors. Je recopie Wikipédia, c’est plus simple : Pendant la période napoléonienne, le grade de lieutenant-colonel fut remplacé par celui de major avant d’être remis en vigueur sous la Restauration. L’appellation major ou médecin-major, avec des déclinaisons de grade (major de première classe, de seconde classe, aide-major, sous-aide-major) désignait jusqu’en 1928 un médecin militaire
- A l’X – il faut bien que je mettre un peu de tradis polytechnicienne dans ce papier – ce même médecin-major était affublé du sobriquet de Bib Colo. Non pas parce qu’il était porté sur la bibine, ni qu’il était issu de l’armée coloniale – quoi que, pour ce dernier point, il y avait une tradi de médecins coloniaux à l’X- mais tout simplement, si je puis dire, par un mélange d’aphérèse et d’apocope : Toubib Colonel -> (tou)Bib Colo(nel) -> Bib Colo.
Le grade d’aspirant
C’est un entre-deux. Un point fondamental : les aspirants ne sont pas des officiers. D’une part parce qu’ils sont aspirants officiers, ce qui est, j’en conviens fort bien, un truisme, mais surtout parce qu’il ne sont pas propriétaires de leur grade. Le concept de la propriété du grade des officiers date de la loi du 18 mars 1834, qui fait elle-même suite à l’article 69 de la charte constitutionnelle de 1830 qui dispose que devaient être prises des dispositions qui assurent d’une manière légale l’état des officiers de tout grade des armées de terre et de mer. Cette loi est née d’une nécessité après les abus de la Restauration, où les rois nommaient et révoquaient les officiers selon leur bon vouloir. C’est pour cela que les nominations d’officiers sont publiées au Journal Officiel – ce que ne sont pas celles des aspirants. On trouve d’ailleurs plein de signaux faibles, imperceptibles au commun des mortels, mais qui ne trompent pas l’uniformologue que je suis – à propos, je suis libre à dîner mercredi prochain.
- Dans la Marine :
- Jusqu’à peu, les aspirants avaient un macaron de casquette d’officier-marinier ;
- et toujours jusqu’à peu (une bonne cinquantaine d’années tout de même), il n’avait pas droit au salut sur le bord en passant la coupée ;
- Il ont une dragonne de sabre en poil de chèvre (noire, donc) et non or ;
- Les aspirant appelés (appelés miliciens) de la Marine belge avaient le grade non d’aspirant, mais de premiers maîtres chefs, équivalent de maître principal. CQFD ;
- Dans l’armée de l’Air et de l’Espace, là, c’est plus complexe :
- les aspirants appelés avaient une casquette d’adjudant-chef (galon avec liseré rouge) et leur alphas avaient un liseré rouge également ;
- les aspirants de l’Ecole de l’air ont un galon avec sabords sur les manches et sur la casquette, histoire de bien différentier ;
- Dans l’armée de Terre :
- les alphas ont bien le liseré rouge – même si les alphas sont réservés aux écoles ;
- et le képi est un képi d’adjudant chef.
Tout ça pour dire que, dans la Marine, longtemps, on appelait les aspirants Monsieur l’aspirant. Cela figurait encore dans les texte dans les années 80. Mais ça c’était avant. Aujourd’hui, les aspirants sont pratiquement des sous-lieutenants de seconde classe (ou des lieutenants de 3ème classe, au choix). Faire et défaire c’est toujours travailler. En 1848, la Marine avait des aspirants de seconde classe (les aspirants d’aujourd’hui) et des aspirants de première classe (les enseignes de vaisseau de seconde classe d’aujourd’hui). A l’Ecole navale, j’avais vu un bordache adressant une lettre à un de ses fistots « EV3 machin »… Méga coince.
Un peu d’uniformologie X – au passage – que voulez vous, on ne se refait pas. La tangente, l’épée des X, est une épée de bazoff [à écrire avec un Z, sinon ça ne le fait pas] du génie – fusée en corne, pas de dragonne – avec les armes interarmées (je ferai un papier sur le logo de l’X, un jour…) en lieu et place de celles du génie. L’épée est d’ailleurs une arme de bazoff, d’officier général en grande tenue, et de civil ou d’officier des services. Les officiers subalternes et supérieurs des armes avaient un sabre. Je n’ai pas encore compris pourquoi, mais c’est un fait. [edit du 15 juin : le colonel Cyrille Caron, chef de corps de l’X, m’informe que la Troisième République imposa le port de l’épée aux officiers du génie et des services. Puis des dragons. Pan sur le bec pour Delwasse. Nonobstant, jusqu’à la création du GU des cadres, à la fin des années 70, ces derniers étaient en grande tenue de leur armée (air et marine) et en tenue 31 pour les terriens. Et ils avaient bien un sabre…] : J’ai donc deux incongruences à faire remarquer :
- La garde au drapeau de la promo 1987 est allée, un jour, expliquer que, à Saint-Cyr, la garde avait une dragonne dorée et qu’ils en voulaient une également. Et il s’est trouvé un chef de corps peu féru en maquettes en allumettes pour dire oui. Une dragonne de sabre d’officier sur une épée de bazoff. C’est un peu comme une chemise à col cassé avec un noeud papillon noir… Rappel : à Saint-Cyr ils ont un sabre, et la garde au drapeau est en seconde année, ils sont donc sous-lieutenants, donc officiers-élèves, et non élèves-officiers
- Les officiers du cadre ont un GU, hybride du GU de l’X (bicorne, pantalon noir) et de la Tenue 31 (merci de ne pas me rappeler que je dois rédiger le papier sur ce sujet depuis 5 ans…), le tout remis à la mode de maintenant (6 boutons au lieu de 9, tunique raccourcie). Le massacre intellectuel est qu’on leur donné cette même épée de bazoff au lieu d’un sabre. A des officiers, une épée… Tout fout l’camp, Ma bonne dame.
Comment un civil doit-il s’adresser à un militaire ?
La baronne (qui n’était pas baronne. C’était même plutôt, si j’ai bien compris, ce qu’on appelait à l’époque une demi-mondaine) Staffe (et qui ne s’appelait pas Staffe, mais Blanche Soyer) écrit, à la page de 191 des Usages du Monde : les hommes âgés, les femmes disent : « Général », « Colonel », « Commandant », etc. Les hommes qui n’ont pas atteint l’âge de la libération ou qui ont appartenu à l’armée : « Mon général », « Mon colonel », etc. Je reformule la baronne : les hommes sont tous réputés avoir fait leur service militaire. Et comme troufions. Donc Mon. De nos jours, il n’y a plus de service militaire, plus d’appelés, mais il reste un besoin d’autorité et de prestige des armées. Donc Mon. Il n’y a plus qu’à expliquer ça aux journalistes de BFM TV et aux traducteurs des séries et films américains… A noter qu’il était d’usage, du moins dans la Marine, de dire Monsieur en dessous du grade de lieutenant de vaisseau. On s’en fout, il n’y a pas beaucoup de lieutenants de vaisseau qui passent à la TV.
[incise sur la baronne Staffe. Claude.ai, à qui j’ai demandé de me confirmer sa vie licencieuse, me répond Rien dans les sources disponibles ne permet d’accréditer cette affirmation. Ce que l’on sait est qu’elle était issue d’un milieu bourgeois et qu’elle a mené une carrière d’écrivaine et de journaliste spécialisée dans le savoir-vivre. Il est possible que cette rumeur circule, mais elle relèverait plutôt du dénigrement classique dont étaient victimes les femmes qui osaient prendre la parole publiquement au XIXe siècle — l’attaque sur la moralité sexuelle étant l’arme habituelle contre les femmes de lettres de l’époque. Caramba, je me suis encore fait cramer dans mon rôle de vieux con misogyne.]
Note : il était également, comme pour la Marine, d’usage de dire Monsieur Dupont pour les officiers subalternes
Comment une civile doit-elle s’adresser à ce même militaire ?
Au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, je propose de faire fi de la baronne Staffe et d’instaurer le Mon pour les femmes civiles également. Yapluka expliquer à BFM – ou CNews, en fonction de vos opinions politiques…
Comment un militaire s’adresse-t-il à un militaire de grade inférieur ?
Jusqu’au moins la fin de XIX° siècle, un supérieur s’adressait à un militaire par son grade. J’ai ainsi trouvé, dans les archives de l’X, une lettre du général, ministre de la guerre, écrivant au général, commandant l’école, une lettre dont l’appel était : Général. C’est parfaitement normal – et cela confirme ma théorie – si l’on imagine que le roi disait Comte alors que les manants disaient Monsieur le comte. Je dois dire que la première fois qu’un colonel m’a dit bonjour Mon lieutenant, ça m’a fait tout drôle. Que le lecteur se rassure, ça n’a pas duré longtemps. La fois suivante il m’a dit Encore vous Delwasse ? vous me faites chier !
Comment s’adresser à plusieurs officiers de même grade ?
La question me titille depuis que j’ai voulu écrire un mail à deux colonels – oui, j’écris des mails à des colonels, je suis un garçon important, vous ne pouvez imaginer. Instinctivement, je voulais écrire Mes colonels. Mais je ne l’ai jamais vu écrit. Mes autres possibilités étaient toutes insatisfaisantes :
- Messieurs ne marche pas pour des militaires ;
- Mon colonel, Mon colonel est ridicule ;
- Messieurs les colonels est ampoulé.
Finalement je m’en suis tiré avec deux paragraphes distincts – je n’allais pas prendre de risques, il faut bien que je vende ma soupe – mais je le regrette. Mes Colonels, comme Messieurs !
Féminiser les grades
La question s’est posée dans le privé, chez les politiques, et dans les administrations. Parmi ces dernières, une des premières à s’être trouvée confrontée au sujet était la plus féminisée : le ministère de la Justice – je mets de côté l’Education nationale. Il a donc décidé de ne pas féminiser. Madame le Président, Madame le Juge, Madame le Procureur. Par symétrie, les avocats ont également gardé le masculin. Une de mes conseils me disait Je ne suis pas avocate, je suis avocat. Et, entre elles, les avocat(e)s s’appelaient Confrère, et non Consoeur. Mais ça c’était au début. Aujourd’hui, on féminise tout, et c’est normal. Mais il ne faut pas le faire n’importe comment. Voyons donc un par un, en descendant la hiérarchie :
- Maréchale ne posera pas de problème, même si la probabilité que je croise, de mon vivant, une 7 étoiles est assez faible ;
- Générale est généralisé – c’est le cas de le dire. Amirale idem ;
- Colonelle : aujourd’hui, ça dépend des armées (gendarmerie, air). Mais au fond, il n’y a pas de raison de ne pas féminiser ;
- Lieutenant-Colonelle. J’ai vu la porte-parole de la gendarmerie qualifiée de lieutenante-colonelle. C’est à la fois une faute de sens (elle n’est pas à la fois 2 et 5 barettes) et de grammaire (elle est bien l’adjointe du colonel) ;
- Commandant : ici c’est plus complexe. Mais je resterai sur la grammaire : le commandant est un participe présent, je préfèrerais le garder au masculin. Mais, si l’on considère que c’est un adjectif substantivé, on pourrait opter pour commandante. Sauf que cela poserait un problème aux marins, pour lesquels tous les autres officiers sont asexués (capitaine, lieutenant). Bref, Commandant. Reste toujours, pour s’en sortir si l’on est mal à l’aise, cheffe de bataillon et cheffe d’escadron(s) ;
- Capitaine : sans objet. Idem pour les capitaines de vaisseau, de frégate, corvette… ;
- Lieutenant – et lieutenant de vaisseau : plutôt comme la commandant, mais les deux peuvent passer ; [edit du 15 juin : un de mes amis, anonyme lui aussi, m’informe que, au XVIIe siècle, la lieutenante était l’épouse du lieutenant, comme la générale la préfète ou l’ambassadrice au XXe siècle. Dans ces conditions, on pourrait envisager Lieutenante…
- Aspirant : idem ;
- Majore – adjudant-majore. mais si l’on veut garder le grade de major, alors majore.
- Adjudant, comme lieutenant et commandant. Dans ce cas-là, on a l’adjudant-cheffe. Si l’on opte pour adjudante, l’adjudante-cheffe passe mais l’adjudante-chef me paraît mieux. rappel : adjudant-chef n’est qu’une contraction d’adjudant en chef…
- Sergente, sergente-chef et sergente-major, maréchale des logis, MdL-chef, et MdL-major
- Caporale, caporale-chef, brigadière et brigadière-chef
- Aviatrice, Sapeure (meilleur que sapeuse), artilleure, etc. Restera le problème des troupes de marine, mais il n’y a pas de raison de ne pas avoir de marsouines et de bigores.
- Pour les marins, la seule question qui se pose éventuellement est la féminisation du Maître. L’usage veut qu’on ne le féminise pas, maîtresse étant hyper connoté. Le lieutenant-colonel Alain Cot me fait justement remarquer que les second-maîtres féminins deoivent être des seconde-maitres. Et la matelote restera une matelot [incise pour le CEMM : donnez lui un pompon rouje svp :)]


Féminiser les appellations
Il faut être logique. Si l’on veut – et je la veux – au sein des armées, l’égalité parfaite entre les femmes et les hommes, il n’y a pas le choix : Ma générale, Ma colonelle. Ça fait bizarre ? Madame la Maire et Madame la première ministre faisaient également bizarre. Par définition, tout changement fait bizarre au début, et puis on finit par s’y habituer. Ce n’est pas un argument. En fait il n’y a pas d’argument. Ma colonelle, définitivement !
Tout ça (ce long article, les heures de réflexion), pour ce monument de féminisme : une colonelle n’est pas une sous-colonel. Elle a droit à la particule !
Cher lecteur, si tu as bien voulu lire jusqu’ici, tu as donc compris que ce long, très long – je me suis fait engueuler par, outre le propriétaire de ce blog, plusieurs lecteurs fidèles, très long papier disais-je a pour principal objet de te faire lire et adhérer aux quelques lignes qui précèdent. Alors je les mets en gras italique, histoire de les mettre en évidence dans cette logorrhée…
Une proposition pour remettre de l’ordre dans ce bazar, tout en préservant – c’est importantissime – les tradis
tout est dans les tableaux que voici :

Quand je dis que c’est le bazar…
Et ma propale, nettement plus simple :




Merci de me désabonner.
N’y voyez aucun de jugement sur votre travail. Je n’ai simplement pas le temps de lire vos études qui n’entrent pas dans mon champ d’intérêts. Tout cela me paraît de l’ordre de la. préservation d’un folklore sympathique ce que je conçois très bien et que je respecte car tous les goûts existent.
Mais la vie est courte et d’autres chantiers plus urgents retiennent mon attention, les journées n’ayant que 24 heures.
Bonne continuation.
Joseph Zyss
C’est tout à fait légitime. Tu es désabonné
Merci de ta bienveillance
Cher Herve Kabla,
Merci de cet article sur les grades.
J’ai moi même deux photos de mes grands pères en grand U : Paul Weiss promo 1886 et Paul Bursaux promos 1887. Le premier, P. Weiss a deux gallons sur les manches (les mêmes que ceux du portier de l’école dont la photo figure sur ton article), le second P. Bursaux n’a rien.
Peux tu m’expliquer la différence. En tant que de besoin je peux envoyer des photos.
Merci d’avance. Paul françois bursaux (x66) mail : francois@fbursaux.fr
Mon Cher Camarade,
Ton grand père Weiss porte des galons de sergent-major. Voir à ce sujet mon article ‘t’auras du galon mon garçon’ sur ce même blog.
Amixcalement
Très bon, Serge ! Je l’ai lu jusqu’au bout…
Yves
Merci Yves 🙂
Article hyper-intéressant, qui répond à des tas de questions que je me suis toujours posé.
En tant qu’ancien officier de marine, je n’arrive pas à m’adresser à un officier non-marin en employant « mon » (ex : le colonel chef de corps de l’École polytechnique).
Deux remarques incidentes :
1) On peut dire « mon colonel » dans la Marine nationale. En tant que midship pendant mon service militaire sur une frégate, c’est moi qui lisais tous les jours le menu en commençant par « président, mon colonel, messieurs » (cf. https://modern-submarines.com/submarine-sous-marin-le-carre-et-ses-attributs/ ou https://ammacdufumelois.fr/pdf/2Marine%20et%20bons%20usages.pdf).
2) A quand un article sur d’autres possessifs que je n’arrive pas non plus à prononcer (« mon père », « ma sœur ») ?
Olivier,
Le colonel en question était, à l’origine, le chef du détachement de troupes de Marine
Quant à ‘Mon père’ tu peux, au choix, lui substituer ‘Monsieur l’aumônier’ ou ‘Padre’
Pour ta sœur, je ne sais.;;;
Pour l’instant, la seule sœur que je connais, c’est « chère camarade » 🙂
Tu connaissais le 1) ?
Bonjour Serge,
Concernant les médecins militaires, je crois qu’il faut (ou fallait) faire la distinction entre les médecins de marine (passés par l’école de santé navale de Bordeaux) et les autres, passés par l’ école de santé de Lyon, devenue seule école de médecine militaire depuis 2011
Ces médecins portent je crois l’uniforme d’officier de l’armée dans laquelle ils servent (mer, terre, air), avec le velours grenat pour les galons. Mais les élèves de l’école de santé ont un uniforme de types marin (veste bleue croisée + casquette)
A l’X nous avions un médecin-chef (modèle képi à 5 galons), et ja crois que nous l »appelions « docteur »
Il servait chaque année une belle conférence sur les MST, l’amphi-vérole, une anthologie, avec la fine recommandation sur l’usage prophyllactique de savon de Marseille,
C’est vrai que dans les armées, on dit souvent « major », c’est relaté fans le sapeur Camembert.
Je ne connaissais pas « médecin colo »,
Je pensais que l’appellation la plus officielle était « monsieur le médecin », « monsieur le médecin principal », « monsieur le médecin en chef », « monsieur le médecin général »,correspondant à 2, 3, 4, 5 galons, puis étoiles comme pour les corps de services, ingénieurs (y compris cops civils), commissaires, etc.
Merci
Olivier Pascal, X 72
Tu as raison de soulever ce type de questions. J’ai connu une Préfète (le décret l’avait nommée »préfète ») qui se faisait appeler »Préfet » ( »Madame le Préfet ») du nom de la fonction. On peut aussi extrapoler sur les magistrats… Chacun fait un peu ce qu’il veut dans nos administrations de l’État. Et rien ni personne pour réguler… Je ne propose rien car on arriverait vite à une commission administrative supplémentaire, la 315ième…
Bravo !
L’article est long, mais il en vaut la peine d’être lu jusqu’au bon, d’autant que le style en allège l’effort.
J’ai pris la liberté de le diffuser à des amis sérieux et néant moins (très) hauts fonctionnaires.
Yann Boaretto X73
Lieutenant-colonel = tenant lieu de colonel.
Donc : des lieutenant-colonels, ou une lieutenant-colonelle (et pas une lieutenante-colonelle)
voilà !
l’idée est bien de montrer qu’on peut féminiser sans massacrer la gramaire…