Barbara et les barbares

La récente affaire au sujet d'un concert de Barbara Butch est révélatrice du véritable projet de la gauche portée par LFI

Un article datant des années 60 du magazine Time rapporte une blague de Samy Davis Jr, à qui on demandait sur un parcours de golf quel était son handicap. « Mon handicap ? », aurait-il répondu, « je suis déjà juif, noir et borgne, et vous pensez que cela ne suffit pas ? » Je ne sais pas pourquoi, mais on réfléchissant aux mésaventures de Barbara Butch, j’ai pensé à ce trait d’humour – un humour bin juif, à la Woody Allen.

Barbara Butch, je dois avouer que je n’en avais jamais entendu parler jusqu’au début de cette semaine. J’avais bien entendu vu la parodie de reproduction de la Cène à l’époque des JO de Paris de 2024, sans toutefois noter l’identité de chacune des personnes ayant participé à ce tableau un peu grotesque, qui avait suscité des appréciations négatives assez compréhensibles d’une partie des spectateurs. Bref, j’ignorais son existence et je ne m’en portais pas plus mal.

Et puis arriva ce qui finira par arriver à tous ces artistes ou intellectuels qui ont pris un peu de haut les messages d’alerte sur la montée d’une forme d’antisémitisme déguisée en antisionisme, au nom d’une certaine liberté d’expression dont on se demande où sont ses limites…

En concert à Grenoble, celle qui se définit comme une DJ homo et grossophobe, symbole même d’une « intersectionnalité » chère aux tendances de l’ultra-gauche en tout genre – relire pour cela l’essai de Samuel Fitoussi – s’est heurtée au mur sous-jacent, justement, à cette intersectionnalité aux revendications multiples mais antagonistes. Car, et c’est là son moindre défaut, comme dirait La Fontaine, Barbara Butch est née au sein d’une famille juive. Homo et obèse, passe encore, mais juive, homo, obèse et juive, cela ne passe pas, ou ne passe plus, aux yeux d’une frange de plus en plus large de la gauche française.

Résultat, son concert doit faire face à des activistes d’une section locale de la CGT, arrivés là non par hasard, mais selon un plan bien organisé, soutenu par la meute LFI, et dans une démarche visant à polluer tous les événements auxquels participent des cibles potentielles du parti de Jean-Luc Mélenchon. Bref, foutre un peu de Palestine partout, jusqu’à la nausée.

Là où c’est encore plus abject, c’est que bien évidemment ces barbares d’un nouveau genre ne reprochent pas à cette artiste un peu particulière sa judéité – ça serait répréhensible – ni son soutien à Israel – je doute que Barbara Butch, elle-même de gauche, se définisse comme un soutien du gouvernement actuel en Israel ou soit favorable au développement d’implantations. Non, ils lui reprochent quelque chose d’encore plus subtil : son soutien au projet de loi Yadan, qui visait à rendre répréhensible la critique d’états reconnus par la France, une loi qui aurait d’ailleurs eu un effet boomerang le jour où la France aurait reconnu un second état en Palestine…

Bref, voici donc à quoi ressemble le paysage à l’extrême-gauche ces dernières années : une armée de barbares prêts à tout pour aboutir à leurs fins. Et à traiter de « génocidaires », un terme devenu à la mode ces derniers temps, le moindre individu doté d’un patronyme juif (comme l’a évoqué Etienne Klein, victime d’un carambolage digne du film portant son nom…), ou refusant de condamner l’existence de l’état d’Israel.

Mais il y a encore plus ridicule dans cette affaire. Les leaders qui ont appelé à chahuter et empêcher le spectacle de Barbara Butch, et qui appellent au boycott de tout ce qui touche de près ou de loin au monde juif, se plaignent de recevoir des prétendues menaces de mort. Autrement dit, les bourreaux se déguisent désormais en victimes, pour mieux se cacher et pouvoir perpétrer leurs méfaits.

Nous avons ici affaire à de véritables barbares, dont le projet n’est autre que de mettre fin à la culture démocratique qui régnait jusqu’à présent dans nos paisibles contrées. Vous aurez reconnu, au passage, le thème même du livre Occidents, dont j’ai récemment fait la recension.

La menace que représente ce projet là est bien plus tangible, et bien plus perverse que tout ce que nous avons rencontré ces 80 dernières années, ne nous leurrons pas.

Le combat ne fait que commencer.

Herve Kabla
Herve Kabla

Hervé Kabla, ex-DS, ancien CTO de start-up, ancien patron d'agence de comm', consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.

Crédits photo : Yann Gourvennec

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