Edouard Balladur n’a effectué qu’un passage éclair sous les projecteurs – ministre de l’économie de 1986 à 1988 puis premier ministre de 1993 à 1995 – mais je dois avouer qu’aujourd’hui encore, il me semble qu’il a marqué son époque. Et pour longtemps.
Premier ministre de la seconde cohabitation qui se déroule durant le second mandat de François Mitterrand, Edouard Balladur s’est un peu retrouvé à ce poste par hasard. Jacques Chirac avait été premier ministre durant la première cohabitation, et il en était sorti passablement abîmé. Mitterrand l’avait ridiculisé en plein débat présidentiel – « bien sûr monsieur le Premier ministre… » – avant de le battre aux élections de 1988, et je pense qu’il n’avait pas voulu se prêter une seconde fois à ce jeu, ce qui était bien entendu une erreur, Mitterrand, malade, ayant peu de chances de se représenter.
Chirac a ainsi laissé Balladur occuper la place qui lui revenait comme chef de l’opposition, pour préparer la présidentielle de dans deux ans – putain deux ans !, comme le caricaturèrent alors les Guignols de l’info. Balladur, et une équipe ministérielle plutôt jeune pour l’époque (Bayrou, Sarkozy, Barnier), accompagnée de quelques cadors de la politique (Charles Pasqua, Simone Veil), avait un boulevard devant lui. Il en profita bien entendu pour déclarer sa candidature à la prochaine élection présidentielle, se moquant ainsi de la hiérarchie alors en place au sein du RPR, et de son « ami de 30 ans », une formule qui resterait consacrée pour la postérité.
Celui que le Canard surnommait le grand Balamouchi était le grand favori pour la présidentielle de 1995. Mais il faut se méfier de ses amis de 30 ans… Chirac, qui était alors donné perdant, entama ce qu’on appelle désormais une remontada, sur un thème absolument étonnant quand on repense au personnage qu’il avait incarné jusqu’alors : la fracture sociale, autrement dit un peu de gauche dans une politique de droite. Ce qu’il s’empressa de ne pas mettre en oeuvre, conduisant à une troisième cohabitation encore plus douloureuse… Chirac, l’homme des cohabitations.
L’emprise de Chirac sur son parti, et la fidélité de quelques lieutenants comme Alain Juppé ou Dominique de Villepin, lui permirent de défaire Balladur et Jospin, et de remporter une éclatante victoire au soir du 7 mai 1995. Balladur avait été présomptueux, un pêché qui ne pardonne pas, en politique. La petite clique de ceux qui l’avaient accompagné, Nicolas Sarkozy en tête, en paya le prix fort pour de longues années…
Bien évidemment, l’histoire d’Edouard Balladur ne vaut que pour le personnage qu’il était. Les candidats de l’élection à venir n’ont absolument encore rapport avec ce grand commis de l’état, qui avait trempé dans quelques affaires plus ou moins douteuses.
Mais on ne sait jamais, cela pourrait inciter des amis de 30 ans à repenser les conditions de leur amitié…