Avec Philippe Bouvard disparaît un monument de l’univers des medias. Animateur hors pair, il officia avec succès aussi bien dans la presse, sur des chaînes de radio ou à la télévision. Son humour pas toujours très fin mais très corrosif et son incroyable sens de la répartie étaient sa marque personnelle. Jeune, je n’étais pourtant pas très sensible à ses émissions. Il était déjà vieux quand je commençais à m’intéresser à la télévision ou à la radio, et me semblait représenter une autre génération.
De ses quelques 70 ans de carrière, je retiens principalement trois émissions. Les grosses têtes, bien évidemment, qu’il anima sur RTL pendant plusieurs décennies, et qui animaient souvent les arrières boutiques où l’on autorisait un poste de radio ou les taxis parisiens. Le grand échiquier ensuite, une émission d’une grande qualité consacrée parfois à des arts qui bénéficiaient rarement d’une aura télévisée. Le théâtre de Bouvard, enfin, qui propulsa de nombreux comédiens en leur offrant une visibilité quotidienne sur les postes de télévision.
C’est en consultant sa fiche wikipedia, enfin, que j’ai découvert ses origines juives. Sa mère, issue d’une famille ashkenaze, fut abandonnée à sa naissance, et se remaria avec un juif d’origine Livournaise, dont la famille disparut dans la Shoah. Philippe Bouvard, encore jeune, dut se cacher pendant la guerre, un aspect de sa vie sur laquelle il restait discret, mais qui posa peut-être les bases de sa personnalité.