Arnaque aux auteurs Amazon

Le monde de l'édition serait-il devenu la cible de voyous prêts à tout pour ruiner de pauvres auteurs en herbe ?

Le monde de l’arnaque est un monde passionnant. Il ne se passe presque pas un jour sans que j’entende parler d’une nouvelle arnaque, utilisant les supports numériques de plus en plus souvent. Parfois, j’en fais même les frais, et c’est ce dont je vais vous parler dans cet article.

Mes lecteurs le savent, j’ai écrit plusieurs livres livres ces dernières années, publiés chez Kawa au tout début et depuis quelques années publiés en auto-édition via Amazon KDP. C’est plus rémunérateur à l’unité, bien que les volumes soient plus faibles que les volumes auxquels j’étais plus coutumier du temps de Kawa. Mes derniers ouvrages, j’en ai parlé ici, ici, et , sont publiés en français et en anglais. Avec des ventes régulières pour le premier, mais nettement moins fréquentes pour les deux seconds.

Or depuis quelques semaines, je reçois des mails de personnes dont je n’ai jamais entendu parler, qui me disent avoir lu un de ces livres – à chaque fois en anglais – et entament une discussion autour de mon activité « littéraire ».

Tout a commencé avec un mail signé d’un certain Daniel Silva (authordanielsilva@gmail.com). Daniel Silva existe vraiment, c’est un auteur de roman d’espionnage, mais rien ne prouve qu’il s’agit bien de cette personne : après tout, n’importe qui pourrait se créer une adresse gmail comme authorhervekabla, premier arrivé, premier servi. Ce qui m’a intrigué, c’est que cet auteur de romans me parle d’un livre qui n’a rien à voir avec son domaine de prédilection…

J’ai donc répondu à ce mail, et j’ai alors été surpris de recevoir une réponse le lendemain. La discussion s’est poursuivie sur deux ou trois jours avant que je ne commence à me poser des questions. La régularité de l’heure de réponse, le fait qu’il ne réponde pas vraiment aux questions que je lui posais. J’ai donc fait le test ultime. Et je n’ai pas été déçu : 100% généré par l’IA. J’ai donc commencé à m’amuser en orientant la discussion vers des sujets plus tordus, jusqu’à lui demander 30 000$ pour financer mon prochain livre. Il ne s’est pas décontenancé, éludant une fois d eplus ma question et poursuivant sur son ton monotone d’IA qui veut faire croire qu’elle s’intéresse à la production littéraire en B2B…

Cela aurait pu n’être qu’une anecdote, mais j’ai par la suite reçu de nouveaux mails étranges, destinés à l’auteur d’un livre sur la généalogie. J’ai ainsi reçu un mail élogieux d’une certaine Eliane Laux, qui se prétend Literary Outreach Specialist, Australian Literary Network, flattait les qualités du livre, avant de me proposer de participer à son podcast littéraire … pour la modique somme de 160$… pas assez cher, ma fille.

Puis ce fut au tour de Julieta Alves Castro, qui elle aussi a été stupéfaite par la qualité de cet ouvrage, avant de me proposer ses services pour développer la visibilité de mes livres à l’étranger. Entre temps, j’ai eu le loisir de lui demander un commentaire élogieux sur Amazon et sur Goodreads, ce qu’elle a bien voulu écrire et publier.

Et puis il y a eu le summum, ce mail d’un lecteur en italien, qui n’a probablement jamais lu ce livre – même si j’ai demandé la traduction automatique en italien, je ne dispose d’aucune trace d’achat Kindle sur la version en italien…

Face à ce qui s’apparente de plus en plus à un pattern, et non à une anecdote, je me suis demandé à quel phénomène j’avais affaire. Il est claire que l’IA permet de réaliser très facilement de petits bots susceptibles d’entretenir une discussion via gmail. Il suffit ensuite d’aller piocher des auteurs avec de faibles volumes de vent – ie. un classement de vente peu élevé sur Amazon – et d’aller faire du démarchage électronique. Rien de plus banal.

Mais il y a plus que cela. Il y a des signaux qui pour moi sont rédhibitoires, et puent plus l’arnaque que le démarchage. Un montant de 160$ pour apparaître dans un podcast qui n’existe pas ? Une discussion soutenue qui cherche à m’endormir pour créer de la proximité ? On s’éloigne vite de l’univers du démarchage, pour pénétrer dans celui de l’arnaque en ligne.

Avis aux écrivains en herbe et aux adeptes de l’auto-publication dont l’adresse mail traîne sur le web…

Herve Kabla
Herve Kabla

Hervé Kabla, ex-DS, ancien CTO de start-up, ancien patron d'agence de comm', consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.

Crédits photo : Yann Gourvennec

Articles: 5377

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *