Le polytechnicien a bien une tête à claque

par Serge Delwasse, X1986.

Ce billet est la version intégrale, non politiquement corrigée, enrichie – en particulier du point de vue de l’iconographie, de l’article le Bicorne au sommet de l’esprit du polytechnicien publié dans la Jaune et la Rouge de février 2013

bicorne et polytechnicien

 

 

Le bicorne, symbole de l’X, pourquoi ?

Cela ne fait aucun doute, aujourd’hui, qui dit X dit bicorne, et qui dit bicorne, dit X. Est-ce parce que nous sommes les seuls à le porter encore ? Que non, les académiciens, les ambassadeurs, voire les huissiers des synagogues parisiennes portent aussi le bicorne. Alors ? quel est le lien si fort entre notre école et cette coiffure ?

Au commencement était le chapeau de cow-boy

Ou de mousquetaire, si vous préférez. Comment le réalise-t-on ? c’est très simple : prenez un grand cercle de feutre, mettez le en forme, rajoutez un ruban et éventuellement une plume, et le tour est joué. Nous sommes au début du XVIIe siècle. Plus tard on raffina, on rajouta une coiffe, mais il fallait se rendre à l’évidence, les bords n’étaient pas très pratiques pour se battre. Alors on les roula, on les fit durcir à la vapeur, et nous voici avec un superbe tricorne, tricorne qui traversa tout le XVIIIe siècle.

Et après ? on se rendit compte que la corne avant gênait en particulier pour manier le fusil. On la réduit peu à peu, jusqu’à arriver au bicorne, porté en bataille (son nom l’indique bien, c’était plus pratique pour se battre, ça ne bouchait pas la vue), qui se généralisa, suivant les régiments, entre 1786 et 1791.

Une coiffure républicaine

Le bicorne, apparu avec la révolution, connut rapidement le succès : le tricorne, très marqué « ancien régime » parce que c’était également le chapeau de cour, disparut rapidement. La république adopta le bicorne pour ses généraux, ses gendarmes, ses huissiers, ses préfets, ses commissaires de police…

La coiffure des grands corps de l’Etat

Les guerres napoléoniennes mirent en exergue le besoin de coiffures « durcies » pour protéger le combattant : Casques, Shakos, bonnets à poil… Seuls les non combattants (Génie, corps techniques de soutien) ou considérés comme tels car non supposés aller au contact de l’adversaire (marins, officiers généraux, officiers d’état-major) conservèrent leur bicorne. C’est pour ça que les X ont gardé de leur, tout comme les élèves de l’école de Santé de Lyon – qui avaient d’ailleurs une tenue dite « Pinder » relativement similaire à la nôtre, et… les cadres de Saint-Cyr !

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À la fin du XIXe siècle, les cadres de l’École Spéciale Militaire portaient le bicorne

Le XIXe siècle le généralisa aux ingénieurs des Mines, aux ambassadeurs, aux académiciens…

 

Une coiffure française

De Bonaparte à Marengo à Napoléon à Austerlitz, le bicorne devint le symbole des succès militaires de la France, bien qu’il fût adopté par nombre de marines et armées étrangères. En 1823, quand le ministre de l’intérieur (!) remit en vigueur l’uniforme à l’École, il décida que les élèves porteraient le chapeau … français !.

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Aujourd’hui ?

l’X, est, de nos jours, pratiquement la seule à porter le « claque ». Malgré quelques tentatives de retour aux traditions, les élèves médecins ne le portent plus depuis l’inter-armisation de 1974. Les marins, les officiers généraux, les préfets ont perdu le leur lors de la seconde guerre mondiale. Les huissiers de l’Elysée sont tête nue. La plupart des académiciens le portent à la main. Et on ne voit plus d’ambassadeurs en uniforme. Et les huissiers des synagogues du consistoire ont un peu de mal à nous faire de l’ombre

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L’huissier de la synagogue. Je ferai un jour un papier qui traite de cette tenue, mélance de capitaine de vaisseau de la Royal Navy et de Sergent Major

 

C’est ainsi que nous nous le sommes appropriés.


Et le claque ?
Le modèle standard est peu aisé à transporter. Il a donc existé un modèle pliant – en réalité applatissable. Pour aplatir le chapeau, on faisait « clac » ! les photos ci dessous vous montre un claque d’officier subalterne de Marine plat, et déplié. D’accord, il a un peu vécu, mais c’est tout ce que j’ai

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Les Xettes

La tradition des personnels féminins des armées, abandonnée avec les cantinières, remonte à la Seconde Guerre mondiale. On emprunta pour ces dames le tricorne à la Royal Navy. C’est donc tout naturellement qu’on coiffa les Xettes, en 1972, de ce même tricorne, commettant ainsi une erreur historique majeure. Erreur réparée en 1996, à la demande des élèves elles-mêmes. Je ne peux que vous renvoyer vers le billet L’Année de la Fin de la Jupe


Le bicorne des cadres
C’est en 1979 que les cadres de l’écoles furent dotés du bicorne. Pourquoi ? Probablement dans un souci d’uniformisation. L’encadrement issu de l’armée de terre portait la tenue dite 31 avec képi. Quand on voulut en doter tous les officiers de l’Ecole, se posa la question : pouvait-on coiffer des marins et des aviateurs d’un képi ? Certes non. On les dota donc d’un bicorne, légèrement différent puisque plus haut et équipé d’une ganse d’officier. En 2003, les bazoffs reçurent également le GU. GU accompagné d’un bicorne. C’est ainsi que le claque des élèves est devenu le bicorne de l’X !


Remerciements

Documentation rassemblée avec le concours de Marie-Christine Thooris et Olivier Azzola, Centre de ressources historiques de l’École.


Bibliographie

Lienhart & Humbert, Les Uniformes de l’Armée Francaise-1690- 1894, Librairie M.Ruhl, Leipzig
Joseph Margerand, Les Coiffures de l’armée française, Strasbourg, Éd. Coprur, coll. « Le Livre chez vous », 2002.
Bibliothèque de l’École polytechnique, Le Grand Uniforme des élèves de l’École polytechnique, de 1794 à nos jours, Paris, Lavauzelle, 2003.

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