Dans la fournaise d’un MF19…

Le métro moderne, c'est mieux avec la clim... quand elle fonctionne.

Résidant à Boulogne-Billancourt depuis ma plus tendre enfance, j’ai un lien particulier avec la ligne 10 de métro. À ma naissance, cette ligne ne s’arrêtait pas encore à Boulogne et faisait une boucle au niveau de la Porte d’Auteuil. C’est pendant mes années de collège et de lycée qu’elle fut prolongée, et l’on voyait encore, quelques années plus tard, au front de la rame qui entrait en station, un voyant lumineux jaune ou bleu indiquant si la rame qu’on empruntait ferait la boucle ou roulerait jusqu’au Pont de Saint-Cloud.

J’ai fait mes études avec cette ligne. Je révisais mes cours de maths chaque matin en roulant vers la station Odéon pour rejoindre le Lycée Louis Le Grand. Quelques années plus tard, je changeais à La Motte Piquet – Grenelle pour rejoindre la ligne 6 et me rendre à Télécom Paris. Plus tard, quand mon agence fit ses débuts dans le Marais, je prenais toujours cette ligne 10 pour changer à Odéon et prendre la 4 jusqu’aux Halles. Bref, la 10 fait partie de ma vie et c’est avec une certaine impatience et beaucoup d’enthousiasme que j’ai attendu l’arrivée du MF19.

Les lecteurs de ce blog le savent, je suis en général assez friand d’innovations. J’ai souvent fait partie des early adopters de technologies variées, appelées à se développer ou disparaître corps et âme. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours été attiré par ce qui est neuf ou récent, me disant à chaque fois que la découverte de nouveaux usages serait toujours plus intéressante que la monotonie d’une utilisation régulière.

Le MF19, cela fait presque deux ans, déjà, qu’on nous l’annonce – et quand on dit on, je ne sais plus si je dois dire RATP, STIF ou Il de France Mobilité, avec ces manies de changer de nom… Via des posters vantant les mérites de ce nouveau modèle de rame appelé à remplacer les vieux modèles mis en service au début des années 70, on apprenait ainsi que les usagers de la ligne 10 allaient bientôt bénéficier des mêmes avantages que les usagers de moyens de transport collectif modernes, comme ceux qu’on peut utiliser dans certaines villes d’Europe ou en Chine, avec la clim et un aménagement intérieur digne de ce nom.

Je dois avouer que le teasing a bien fonctionné. Il faut dire qu’il a belle allure, avec sa bordure de leds en façade, sa coupe originale, son long fuselage blanc immaculé… Ces derniers mois, on a pu croiser une rame fantôme, rappelant un peu le navire de Davy Jones dans Pirates des Caraïbes : un metro vide ou presque, qui avance toutes lumières allumées, sans s’arrêter dans aucune station… Comment diable faisait-il pour doubler d’autres rames et paraître toujours en mouvement ?

Puis le jour fatidique est arrivé, et il nous a été donné, à nous vieux usagers de la ligne 10, de prendre pied à bord d’un MF19, d’abord de manière occasionnelle, puis désormais de manière plus régulière. Et c’est alors, hélas, qu’il a fallu se rendre à l’évidence : le MF19 est certes beau, il émet certes un son facilement reconnaissable, il est certes très lumineux. Mais il souffre de défauts tellement énormes, qu’on se demande si son constructeur Alstom n’a pas fait appel à une armée de stagiaires pour le mettre au point.

Commençons par les points positifs : conçu comme les rames les plus récentes qui circulent sur les lignes 1, 9 ou 14, le MF19 est monobloc : on n’est donc plus obligé de rester dans le même wagon, et on peut circuler librement – joli cadeau offert aux mendiants en tout genre – d’un bout à l’autre d’une rame, sans attendre le prochain arrêt. L’éclairage est puissant, la climatisation a l’air de fonctionner, l’affichage de la ligne est clair et pour une fois orienté dans le sens de la marche du train – et non uniquement de la gauche vers la droite, ce qui a dû complexifier les trajets de plus d’un touriste étranger… Petit détail utile, l’affichage propose même le temps de trajet prévu jusqu’aux prochaines stations.

Hélas, trois fois hélas, pour bénéficier de toutes ces innovations majeures … il faut accepter d’en payer le prix. Le prix, c’est un tas de petits détails qui peuvent rendre agaçant, voire pénible, tout trajet dans une rame MF19. Commençons par le plus simple : la petite voix à sonorité métallique qui égraine le nom des prochaines stations. N’était-il pas possible de s’équiper de matériels et de logiciels un peu plus récents ou un peu mieux conçus ? Cela fait vraiment jouet de très mauvaise qualité. Passons sur la qualité de l’assise et les couleurs choisies : je n’en suis pas fan, mais je n’ai pour l’instant pas encore eu l’occasion de poser mes fesses sur ces fauteuils verts ou bleus, qui m’ont l’air un peu rigides.

Là ou ça commence à devenir plus pénible, c’est que ces rames sont conçues pour avoir moins de passagers assis et plus de passagers debout, ce qui n’est pas déconnant pour accroître la capacité d’accueil d’une seule rame : le métro parisien, avec ses stations courtes, est assez mal dimensionné, par comparaison avec le métro de Shanghai, de New-York ou au RER. Ce qui explique d’ailleurs que l’expérience utilisateur soit de si mauvaise qualité. Or quand on est debout, il faut pouvoir se tenir à quelque chose de fixe : une poignée, une barre fixée au plafond ou posée verticalement. Dans les anciennes rames, cela se faisait sans problème, on y était suffisamment à l’étroit pour toujours trouver un point d’accroche à longueur de bras. Mais dans les MF19, les points d’accroche sont si espacés qu’il existe des sorte de points de Lagrange, depuis lesquels un être humain de taille modeste – disons 1m75 – aux bras normalement proportionnés ne peut trouver aucune poignée à laquelle se tenir… Le résultat, ce sont des moments peu plaisants, où l’on se retrouve à essayer de tenir en équilibre, et de ne pas bousculer ses voisins…

Mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est ce qui m’est arrivé hier, à bord d’une rame MF19 dont le système de climatisation était défectueuse. Une panne de clim, ça peut arriver à tout le monde, souvent en voiture, et dans ce cas, que fait-on ? On baisse les vitres et on roule, en espérant que le vent qui circule dans le véhicule évacue la chaleur. Mais dans une rame de train ou de métro équipée d’une climatisation, il est hors de question de permettre d’ouvrir les fenêtres : les usagers qui ne connaissent pas le fonctionnement d’un système de climatisation seraient tentés de les laisser ouvertes en permanence, réduisant de manière significative ses performances. Donc me voici, avec quelques centaines de passagers, dans une rame sans clim, sans aération, avec une température ambiante visiblement proche des 30 degrés. Je vous laisse imaginer le calvaire..

Bref, moi le fan d’innovation, je me suis mis à regretter les vieilles rames MF67, en me demandant qui avait pu concevoir un système aussi tordu, incapable de fournir un système d’aération de remplacement en cas de panne de climatisation.

Avouez que c’est ballot.

Herve Kabla
Herve Kabla

Hervé Kabla, ex-DS, ancien CTO de start-up, ancien patron d'agence de comm', consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.

Crédits photo : Yann Gourvennec

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