Cette coupe du monde 2026 est étonnante à plus d’un titre, et j’aurai l’occasion de revenir là-dessus dans les prochains jours. Mais je voudrais attirer l’attention de mes lecteurs sur le carton rouge attribué à Folarin Balogun, et retiré par la FIFA suite à la demande (et probablement aux pressions) exercées par Donald Trump. Un carton rouge qui en dit long non pas sur Donald Trump, mais surtout sur la FIFA…
Pour les lecteurs qui ne seraient pas au courant de l’affaire, rappelons quelques éléments de contexte. Folarin Balogun – dont le nom évoque un peu le célèbre terme hébreu balagan qui signifie à peu près bordel en français – est un joueur de football de nationalité américaine, né à New-York de parents nigérians (pour plus de détails, vous pouvez consulter cette excellente chronique de Joel Stein). Il évolue depuis quelques années au sein de l’AS Monaco, et n’est donc pas totalement inconnu des amateurs de Ligue 1. Balogun est apparemment un élément clef du dispositif américain, capable de marquer plusieurs fois durant un match (il l’a fait contre le Paraguay durant les phases de poule, contrairement aux bleus…), l’un de ces joueurs sur lesquels les fans américains et Donald Trump le premier comptaient pour remporter le titre.
Hélas, lors du match de 16e de finale contre la Bosnie-Herzégovine, le dit Balogun écopa d’un carton rouge semble-t-il pas vraiment scandaleux, une de ces sanctions comme on en voit passer dans une compétition de ce type. De grands joueurs, comme des crapules de bas étage, en ont reçu, parfois à juste titre, et parfois pour des actes indument reprochés. C’est la vie du football, et si on ne l’accepte pas, on va pratiquer un autre sport… Or un carton rouge, dans ce type de tournoi, est synonyme non seulement d’une expulsion du terrain, mais aussi d’une sanction qui dépend de la gravité des actes incriminés : en général une suspension pour un match, parfois deux si c’est vraiment très très grave.
Patatras ! Comment l’équipe américaine ourrait-elle désormais se qualifier au match suivant, contre la Belgique, qui remporta son match contre le Sénégal in-extremis, après avoir été menée 2-0 à dix minutes de la fin, et conclu sur un score final de 3-2 ? Sans Balogun, l’espoir d’une avalanche de buts américains et d’une victoire facile contre les diables rouges allait s’amoindrir.
Qu’à cela ne tienne, on connaît l’audace et l’efficacité du 47e président des Etats-Unis d’Amérique. Un tweet ravageur, un coup de fil à Infantino, et voilà comment on règle un problème de carton rouge (ou une crise internationale ou une affaire de moeurs, c’est toujours la même méthode…) dans le monde de Donald Trump. On le savait déjà, il ose tout (et c’est à cela qu’on le reconnaît, n’est-ce pas ?), et il n’y a pas eu vraiment de surprise de ce côté-là.
En revanche, la véritable surprise vient de la FIFA et de son président Gianni Infantino, le petit bonhomme chauve un peu insignifiant, qu’on voit apparaître en cours de match sur les écrans de télévision. Le président de la FIFA a donc gentiment accepté d’intercéder et de remettre Balogun dans la liste des joueurs disponibles pour le quart face à la Belgique, sans que cela n’ait réellement d’influence sur la destinée de l’équipe américaine, sortie de la compétition sur un indiscutable 4-1.
Nous voici donc avec le président d’une instance internationale – une fédération sportive, certes, et non une organisation représentative d’états – qui accepte gentiment de dire « oui monsieur, très bien monsieur, à vos ordres monsieur » à un président en exercice, renonçant de fait aux décisions de ses membres, de ses arbitres, renonçant à ses propres règles, afin de faire plaisir. On croit rêver, mais non, c’est possible, il suffit d’un petit peu de houtspa – et Donald Trump en a hérité d’un bon quintal
Bien évidemment, et Joel Stein le précise avec talent, cela n’a absolument rien à voir avec les affaires en cours qui menacent la FIFA, ni avec le déménagement récent des bureaux de la FIFA au x-ième étage de la tour Trump. Ce ne sont que de tristes coïncidences, qui ne devraient absolument pas faire sombrer le lecteur dans une théorie du complot abracadabrantesque.
Non, ce que révèle l’affaire Balogun c’est qu’au sein de la FIFA règne un véritable balagan.
Et qu’il suffit de savoir en profiter pour tenter d’influencer le destin de quelques joueurs, balaganesques ou non, ou d’une équipe en quête de victoires putatives.
Avis aux amateurs.
Bon(s) match(s).



