J’aime courir de bon matin, à la fraîche. Levé vers 6h, ça pique un peu en hiver, mais c’est merveilleux en été. Et avec les pics de chaleur de ces derniers jours, de toute façon, il n’ya avait pas d’autre possibilité, si l’on voulait s’entraîner et garder la forme (hors les salles). Un ou deux petits tours de Longchamp, et croyez-moi, la journée démarre sur de bonnes bases !
À cette heure là, on ne croise pas beaucoup de monde autour de Longchamp. Ce sont presque tous des habitués. Il y a cette dame âge de plus de 85 ans qui fait son petit tour quotidien, que je croise souvent en hiver comme en été, et que j’ai même croisée par hasard l’été dernier à Antibes (à la même heure). Il y a quelques coureurs un peu dingos, comme moi, qui courent dans le sens positif, ou négatif, selon leur humeur (pour moi, c’est toujours le sens positif). Il y a aussi quelques cyclistes, dont le nombre varie selon le jour – une dizaine un peu épars en semaine, sauf le lundi où ils se regroupent en un peloton d’une quarantaine d’individus, qui roulent à une vitesse si élevée qu’ils tournent trois fois plus vite que moi. Il y a aussi, parfois, un camion de ramassage des déchets nocturnes, fréquents dans le Bois de Boulogne. Ou encore ces agents d’accueil ou d’entretien, venant préparer leur journée à Longchamp, côté hippodrome ou côté practice (de golf).
C’est à peu près tout. Vous voyez, cela ne fait pas beaucoup de monde.
Mais cette semaine, il y avait plus de monde que d’habitude. Il y a avait une cohorte de camions, qui attendaient bien sagement. Qui attendaient quoi ? Qu’on les laisse rentrer sur le parking de l’hippodrome pour accomplir une mission : démonter Solidays.
Solidays, si vous habitez dans l’ouest parisien autour de Saint-Cloud, Suresnes ou Boulogne, vous connaissez forcément ce concert qui dure 2 jours et 3 nuits, et fait pas mal de boucan. Depuis presque trente ans, il marque la fin des courses à Longchamp et le début (ou presque) de la saison des concerts estivaux, qui s’achève avec Rock en Seine deux mois plus tard. Et depuis trente ans, j’ai un peu l’impression que c’est aussi le principal épisode pluvieux du mois de juin, allez savoir pourquoi.
En trente ans, Solidays avait réussi à remplir les pelouses de Longchamp, avec une seule annulation en 2020, pour cause de crise Covid. Mais il faudra désormais compter avec un deuxième couac, un annulation de dernière minute, cette fois à cause de la canicule. Avec une perte sèche à la clef, évaluée à 3 millions d’euros. PAs glop.
Remarquez, en été, une canicule, il fallait bien s’y attendre. Et je suis certain que les organisateurs ne s’attendaient pas à une telle mesure. Qu’on prenne soin de la santé des festivaliers, c’est sans doute une bonne chose. Les hôpitaux à proximité (Ambroise Paré à Boulogne, Foch à Suresnes) ont une capacité d’accueil limitée, et se retrouver avec quelques centaines de « caniculés » sur les bras aurait sans doute coûté cher aux services d’urgence. L’attention de la préfecture – préfet de Paris ou des Hauts de seine ? – est appréciée à sa juste valeur. Et je suis certain que quelques chanteurs se sont sentis soulagés de ne pas répéter l’expérience de Bruno Mars, qui avait maintenu son concert au Stade de France la semaine passée, sous une chaleur écrasante malgré l’heure tardive.
Mais il y a une population qui, elle, n’a pas eu droit aux mêmes attentions. C’est celle de tous ces manoeuvres et ouvriers venus monter les multiples chapiteaux la semaine passée, sous la même chaleur écrasante que celle qu’a connu Bruno Mars, et qui sont aussi venus les démonter le lundi qui suivait la date du festival, autrement dit le jour de ma petite sortie matinale.
Ils viennent faire leur boulot, rien de plus normal. Mais pourquoi les faire poireauter jusqu’à 7h30 ou 8h, alors qu’ils étaient sur place dès 6h30 et auraient pu commencer à travailler sous une température plus clémente que celle attendue en milieu de journée ? N’était-il pas possible de pondre un arrêté préfectoral pour les autoriser à démarrer la journée plus tôt que prévu ? Ou bien le contrat qui lie leur employeur avec l’exploitant de l’hippodrome – France Galop, I presume ? – ne pouvait-il pas être amendé pour leur permettre de pénétrer sur les lieux un peu plus tôt que prévu ?
Les épisodes caniculaires qui se succèdent à une fréquence de plus en plus soutenue ont permis de relancer de nombreux débats, en France, sur la manière de gérer les grosses chaleurs. On a pu constater le faible taux d’équipement en climatiseurs dans les infrastructures publiques (hôpitaux, écoles, transports communs), et bénéficier de magnifiques pugilats dans de grandes surfaces dont les stocks de ventilateurs étaient sur le point de s’épuiser. C’est bien, on avance dans la bonne direction.
Mais ne serait-il pas tout aussi profitable de changer nos moeurs, et de les adapter aux grandes chaleurs, comme l’ont fait avant nous, et depuis longtemps, nos voisins ibériques, ou les pays du Maghreb ? Commencer la journée de travail à 9h, cela n’a aucun sens quand il fait déjà 27 ou 28°C. Il vaut mieux démarrer la journée plus tôt, vers 6h30 ou 7h, et faire un break – un bon break, voire une sieste à l’ombre – pour reprendre à partir de 16h et finir un peu plus tard.
Nous pourrons alors faire mentir le dicton : avant l’heure, c’est souvent l’heure.




