Le retour du vinyle

Si, comme moi, vous aimer écouter autre chose que la soupe musicale servie à la radio ou à la télévision, vous avez sûrement remarqué un phénomène surprenant : le retour du vinyle. Jusque là, ça me faisait bien marrer, comme toute manifestation exagérée d’une certaine nostalgie. Mais deux événements récents m’ont sidéré, me poussant à écrire cet article.

Le premier événement s’est produit il y a quelques mois. Un de mes enfants a reçu, en guise de cadeau d’anniversaire, un vinyle, offert par un de ses amis. S’agissant d’enfants nés alors que le 21ème siècle était déjà bien engagé, et qui n’ont jamais vu de vinyles dans mon foyer, j’ai trouvé cela assez cocasse.

D’autant plus cocasse qu’il n’y avait jusque là pas de lecteur de vinyle – pardon, lapsus – je voulais dire de tourne-disque à la maison. Rien, même pas un vieux mange-disque des années 60. Impossible d’écouter ce disque autrement qu’en cherchant le nom de l’album sur Youtube ou sur Spotify. Le vinyle a donc fini posé sur une étagère, et sert à masquer quelques vieux livres.

Jusque là rien de répréhensible.

Mais un deuxième événement est venu tout bouleverser. Cédant aux réclamations de notre progéniture qui réclamait un tourne disque pour écouter le vinyle en question, on épouse a fini par céder. Et a rapporté à la maison le vieux tourne-disque qui trônait sur la chaîne stéréo de ses parents.

Et là, c’est la goutte qui fait déborder le vase.

Comprenez-moi, depuis toujours, j’ai adoré le progrès, l’évolution, la dérivée positive. Certes, j’apprécie la nostalgie à sa juste mesure, je verse la larme qu’il faut en écoutant un vieux tube de Polnareff ou en regardant un film de Louis de Funès. Mais jusque là, j’avais pu éviter de laisser le passé faire une irruption trop importante dans mon foyer. Ce n’est pas que je sois fan de l’innovation à tout va : je n’ai encore pas cédé aux sirènes du véhicule électrique, et la plupart des appareils électroniques, chez moi, ont plusieurs d’années d’existence, l’obsolescence programmée les guettant de près.

Mais de manière générale, lorsqu’une innovation apporte un changement majeur par rapport à ce qui lui précédait, je l’ai généreusement adoptée. Ainsi, lorsque les CDs ont supplanté les vinyles, j’ai sagement rangé mes dizaines de vieux 33 tours, patiemment acquis entre la fin des années 70 et le début des années 90, dans la cave de mes parents, où ils doivent toujours se languir.

Et lorsque Spotify et Deezer sont devenues des solutions suffisamment répandues, pour offrir un large catalogue de titres, comprenant d’ailleurs certains de mes anciens 33 tours, je suis passé à Spotify, adoptant d’ailleurs la version familiale, pour qu’on n’ait plus besoin d’entreposer des dizaines de CDs. J’ai même écrit un bel article pour vanter les mérites d’un outil pour retrouver les références de ses anciens CDs.

Comprenez ma stupéfaction. Moi qui ai tout fait pour que mes proches puissent bénéficier du meilleur de la technologie, qui ai patiemment attendu que les solutions les plus innovantes deviennent suffisamment stables pour leur éviter toutes les déboires d’une adoption trop rapide, je suis surpris, voire déçu, de ce retour aux années 70.

Aux vieux vinyles qui se rayent. Aux tourne-disques qu’il faut connecter à un ampli, lui-même connecté à des enceintes, pour pouvoir écouter 18 minutes de musique, avant de se lever pour changer la face. Alors qu’une borne Alexa fait le même travail et répond même à la commande vocale.

Croyez-moi, ce retour à une musique soi-disant de meilleure qualité et de bien mauvais augure.

Car l’étape d’après risque bien d’être un retour à la cassette.

Sic transit gloria mundi…

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