La police de Vichy

Au fil des années, on pourrait avoir le sentiment que les documentaires consacrés à la Seconde guerre mondiale n’apportent rien de neuf, et forment des redites de documentaires déjà vus. Pourtant, avec l’accès à des archives de plus en plus riches et le recul nécessaire pour apprécier de telles périodes historiques, il arrive qu’on tombe sur des documentaires réellement passionnants et presque novateurs.

C’est en tout cas le sentiment que j’ai ressenti, dimanche soir, en regardant sur France 5, le documentaire de David Korn-Brzoza consacré à la police de Vichy. Au-delà de figures connues du grand public comme Bousquet ou Darnand, on y apprend par exemple le rôle tenu par certaines figures moins connues, comme Pierre Pucheu.

Pour ma part, j’y ai découvert que la police nationale est une création même du régime de Vichy, afin de mieux contrôler le maintien de l’ordre, qui était auparavant confié aux villes, sous la forme de polices municipales : je croyais jusqu’à présent, de manière erronée, que les polices municipales étaient de création plus récente que la police nationale.

Le documentaire rappel que la structure même des forces de police nationale, à l’époque actuelle, est restée peu ou prou la même que lors de sa création par le régime de Vichy : renseignements généraux, unités mobiles (devenues les unités CRS), datent de cette époque. Le général de Gaulle, dans son effort pour réconcilier ces deux France qui s’étaient entre-battues pendant cinq ans, a considéré qu’il valait mieux conserver une structure qui, il faut bien le reconnaître, avait le mérite de moderniser l’appareil étatique. Certes, l’usage qui en avait été fait par Vichy était des plus méprisables, mais sa structure même et ses modes de fonctionnement étaient dignes d’êtres conservés par la république naissante.

Le documentaire rappelle, sur sa fin, le destin des principaux dirigeants de la police de Vichy. On y redécouvre, avec effroi, comment René Bousquet, politique parmi les politiques, tel un serpent, a réussi à passer à travers les mailles du filet, et comme d’autres, à se maintenir proche du pouvoir, jusqu’à fréquenter François Mitterrand.

Effroyable époque.

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