Mirage 5 à vendre, parfait état, DM si intéressé

A l’heure où les cuves des stations services peinent à se remplir, la nouvelle a de quoi surprendre. Artcurial, première maison de vente aux enchères en France, organise ce vendredi la vente de dizaines d’oeuvres d’art (estampes, photos, dessins) et d’appareils à usage aéronautique (gyroscopes, montres, etc.), une superbe collection comprenant un superbe Mirage 5 (ou Mirage V comme on l’écrit parfois) issu des stocks de l’armée belge. Mise à prix: 30 000 euros. Une paille, quand on sait que la livraison est comprise dans le prix de vente… Tout cela pour fêter les 50 ans du premier Mirage III, l’avion de combat qui a popularisé Dassault de l’autre côté de la Méditerranée. Tanguy et Laverdure peuvent être fiers…

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L’histoire du Mirage 5 mérite d’être contée aux jeunes générations. Tout commence avec la livraison de Mirage III dans les années 60 à Israel, qui cherche alors à remplacer ses appareils précédents, des Mystère si je me souviens bien. Le Mirage III est un remarquable appareil, multifonction, et connaît ses premières heures de gloire sur le théâtre du moyen-orient aux mains des pilotes israéliens. C’était avant 1967, Israel réduit à la portion congrue et n’ayant pas encore vingt ans devait se défendre dans un environnement ultra hostile, entre l’Egypte de Nasser, et la Syrie qui détenait encore le Golan.

La collaboration entre l’armée de l’air israélienne et les avions Marcel Dassault, comme cela s’appelait encore à l’époque, fonctionne bien, et Israel, qui n’était pas encore l’allié indéfectible et l’un des premiers clients de l’industrie militaire américaine, passe la commande d’une évolution du Mirage III, appelé Mirage 5. L’objectif étant d’allonger son rayon d’action (Israel voit déjà loin).

Et puis en mai 1967, Nasser bloque le détroit de Tiran, se montre de plus en plus menaçant. Le gouvernement israelien n’a d’autre choix qu’une guerre préventive, qui deviendra un modèle de guerre éclair: la guerre des Six jours. Les Mirage III israeliens débarrassent en quelques heures Tsahal de toute menace aérienne, la suprématie de l’armée de l’air israélienne est assurée pendant 6 longs jours, Israel réalise d’importantes victoires territoriales (mais à quel prix politique…)

La réaction politique en France est immédiate: le Général de Gaulle décrète un embargo sur les ventes d’armes à destination du moyen-orient. Cet embargo est en réalité une décision unilatérale d’abandonner son client israélien, et de recentrer la politique française vers une tendance beaucoup plus pro-arabe, qui était loin, rappelons-le, d’être le cas durant la période 1948-1967.

La commande de Mirage 5 n’arrivera jamais en Israel. Elle prendra la direction … de la Lybie, où un jeune colonel du nom de Khadafi se distingue déjà. Israel, en « représaille », lancera son propre programme aéronautique: Le Nesher, puis le Kfir, avant d’abandonner sous pression américaine, son dernier programme, le Lavi.

Depuis, l’armée de l’air israélienne domine la région avec des appareils américains. Dassault Aviation a vendu quelques centaines de Mirage dans la région, mais au camp d’en face, plus solvable (Arabie Saoudite, Irak, notamment). Mais n’a toujours pas vendu de Rafale… Comme quoi, on paie toujours ses dettes, un jour…

UPDATE: les premiers Rafale ont été vendus à l’Egypte du général Sissi en 2014…

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