Le Nazi et le Barbier

J’ai lu de nombreux récits sur la Shoah. Certains étaient des témoignages réalistes, d’autres des fictions plus ou moins fantaisistes. Mais je dois reconnaître que j’ai rarement lu un récit comme celui-ci. C’est une ancienne salariée de l’agence, Coraline, qui m’a recommandé ce livre. Publié en 1971, Le Nazi et le Barbier et le fruit de l’imagination débordante d’Edgar Hilsenrath.

Juif allemand qui a survécu à la Shoah en se cachant dans un ghetto en Ukraine, Hilsenrath écrit dans un style qu’on peut trouver parfois pesant, mais qui au fil de la lecture prend toute sa force. Scabreux, déprimant, mais souvent drôle, le Nazi et le Barbier est en effet une sorte de farce sur cette période tragique, si tant est qu’on puisse écrire une farce sur ces événements. C’est le récit d’un allemand au physique typiquement juif dans la perception nazie, Max Schulz, ami d’un jeune juif né le même jour que lui, Itzig Finkelstein, fils de barbier, barbier lui-même et doté, lui, d’un physique allemand qui touche à la perfection aryenne. L’arrivée de Hitler dans leur petite ville en 1933 va sceller le destin des deux amis : l’un sera SS, l’autre disparaîtra avec sa famille. Fin de la première partie.

C’est à l’issue de la guerre que la farce va prendre forme. Pour mieux se cacher, Schulz a l’idée de génie d’usurper l’identité de son ancien camarade. Personne ne se doute de la supercherie, tant son apparence le rapproche de celui d’un survivant. Schulz retourne en Allemagne, se met à fréquenter d’anciens rescapés, et finit par se prendre à son propre jeu : il part émigrer en Palestine, et participe à la fondation du jeune état d’Israël.

Le succès de se livre est loin d’être galvaudé. Le Nazi et le Barbier se lit d’une traite. Triste et drôle à la fois, il rappelle, par certains traits, les farces de certains auteurs israéliens. Il mérite de figurer dans toute bonne bibliothèque, même si son style, parfois très cru, en restreint la lecture à un public adulte.

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