Le gène égoïste

Voici un livre perturbant, qui rejoint par son contenu, la qualité des livres que j’ai récemment eu le plaisir de lire autour de l’évolution et de la vie animale, comme Les tourbillons de la vie ou Who we are and how we got there. Pourtant, c’est un peu par hasard que je suis tombé dessus, via une mention faite par Sebastien Bohler dans Le bug humain. Pourtant, Richard Dawkins est loin d’être un illustre inconnu, et la première édition de son livre, Le gène égoïste, date de 1976…

Un texte fondateur

Pourtant, voilà un livre qui mérite d’être lu. Mais attention, je ne suis pas certain qu’on puisse le mettre entre toutes les mains. Car les propos qu’y tient l’auteur, présentent le risque d’être pris au premier degré, même s’il revient régulièrement sur certaines formulations, pour rappeler au lecteur ce que signifient certains raccourcis sémantiques. Ce livre ne parle pas d’un gène égoïste ou d’un gène de l’égoïsme, bien entendu. Il vise plutôt à apporter une explication au mécanisme de la sélection naturelle, en la formulant sur ce qui se passe au niveau des gènes d’un individu, ou plutôt de toute forme vivante.

Dawkins commence par donner une définition de ce qu’il entend par le terme « gène ». Un gène, en ses termes, « … est une portion du matériel chromosomique qui dure potentiellement pendant un nombre suffisant de générations pour servir d’unité de sélection naturelle. » Autrement dit, c’est un réplicateur biologique qui réplique très fidèlement.

Plus de quatre milliards d’années après la création du système solaire, sur terre, la réplication des gènes fonctionne admirablement bien. Mais pour que cela fonctionne, les gènes doivent utiliser un véhicule qui lui assure une certaine protection et un mode de réplication optimale. Ce véhicule, c’est la cellule.

La mécanique du vivant

Notez bien qu’à ce stade, tout ce que dit Dawkins s’applique aussi bien à l’espèce humaine qu’aux autres formes animales ou au monde végétal. Les principes qu’il formule, et qui datent pourtant de près d’un demi-siècle, vont radicalement changer votre perception du monde.

Ce que dit Dawkins, grosso modo, c’est que les gènes qui favorisent la reproduction des organismes qui leur servent de véhicules sont ceux qui vont le mieux s’en sortir. Et que les gènes qui le mettent à risque finissent par disparaître, parce qu’ils ne sont tout simplement pas reproduits, soit parce qu’ils empêchent l’organisme d’atteindre l’âge de la reproduction, soit parce qu’il le dote de capacité physique ou mentale qui le rendent plu faibles que les autres organismes semblables, dotés de gènes plus résistants.

Rien de bien extraordinaire, me direz-vous ? Probablement. À l’aune des savoirs des années 70, cela l’était probablement beaucoup plus, que pour une génération élevée à Crispr-Cas9. Mais ce n’est pas dans ce formalisme que le livre prend tout son intérêt. C’est surtout sur les conclusions qu’en tire Dawkins sur la parenté génique, et les conséquences induites sur le comportement des êtres vivants vis à vis de leur progéniture, de leurs conjoints, de leurs semblables. Ces chapitres sont non seulement édifiants, mais les exemples tirés de la nature pour étayer les propos sont indubitablement sidérants.

Dawkins s’appuie sur un matériel mathématique pour étayer ses propos, même si, volontairement, il laisse de côté les aspects techniques dans son texte. C’est dommage, car on doit se contenter parfois des conclusions des expériences, tirées de la théorie des jeux, là où un esprit un peu matheux aurait apprécié un formalisme plus abstrait.

Le père du « meme »

Ce livre s’achève sur deux chapitres particulièrement intrigants. Le premier est consacré aux réplicateurs non génétiques. C’est dans ce texte que Dawkins introduit la notion de meme, un terme devenu courant sur Internet, mais dont la paternité doit lui être attribué. Il prend pour exemple les différentes version d’un même texte, comme le Auld Lang Syne. Un air connu, me direz-vous.

Le second est consacré aux mécanismes de coopération entre genes provenant d’organismes différents. Attention, il ne s’agit pas de réelle coopération mais de fonctionnements qui induisent les genes à se favoriser l’un l’autre. On y découvre comment certaines espèces de fourmis tirent par exemple parti de pucerons, par exemple, ou comment l’être humain bénéficie de certaines bactéries.

Abondamment annoté par l’auteur lui-même, qui revient sur le texte initial et apporte les compléments importants que le savoir accumulé depuis cinquante années justifie, Le gène égoïste est certainement l’un des livres les plus étonnants et passionnants qu’il m’a été de lire ces dernières années.

J’espère vous avoir donné envie de le découvrir, vous aussi.

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