Genome Hacking

Si vous vous intéressez à l’ADN et à tout ce qui touche à la recherche en génétique et en génomique, voici Genome Hacking, un petit livre qui aura toute sa place dans votre bibliothèque. Basé sur la thèse rédigée par Deborah Levy et Maria Tahri, deux anciennes élèves du master X-HEC entrepreneurs, il fournit un état des lieux complet des connaissances et des projets en cours.

Le génome expliqué à mon boss

De manière très didactique, Deborah Levy propose au lecteur un parcours complet, allant des concepts les plus basiques aux débouchés les plus avancés. On commence donc par de rapides mais utiles rappels historiques, sur les principales avancées qui ont conduit à la découverte de l’ADN, à son étude et son séquençage, en partant de Darwin et Mendel pour arriver à Craig Venter et Emmanuelle Charpentier.

Puis le livre s’intéresse à trois grands domaines, en précisant à chaque fois les grandes étapes, l’état actuel des connaissances, les principaux acteurs, les enjeux et les risques : la génomique au service du diagnostic, la génomique au service de la thérapeutique, et enfin les tests grand public.

Touche pas à mon génome

Nous vivons à une époque où il n’y a rien de plus simple – ou presque – que de faire séquencer son ADN : on crache dans une pipette, et roulez jeunesse. Mais qu’est ce que cela signifie réellement ? Dans chacun des trois grands domaines précédents, Deborah Levy précise ce qui est réellement réalisé, dans quel cadre, avec quelle précision, et comment doivent être interprétés les résultats. Se faire tester une prédisposition à tel ou tel type de cancer, ce n’est pas la même chose que de modifier le gène d’une personne souffrant d’une maladie orpheline, et ce n’est pas non plus la même chose que de demander à une entreprise comme 23andme de nous indiquer nos origines.

Bien qu’ayant lu une demi-douzaine de livres sur ce sujet depuis quelques mois, je dois reconnaître que j’ai appris pas mal de choses avec ce livre. Des choses parfois simples, mais dont on a du mal à trouver les explications ailleurs. Comment, par exemple, se fit-il que nous ayons nous tous, êtres humains, le même ADN à quelques détails près, mais que les tests grand public m’annoncent que je n’ai que 50% en commun avec mes parents ou mes enfants. La raison en est, comme l’explique Deborah, que nous avons effectivement 99,9% d’ADN en commun entre humains – c’est ce qui nous différencie des grands singes, des souris et des araignées – mais que cet ADN commun est non codant, c’est à dire qu’il n’influe pas a priori sur l’expression des phénotypes. Ce que comparent les tests grand public, c’est cette fraction minime, ces 0,1%, qui interviennent réellement dans l’expression des gènes.

Autre découverte, celle du gène SRY, qui code la différenciation sexuelle, et dont j’ai rapidement évoqué les problèmes que peut poser sa mutation dans un précédent article. À chaque chapitre, sans tomber dans la fanfaronnade ou l’exagération pseudo scientifique, ce livre pose les faits, expose les enjeux, et indique, quand cela est pertinent, la dimension économique sous-jacente. On apprend ainsi, au passage, que la Chine est probablement le pays qui investit le plus, à l’échelon national, sur la recherche en génomique, même si c’est aux Etats-Unis que le financement privé est le plus important. Une manière de rappeler, une fois encore, que même si de grandes avancées son nées sur le continent européen, l’appréhension du risque, la lourdeur des administrations et le manque d’intérêt économique risque de laisser l’Europe à la traîne, dans un des domaines les plus prometteurs, ne serait-ce que par ses débouchés médicaux.

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