Haut les masques !

Les modes vestimentaires sont difficiles à prévoir. Mais je peux d’ores et déjà vous dire quel sera l’accessoire le plus trendy cette année : le masque. D’ailleurs, nous n’aurons pas le choix, le masque deviendra très probablement obligatoire dès la fin du confinement dans les transports en commun, et fortement recommandé au quotidien pour aller acheter le pain, faire son jogging ou aller à l’école. Pourtant, la partie était loin d’être gagnée pour ce petit bout de tissu bien anodin.

Pour la fête des mère ou comme cadeau d’anniversaire, un modèle de masque très élégant

Car au début de la crise, le discours officiel était fort différent. Pour lutter contre la propagation du virus, nous disait-on, foin des masques ! Pratiquez les gestes barrières et lavez-vous les mains, avec du savon ou un gel hydroalcoolique, cela suffira amplement ! Ce discours me rappelait une autre forme de recommandation, le discours officiel de diverses autorités religieuses pour faire face à la diffusion du Sida : abstinence, abstinence, abstinence ! Mais non, la véritable barrière est avant tout physique : le préservatif pour les contagions du bas, et le masque pour celles du haut.

Il faut dire que depuis, on a fini par comprendre qu’on ne disposait pas de suffisamment de masques. Exit les quantités astronomiques de masques commandées à l’époque Roselyne Bachelot ! Et par accepter que les stocks disponibles étaient avant tout réservés au équipes médicales ou aux personnes appelées à entrer en contact avec des malades – des ambulanciers aux personnels des pompes funèbres en passant par les employés des grandes surfaces – ce qui était bien compréhensible. Ce qui l’est un peu moins, c’est qu’il ait fallu attendre deux mois pour qu’on commence à disposer de quantités suffisantes pour protéger le reste de la population. Quand on se targue de faire partie des dix pays les plus industrialisés, cela fait mauvais effet…

Attention, ce modèle de masque n’est pas homologué !

C’est à Hong-Kong, en mars dernier, que j’ai pris conscience de l’importance de la vertu des masques dans une politique de prévention des risques épidémiques. Je m’étais étonné de la présence de deux paires de baguettes, une noire, une blanche, dans l’excellent restaurant végétarien où nous dînions. Il me répondit que depuis l’épidémie de SRAS une vingtaine d’années auparavant, les Chinois étaient devenus beaucoup plus disciplinés en matière de prévention. Ainsi, dans les restaurants qui se respectent, on se sert avec une paire de baguette depuis le plat commun vers son plat, puis on mange avec l’autre paire, limitant ainsi les risques de diffusion par la salive. Il poursuivait avec l’exemple des masques : en Chine, dès lors qu’on se sent fébrile, qu’on tousse ou qu’on éternue, on porte un masque. C’est un geste devenu habituel, une manière d’éviter de se transformer en patient 0. De fait, deux jours plus tard, j’eus droit à un rendez-vous étonnant avec une patronne d’agence chinoise, qui porta son masque durant tout l’entretien : remarquable attitude vis à vis de l’étranger qui lui rendait visite, et qui ne repartirait pas, ainsi, porteur d’un virus grippal inopportun. Moi qui pensais, comme tout Européen arrogant qui se respecte, que les Asiatiques qui portaient des masques étaient juste un peu plus sensibles que nous à la pollution ambiante, je venais de prendre en pleine figure une leçon rudimentaire d’hygiène.

Le masque va donc devenir un accessoire courant, voire indispensable, même en Europe. Pour protéger la bouche, le nez, les joues, éviter de recevoir les postillons des autres, mais aussi et surtout d’en émettre vers son prochain. Il y en aura pour tous les goûts. Des masques Louis Vuitton pour les bourses remplies, ou artisanaux pour les amateurs du dé à coudre. Des masques à 0,07€ pièce, vendus par stocks de 5000 ou des masques à 7,50€ pièce, distribués en pharmacie. Comme tout patron qui se respecte, je reçois depuis quelques jours une flopée de mails me proposant de passer commande. Bien sûr, le niveau de protection ou de confort ne sera pas le même…

Vendeur de masques, un métier d’avenir

C’est là le principal problème. Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion d’en porter ces derniers jours. J’en ai fait l’expérience : au bout de quelques minutes, cela devient passablement irritant. On cesse de se toucher le visage, certes, mais le flux d’air chaud propulsé par les narines et qui remonte vers nos yeux devient rapidement insupportable : à défaut de se gratter les joues, on finit par se frotter les yeux. Personnellement, je ne me vois pas porter cela pendant plus d’une heure d’affilée. Et je suis admiratif devant celles et ceux qui arrivent à le porter toute la journée, à la caisse d’un supermarché ou au volant d’un autobus.

Le modèle le plus simple, le plus protecteur, mais aussi le plus moche.

Accessoirement, cela pose bien d’autres problèmes. Par exemple pour les sourds habitués à lire sur les lèvres, il faudra imaginer un modèle de masque transparent. Ou pour les logiciels de reconnaissance faciale qui deviennent de plus en plus courants : y a-t-il parmi mes lecteurs des propriétaires de smartphone qu’on déverrouille par cette technologie ? Je leur souhaite bon courage, autant essayer de déverrouiller un iPhone avec un gant en plastique…

Je n’ose, d’ailleurs, imaginer les cohortes d’écoliers, appelés à rejoindre leurs classes, en demi-groupes, s’il vous plaît, hein, parce que pour laisser vos parents aller bosser, c’est mieux d’aller à l’école un jour sur deux. Vous les voyez, assis bien sagement, les mains posées sur les genoux, tout souriants derrière le rectangle de coton qui couvre les trois quarts de leur visage, essayant tant bien que mal de fixer l’élastique qui passe derrière leurs oreilles ? C’est-y pas tout mignon ? Allez, une suggestion pour rendre l’expérience plus sympathique : faites des ateliers de décoration de masques. Aidez vos marmots à y représenter des dents, une bouche, une brosse à dents, que sais-je. Les plus imaginatifs pourront même dessiner le sourire du Joker, effet garanti…


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