Le passeport vaccinal, prochain échec ?

La gestion de la pandémie de Covid-19 en France est un sujet paradoxal. D’un côté, il y a ce sentiment que le gouvernement a fait tout son possible pour limiter les dégâts, et que si on regarde avec un peu de recul ce qui s’est passé pendant ces douze derniers mois, le bilan n’est pas si catastrophique. Notre pays n’a connu que deux confinements généralisés, le second d’ailleurs plus souple que le premier. Les écoles sont restées ouvertes depuis septembre, les cours maintenus, même à distance, dans les universités. L’activité économique s’est poursuivie dans les secteurs où cela était possible, et les aides de l’état – grâce au Prodi-gieux quoiqu’il en coûte – ont été distribuées aux entreprises suffisamment rapidement pour assurer la survie de celles qui étaient les plus menacées.

Mais de l’autre, on ne peut que constater l’incapacité de communiquer de manière claire et sans ambiguïté sur la crise actuelle. C’est étonnant, de la part d’un chef de l’état supposé faire partie de la nouvelle génération de politiques, plus à l’aise avec la chose informatique que la précédente. Emmanuel Macron et son gouvernement savent utiliser Twitter et lancer des applications mobiles, certes. Mais en t regardant de plus près, c’est la consternation.

En matière de communication, par exemple, la valse-hésitation sur l’usage des masques au début de la crise serait presque hilarante. Quiconque a mis les pieds une fois dans sa vie en Asie durant les 20 dernières années sait l’importance des masques dans la lutte contre la propagation d’un virus qui se diffuse par voie respiratoire. Ne pas avoir anticipé un usage massif de tels masques dès le début de l’année 2020, avoir dans un premier temps communiqué sur leur inutilité simplement parce qu’on en manquait, ne pas avoir été capable de relancer un appareil de production national de tels produits, est quasi criminel.

L’échec de StopCovid, et les débuts pathétiques de la campagne de vaccination sont du même acabit. La violence des anti-vaccins ne justifie pas qu’on prenne de telles précautions sur l’usage de ces vaccins, quand bien même seraient-ils basés sur des technologies toutes nouvelles. Le principe de précaution doit être un mécanisme débrayable, et non un dogme de dimension quasi-constitutionnelle. À force d’hésiter ou de ne pas vouloir heurter certains groupes plus ou moins puissants, l’équipe gouvernementale finit par se tirer une balle dans le pied. Et à ce rythme là, il risque de ne plus rester grand chose de ce pied là…

Le passeport vaccinal prend le même chemin. Dans sa volonté de ne pas heurter le sensibilité nationale sur des sujets sensibles, comme les libertés individuelles ou la liberté de circulation sur le territoire, le gouvernement finit par pêcher par manque d’anticipation. Car le passeport vaccinal, qu’on le veuille ou non, finira par s’imposer, comme il s’impose déjà en Israel, pays à la pointe de la campagne de vaccination, ou en Inde.

Honnêtement, vous imaginez que lorsque le taux de vaccination aura dépassé 30 ou 40%, les propriétaires de restaurants, de salles de spectacle ou les voyagiste accepteront de maintenir leur activité à zéro ?

Il est évident que lorsqu’une partie significative d’un état est immunisée, le retour à la normale s’impose. Il doit s’imposer, tout simplement parce qu’on ne peut pas maintenir l’activité économique en respiration artificielle pendant 18 ou 24 mois. Les dégâts sont déjà importants, certaines branches d’activité complètement dévastées, et les chiffres du chômage, biaisés par les mesures de chômage partiel, finiront par illustrer l’impact réel de cette crise. Bref, il faudra relancer la machine, et la passeport vaccinal sera l’un de moyens dont disposera le gouvernement. C’est évident.

Alors pourquoi ne pas le dire dès maintenant, au lieu d’annoncer, comme j’ai pu l’entendre cette semaine à la radio, que le sujet n’était pas encore d’actualité ? Il faut dès aujourd’hui habituer nos concitoyens à ce dispositif. Certes, cela soulève des questions, mais on aurait pu y réfléchir depuis quelques mois déjà, il était clair qu’on ne pourrait pas vacciner toute la population en 10 jours, sans parler de ceux qui refusent de tendre le bras. Et tant pis pour les anti-vaccins, tant que le virus circulera, ils seront des citoyens de « seconde zone », car susceptibles d’être des vecteurs de transmission, c’est ainsi.

Le corollaire, bien entendu, c’est qu’il faut accélérer la vaccination, car ce statut de « seconde zone » ne pourra pas durer éternellement. Et il faudrait également expliquer que ce vaccin deviendra obligatoire à court terme, comme le sont d’autres vaccins. Ce n’est plus une question de liberté individuelle, mais d’intérêt particulier contre intérêt d’autrui.

Commander, c’est prévoir, apprend-on à l’armée.

La proposition contraposée est encore plus cruelle : ne pas prévoir, c’est se soumettre.

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