Génération Z

Par un de ces télescopages de l’actualité dont on n’ose imaginer qu’il n’est pas intentionnel, ce 30 novembre proposait donc à la fois l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon, le dernier débat des candidats à la primaire LR, et l’annonce officielle de la candidature d’Éric Zemmour. Une belle américaine qui choisit la France et la résistance, une bande de vieux renards de la politique dont on a d’ores et déjà envie d’écrire le discours du lendemain de l’élimination au 1er tour de la présidentielle, et un extra-terrestre, sorti du PAF pour nous mettre des PIF dans le nez. Avouez que nous avons été gâtés, non ?

Jets de Zemmour…

Celles et ceux qui pensaient qu’Éric Zemmour n’irait pas jusqu’au bout en sont pour leurs frais : nous voici donc avec un candidat officiel de plus, du côté de la droite la plus extrême. Et il ne faut pas s’y tromper. Dans ce simulacre d’appel du 18 juin – l’angle de la captation, le mode de lecture, et jusqu’au micro à l’ancienne, tout y était – ce qu’on retient en premier lieu, c’est un message adressé à ceux qui ont le sentiment qu’ils ne vivent plus en France. Marine le Pen a montré ses limites en 2017, place à un jeune plus talentueux qu’elle.

Je vous ai … pas compris

L’histoire retiendra que c’est sur un fond musical bien connu, le 2ème mouvement de la 7ème symphonie de Beethoven, qu’Éric Zemmour a déclaré sa candidature. Ce mouvement, un des plus sublimes qu’ait conçu le compositeur allemand, évoque pour moi un souvenir glaçant : le documentaire De Nuremberg à Nuremberg, de Frédéric Rossif, que j’ai évoqué ici. Cette symphonie est en effet le dernier morceau écouté par Adolf Hitler : les dignitaires nazis l’avaient choisi pour célébrer l’anniversaire d »Adolf Hitler, quelques jours avant la chute du 3ème Reich… Comme le dit un de mes amis, c’est dur d’être aimé …

Radio nostalgie

Ce qui apparaît également, c’est qu’Éric Zemmour fait appel à une certaine forme de nostalgie. Il évoque la France des grands succès industriels … des années 70, Concorde, les TGV et la construction du parc de centrales nucléaires, oblitérant, en moins de dix minutes, plus d’un demi-siècle d’autres succès industriels.. Cela m’a laissé perplexe. Un peu comme si un candidat à l’élection américaine se prévalait des exploits de la Nasa des années 60, ou de la conception de l’ENIAC. C’est évidemment du Trump et son slogan « Make America great again« . Avec Zemmour, la France retrouvera ses lettres de noblesse.

Le problème, c’est que ce n’est pas tant la France qui a changé, que le reste du monde. La France d’aujourd’hui n’a pas à avoir honte d’elle-même. Les succès industriels ne sont pas les mêmes, mais entre LVMH, Dassault Systèmes, Total ou Vinci, il y a de quoi faire. Et ce n’est pas en mettant des quotas migratoires qu’on réussira à créer un Amazon ou un Google à la française…

Oublier 2017

Il y a aussi quelque chose de tragi-comique, alors je viens de finir le livre de Jacques Attali consacré à la présence française en Algérie durant l’année 43, de constater de voir ces idées là portées par un juif français d’origine algérienne, dont les parents et grands-parents ont probablement souffert durant ces années de guerre, de la discrimination portée envers leur communauté par les dizaines de milliers de colons, qui approuvèrent en masse l’abrogation du décret Crémieux… Eric Zemmour aurait-il la mémoire courte ?

Mais à quoi bon.

Eric Zemmour saura surfer sur ces sentiments xénophobes, qui nourrissent les phantasmes de plus d’un tiers de nos compatriotes. Et je suis prêt à parier qu’il se retrouvera au second tour, éliminant Marine le Pen sans aucun problème. Or, avec le ressentiment aigu créé par les deux premières années du quinquennat Macron, il y a de fortes chances que le report de voix qui a pu fonctionner en 2002 ou en 2017, sera plus compliqué à obtenir. et la bascule LR vers Zemmour probablement plus simple que vers un Macron candidat, qui, malgré une gestion somme toute assez correcte de la crise Covid, ne convainc plus grand monde sur ses projets de réforme. Et n’intéresse plus les français moyens.

Souvenirs, souvenirs…

Cerise sur le gâteau, Éric Zemmour n’est jamais aussi bon que face à un interlocuteur convaincu qu’avoir raison. Il s’est entraîné, à la télévision, sur CNews, et depuis plusieurs années, à débattre avec des adversaires issues de tous bords. Il perd rarement ses moyens – contrairement à madame Le Pen – et sait au contraire exciter la partie d’en face. Je crains fort que le débat de l’entre deux-tours, cette fois, tourne au désavantage d’Emmanuel Macron.

Après MAGA, la génération Z risque de prendre le pouvoir.

La mode vintage a décidément de beaux jours devant elle.

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