Désexuer les uniformes de la Gendarmerie

Après les jupes des Xettes, je m’attaque à celles des gendarmettes, à la recherche de la réelle égalité par l’uniformité

Mes lecteurs assidus le savent, une de mes grandes fiertés est d’avoir contribué à ce que les Xettes (oui, je sais, j’avais promis d’écrire Xe, mais Xette ça rime avec gendarmette…) troquassent leur ignoble jupe pour un pantalon nettement plus seyant; c’est ici et .

Je poursuis mon combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes – ici je me dois une incise : ceux qui me connaissent savent la sincérité de ce combat, mais savent aussi qu’il n’est pas totalement désintéressé : si les femmes sont l’égal des hommes, c’est que, par commutativité (vous souvenez vous ? Je l’ai écrit à plusieurs reprises, les maths permettent de comprendre monde !) les hommes sont l’égal des femmes. Et ça, dans mon cas personnel, c’est bigrement intéressant.. – je poursuis donc mon combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes avec les gendarmettes.

Un petit rappel : l’argot militaire a eu la mauvaise idée de féminiser les recrues avec des féminins plus ou moins heureux (Xette, marinette). Le terme de gendarmette n’est pas tip-top mais il a été immortalisé par l’oeuvre qui restera dans la filmographie de Louis de Funès :  Le gendarme et les gendarmettes, le dernier des épisodes du gendarme de Saint-Tropez (en fait, c’était tellement nul qu’il sont préféré mettre fin à la série). Je garde le terme par goût du second degré, mais, de grâce, n’en profitez pas pour m’accuser de sexisme !

Alors, pourquoi ce papier, ici et maintenant ?

Ici, parce que le blog de mon camarade et ami Hervé Kabla, qui me fait l’honneur et l’amitié de bien vouloir m’accueillir, est vraiment cool. Maintenant, hormis le prétexte de la Saint-Valentin, c’est parce que j’ai visité, il y a une quinzaine de jours, la Fabrique Défense. Véritable forum de recrutement des métiers de la défense, cet événement est une des plus belles réussites du marketing du Ministère des Armées

Sur le stand de la Gendarmerie Nationale, je suis donc tombé sur ces deux militaires, qui ont accepté, après que je leur ai eu exposé qu’elles seraient les héroïnes de l’article qui allait révolutionner l’uniforme de leur Arme, de se prêter à ce selfie débile.

À ce stade de la compétition, je me dois de donner à mon fidèle lecteur une précision importante : un selfie digne de ce nom est un selfie débile, fait sans perche, en général en tirant la langue (pas facile avec un masque…). À l’aune de ces critères, le présent selfie est réussi.

Serge et les Gendarmettes

Je décris donc la photo.

De la gauche vers la droite, vous pouvez voir :

  • votre serviteur
  • une gendarme (et non  gendarmette, deux chevrons, gendarme c’est bien son grade, c’est juste) du régiment de cavalerie de la Garde Républicaine
  • une lieutenant de l’Ecole des Officiers de la Gendarmerie Nationale (EOGN) en TETRA, tenue dite de tradition (en fait créée il y a 20 ans, mais ça n’est pas grave, les tradis, ça se crée :), et dans le cas présent, petite tenue (elle n’a pas les épaulettes appelés trèfles, ni les aiguillettes)
  • Une Alpine. Pas de vraie photo sexy sans une belle bagnole.

La différence est frappante : autant la cavalière a un uniforme en tous points identique à celui des personnels (j’aime bien le terme « personnel », ça fait mili) masculins, jusqu’au sens de boutonnage de la tunique, autant l’officier élève de l’EOGN a :

  • une jupe. Seyante certes, mais une jupe quand même
  • des bottes qui laissent voir la chair entre ladite botte et la juge (et ceux qui ont lu mon papier de 2013 sur les Xettes et leur jupe savent ce que j’en pense)
  • une tunique qui ferme « à l’envers »

Je me dois une nouvelle incise (encore, pensez-vous ? j’en suis confus) ; Il s’agit d’un éclairage sur le sens de boutonnage des uniformes, et des vêtements en général. Autant le boutonnage « simple » (celui qui longe le sternum) est sexué depuis pas mal de temps pour des raisons qui semblent avoir trait au fait que les hommes s’habillaient seuls et que les femmes se faisaient aider de leur femme de chambre, autant le boutonnage double (type tunique des X) était ambidextre pour « gérer l’usure ». Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle qu’il s’est définitivement fixé : essayez, aujourd’hui, de boutonner « à l’envers », une tunique de l’X, et vous constaterez que ce n’est plus possible, le boutonnage ayant été « dé-symétrisé »

Dernière incise (oui, cela peut paraître brouillon, mais rassurez vous, je vais bientôt rassembler les éléments épars que j’ai pu évoquer) : la jupe. Il faut le dire, le pantalon, c’est nettement plus pratique que la jupe. Trois points fondamentaux : C’est plus

  • chaud
  • hygiénique
  • pratique, en particulier pour courir

La jupe n’a que deux « avantages » :

  • Elle est plus sexy (y compris et surtout quand ce sont des hommes qui portent le kilt) ;
  • Elle véhicule le vieux fantasme masculin qu’il suffit de la remonter. Pardonne-moi, cher lecteur, la vulgarité de cette pensée, mais je crains que ce ne soit la triste vérité…

Le rôle de l’uniforme

J’ai donc, c’est indéniable, réussi à préempter les remarques du type :

  • La jupe c’est plus féminin
  • L’uniforme doit permettre aux femmes d’affirmer leur féminité
  • Il faut faire la différence entre les femmes et les hommes
  • etc.

Ne nous y méprenons pas. L’uniforme n’a que trois rôles :

  • Être beau, et rendre belles-z-et-beaux celles-z-et-ceux qui le portent ;
  • Donner une bonne image de l’institution : Rigueur, Sérieux, Panache, Force…
  • Être… uniforme !

Le lecteur attentif l’aura compris : l’uniforme n’a aucune raison de faire la différence entre les sexes. J’irai plus loin. L’uniforme doit habiller de manière identique deux militaires de même grade et même unité.
L’égalité entre les hommes et les femmes au sein des armées et profonde : Les hommes et les femmes ont les mêmes postes, les mêmes carrières, et sont traités de manière indépendante de leur sexe.

Vous l’avez deviné. Je lance ici un appel à Monsieur le Général de Division, Commandant l’EOGN, et à Monsieur le Général d’Armée, Directeur Général de la Gendarmerie nationale, sur la TETRA comme sur la tenue de sortie :

  • Supprimez la jupe !
  • Changez le sens de boutonnage de la tunique !
  • Supprimez cet ignoble tricorne et donnez des képis à tout votre personnel

J’irai même plus loin, avec un appel aux Chefs d’Etat-Major :

  • de l’Armée de Terre :
    • vous avez certes supprimé, de facto, cette horrible jupe portefeuille sur la tenue de sortie
    • vous avez également modifié ce tout aussi horrible tricorne pour y ajouter noeud hongrois et galons, mais ça n’est qu’une avancée modeste. Il vous reste en effet à :
    • donner à un képi à toutes ;
    • leur donner une veste avec simple boutonnage, en supprimant cet horrible double boutonnage qui vient d’on ne sait où ;
  • de l’Armée de l’Air et de l’Espace (j’ai bien appris la leçon, hein ?), ainsi qu’aux directeurs des Services (Commissariat, Santé…) :
    • supprimez la jupe ;
    • donnez une casquette aux femmes ;
  • de la Marine
    • supprimez la jupe ;
    • supprimez cet ignoble tricorne – même s’il porte, depuis quelques années, et ça n’était pas trop tôt, des insignes de grade – et donnez :
    • des casquettes aux officiers et officiers-mariniers féminins ;
    • des bachis avec pompon rouge aux Quartiers-Maîtres & Matelots féminins.

Et puis, un jour, qui sait, le Directeur Général de l’X donnera aux Xettes une tunique à 7 boutons- je ne sais pourquoi, 7 me semble mieux que 6 – boutonnant dans le bon sens, et avec un col officier.

Ce jour là, j’aurai accompli ma tâche sur cette terre.

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