Parcoursup vivrait-il ses derniers jours , ou du moins ses derniers mois ?
Entre ici, Parcoursup
Victime des coups de boutoir de la révolute des étudiants aidée en cela par la haine viscérale que porte LFI à tout ce qui touche à la sélection, Parcoursup a fait l’objet d’une troublante communication gouvernementale hier.
Sous l’autorité du Premier ministre, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, ont présenté ce lundi 26 octobre des améliorations immédiates et des évolutions à moyen-terme pour répondre aux difficultés exprimées par les lycéens, notamment :
- Remplacement de Parcoursup à la rentrée 2028 et sécurisation et optimisation de la session 2027
- Plafonnement des classes de seconde à 28 élèves
- Ouverture de 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur
- Enveloppe de 4 milliards d’euros de prêts pour la rénovation des lycées et un milliard d’euros d’investissement pour les campus
- Indexation des bourses universitaires en fonction du coût de la vie à la rentrée 2027
- Des emplois du temps mieux construits et renforcement de la démocratie scolaire
Alors, RIP Parcoursup ?
Réformer Parcoursup
Pas vraiment. Lisons bien le communiqué : le gouvernement s’engage dans une réforme qu’il ne mettra pas en place puisqu’il ne sera plus en place après la présidentielle d’avril 2027. Autrement dit (et rappelons que c’est Charles Pasqua qui mit à l’honneur cette maxime), le gouvernement a fait usage d’une procédure encore plus efficace que le 49.3 : les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Bref, chères têtes blondes, retournez sagement en classe et ça sera papa Mélenchon ou maman Le Pen qui s’occuperont probablement de tout ce merdier à la rentrée 2027. C’est du beau…
Il faut dire que les reproches adressés à Parcoursup sont tout aussi sensés que les propositions du gouvernement. Entre ceux qui, comme Mélenchon, veulent purement et simplement le supprimer, et ceux qui s’indignent de son manque de transparence, on ne sait pas bien, finalement, qu’est ce qui est reproché à cette plateforme mise en place il y a quelques années, et qui a pour but de simplifier l’aiguillage de quelques centaines de milliers de jeunes bacheleirs chaque année.
À l’ère de l’IA omnipotente, j’ai bien essayé de demander à Claude si on ne pouvait pas faire quelque chose pour aide ce gouvernement peu à l’aise avec les algorithmes (vive la start-up nation !).
Supposons que je veuille réécrire parcoursup. Par quoi devrais je commencer ?
Commence par le problème, pas le code. Le moteur d’affectation de Parcoursup est petit ; ce qui est difficile, ce sont les règles, les choix politiques et tout ce qui l’entoure. Je procéderais dans cet ordre :
- Lire ce qui est public. Le MESR a publié le code et la spécification de l’algorithme d’appel (calcul des ordres d’appel avec taux minimum de boursiers et taux maximum de non-résidents, gestion de l’internat). Les rapports annuels du Comité éthique et scientifique de Parcoursup sont la meilleure source sur ce qui coince réellement.
- Décider ce que tu veux améliorer. C’est le point central. Parcoursup a abandonné le classement des vœux qu’imposait APB. Le résultat est une procédure itérative sur plusieurs semaines, sans garantie que mentir sur ses préférences ne rapporte rien. Si tu réintroduis des préférences classées et un deferred acceptance (Gale-Shapley), tu obtiens un mécanisme strategy-proof côté candidats, résolu en une seule passe. C’est un choix politique avant d’être technique, et la loi ORE encadre la procédure.
- Formaliser le modèle. Il faut préciser les agents, les capacités, les quotas et les propriétés visées : stabilité, efficacité, délai. Deux pièges :
- Les quotas se modélisent proprement avec des priorités par place (slot-specific priorities, Kominers-Sönmez). Les traiter en post-traitement est une erreur.
- Le couplage formation + internat fonctionne comme le problème des couples dans le matching des internes en médecine : un appariement stable peut ne pas exister. Il faut le traiter explicitement.
- Construire un simulateur avant le système. Utilise les données agrégées publiées en open data (vœux, propositions et capacités par formation) pour générer des populations synthétiques. Compare ensuite la procédure actuelle et ton mécanisme : délai, taux d’affectation, vœux satisfaits, effet des quotas. C’est ce livrable qui convainc ou non.
- Ensuite seulement, l’architecture. Le cœur algorithmique tient en minutes de calcul : environ 1 M de candidats, 23 000 formations et une dizaine de millions d’arêtes. La vraie charge se trouve ailleurs :
- les outils des commissions d’examen des vœux, qui sont aujourd’hui la partie opaque ;
- l’intégration avec les systèmes existants (SIECLE, INE, établissements) ;
- les pics de lecture lors des résultats ;
- l’auditabilité et les recours, le RGPD et le RGAA.
Pour être franc : un « Parcoursup réécrit » n’a d’intérêt que s’il change le mécanisme ou la transparence des classements locaux. Une réécriture purement technique à règles constantes n’apporte presque rien.
Bref, l’IA n’a pas l’air très enthousiaste à l’idée de se lancer dans ce chantier pourtant si simple. Alors, que faire ?
Corriger les dérives périphériques
Ces dernières années, j’ai pu apprécier l’expérience Parcoursup en tant que parent d’élèves – j’ai même eu droit à APB. Si j’ai pu percevoir quelques contraintes, je n’ai pas éprouvé le même dégoût et le même evrtige que celui exprimé par les élèves ces derniers temps. Et pour être franc, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi un élève de première ou de seconde, qui n’a pas encore accès à cette plateforme, pourrait prétendre en souffrir, et comment un étudiant déjà intégré dans un aprcours universitaire pourrait s’en plaindre, puisqu’il en a bien bénéficié.
Bref, les seuls qui peuvent se plaindre, ce sont les élèves de terminale, entre avril et juin de l’année en cours. On en est encore loin…
Alors de quoi se plaint-on ? Je pense qu’il y a quelques motifs d’insatisfaction, mais ils ne sont pas propre à Paroursup. Disons plutôt que Parcoursup est devenu le parangon des plaintes liées aux différentes réformes mises en oeuvre durant la décennie Macron, de Blanquer à Geffray.
Le choix des options : il est illusoire de penser qu’un élève est capable de faire un choix de carrière à 15 ans à peine. Ce que la réforme Blanquer a réussi à faire, c’est instiller une angoisse existentielle à des ados qui vont devoir choisir les options qui leur permettront ensuite de choisir les quelques formations compatibles avec ces choix. C’est déjà dur de choisir une voie à 18 ans, imaginez ce que c’est à 15…
La multiplication des parcours similaires : je me souviens du choix du parcours de ma dernière fille, l’an dernier. Chaque fac use et abuse de dénominations abracadabrantes, issues du cerveau malade d’apprentis marketeurs en milieu universitaire. Résultat : on doit passer des heures à étudier le descriptif complet de chaque formation, pour se rendre compte in fine de subtiles différences, que leur nom ne laissait pas présager. N’aurait-il pas été plus simple d’unifier les libellés et de ne choisir qu’un point de chute ?
Le trop grand nombre de bacheliers : les réformes des dernières décennies on fait atteindre le taux de réussite au bac à plus de 90%. Est-ce une réussite ? Absolument pas. Pour atteindre ce taux, on n’a pas fait croître le niveau des élèves, loin de là, on a, au contraire, fait baisser le niveau du bac. Pas besoin de classement PISA pour s’en rendre compte. Un élève en première année de licence de maths doit faire l’apprentissage de notions qu’à mon époque on évoquait déjà en classe de 4e : vecteurs, calcul dans différentes base, théorie des ensembles, etc. Résultat : on met une pression de dingue sur les élèves post-bac, alors qu’il aurait fallu faire monter le niveau des élèves au collège, voire en primaire. On pourrait alors opposer le fait que tout le monde ne suivrait pas : c’est vrai, ce qui impose : 1/ des classes par niveaux, et non un mélange de niveaux hétéroclites 2/ un aiguillage au fil du temps passé à l’école, comme on le faisait avant : au certificat d’études, au brevet.
J’en vois qui s’offusquent ou qui ricanent. Pourtant, c’est évidemment ce qui est mis en place dans les pays qui trônent en tête de classement ces dernières années. Même notre voisin allemand a mis en place ce type de sélection intermédiaire, avec un haut niveau d’exigence.
Alors au lieu de réformer Parcoursup, qui a le mérite d’exister et de tenir la charge, mieux vaut réformer ce qui précède Paroursup, et qui pourrait, accessoirement, permettre de réduire le besoin d’enseignants qui n’enseigneront rien à des élèves qui n’ont pas vraiment envie d’étudier.
En attendant, 2027, hein ?