Il y a quelques jours, j’avais rendez-vous dans un quartier assez huppé de Paris, vers Saint-Augustin. La révolte estudiantine battait déjà son plein, mais je n’avais pas encore croisé ses principaux acteurs, la jeunesse pleine d’espoir et de futures désillusions. Ce rendez-vous m’a donné l’occasion de la côtoyer, sans vraiment aller au-delà d’une première impression.
Un coupe, lui jeune et beau garçon, la mèche rebelle, tout de noir vêtu. Quinze ans à tout casser, l’âge des premiers émois. Elle, pas plus vieille apparemment, toute mignonne, habillée de noir, jean moulant, le téléphone portable dernier cri, iPhone 16 ou 17, qui ressort de la poche, arborant un crop-top qui met en valeur ses rondeurs naissantes. Ils discutent tous les deux, en faisant semblant de ne pas s’intéresser à moi. Mais j’ai vite compris qu’ils n’avaient pas le code d’accès, et me suivraient dès que je serai rentré dans l’immeuble.

Je franchis donc la porte cochère, ils me suivent, pour rejoindre une amie qui descendait de chez elle et traversait la cour intérieure. Même format, même coupe, même dégaine. Même crop-top. Le jeune homme s’adresse alors à cette dernière, en chuchotant certes, mais quand même suffisamment fort pour que je comprenne : « alors, t’as fini de coudre ta cagoule ? ».
Toute cette « révolution » se résume dans ce trio là. Ils sont jeunes, ravissants, fleurent bon les vacances à Saint-Martin ou l’Ile de Ré, la scolarité à Carnot ou Chaptal. Des rebelles pas rebelles, papa-maman derrière, conscients ou non de l’activité de leurs rejetons. Ils n’en ont probablement rien à foutre, ça les dérange un peu mais pas trop.
De retour chez moi après ce rendez-vous, sur le coup de 18 heures, je me retrouve dans le métro, station Saint-Augustin, ligne 9, pas bondée mais suffisamment chargée. Plein de jeunes, pas tout à fait le même standing que mon trio du jour, mais arborant les mêmes codes vestimentaires. Je m’installe sur un strapontin, à côté d’un malabar, format Doron mais en plus grand et plus costaud, qui fait défiler les photos du jour sur son smartphone, visiblement pour jouer sur les codes couleurs. D’habiles compositions de jeunes et de drapeaux aux abords de la Bastille ou de République, je ne sais plus trop bien. Un mélange de noir et blanc pour l’image, et de couleurs pour les drapeaux. Peut-être un photographe, habile avec Photoshop me suis-je dit. Puis il quitte son appli, ne prêtant pas attention à l’attention que je lui accorde.
Il bascule alors sur Twitter, et fait défiler son flux d’actualité. Que des comptes LFI, dont l’infect Marcel Aiphan. Ce n’est pas le même format que ces jeunes, celui-là n’est pas venu pour draguer ou se faire des frissons d’adolescence, c’est un vrai, un « anti-fa » comme ils se définissent, sachant très bien qu’ils incarnent le renouveau fasciste, ce fascisme de gauche prêt à en découdre dès qu’on n’est pas d’accord avec eux. Un fascisme qui touche toutes les franges de la population, et même les X, comme en témoigne l’échange que j’ai eu cette semaine avec un autre taré révolutionnaire qui n’admet pas la contradiction, face à ses propos appelant les élèves de l’école polytechnique à participer à la révolte.

Je me suis demandé quelles étaient les vraies revendication de ces révolutionnaires du 21e siècle, tendance Shein ou Zara. Des lycées où il fait moins froid l’hiver et moins chaud l’été ? C’est gentil, mais ce n’est pas une raison pour foutre le feu aux lycées. Moins d’heures de cours ? J’ai eu des enfants scolarisés durant les 15 dernières années, et je n’ai pas constaté une hausse effrénée du nombre d’heures de cours. La seule chose que je peux concéder, c’est que les programmes à base de cours optionnels ont généré une explosion des heures de permanence, allongeant peut-être la durée de présence sur site, mais non les phases de concentration. La disparition de Parcoursup ? Sont-ils bien sérieux, ces gens qui prétendent résoudre un problème en en créant un plus grand ? La solidarité avec les établissements défavorisés ? Je veux bien l’accorder, on peut être solidaire, mais pas la peine de bloquer les cours pendant deux semaines pour cela, comme s’il n’y avait pas d’examens en fin d’année.
En arrivant chez moi, je me suis demandé si finalement l’élément déclencheur, ce n’était ni la solidarité, ni les heures de présence, ni les profs nuls, ni Parcoursup, ni même Gaza (faut pas hcharrier quand même), mais simplement une force étrange et animale, qu’on appelle mimétisme, et qu’un roman paru au début des années 1980 et adapté au cinéma illustre parfaitement : La Vague, un livre qui illustre parfaitement l’essor d’un régime totalitaire, basé sur peu de choses : l’unité, le sentiment d’appartenance, la soumission à une autorité qui se croit au-dessus des lois et des usages.
On est mal barrés, me suis-je dit.
Jusqu’à ce que ma femme me rappelle à l’ordre. « Pose ton téléphone, on est à table ».
Et là, j’ai compris.
Cette révolution crop-top, sa seule raison d’être, c’est de lutter contre une décsion infâme et cruelle.
L’interdiction des portables à l’école.
Ils sont bien, finalement, ces jeunes.
Avec eux, c’est sûr, le fascisme ne passera pas…