Fauda, saison 5

J'ai vu Fauda 5, sans pleurer, mais avec beaucoup de peine

J’ai déjà évoqué par le passé la série Netflix Fauda (saisons 1 et 2), consacrée à une unité d’intervention de Tsahal particulièrement musclée et qui opère dans les territoires occupés. Sans être un fan absolu de cette série, et ayant eu vent de l’intérêt suscité par la saison 5, j’ai fait l’impasse sur les 2 précédentes, pour me lancer dans les 11 épisodes de cette dernière édition.

J’avais déjà évoqué à la fin de mon commentaire sur la saison 2 l’impact de cette série sur ses spectateurs. Comment voir Fauda après le 7 octobre, alors que la réalité dépasse la fiction ? Et pourquoi cette série réalise-t-elle des scores particulièrement élevés dans des pays arabes voisins d’Israel, comme en Jordanie ou au Liban ?

La réponse est dans la question. Fauda est la première fiction à s’être saisie du 7 octobre, 3 ans à peine après les faits, et alors que la colère et la tristesse ne se sont toujours pas évanouies. Certains trouveront qu’il est trop tôt, et qu’il y a quelque chose d’obscène à s’appuyer sur ce traumatisme pour construire son propre contenu. Pour ma part, je ne le pense, pas. La saison 5 de Fauda, comme les autres, cherche à coller au plus près de la réalité et du quotidien, et on aurait tort de croire qu’Israel a tourné la page. Même s’il a fait numériquement moins de victimes coté israélien, le 7 octobre est un traumatisme encore plus grand que la guerre de Kippour, qui a son époque avait marqué toute une génération.

Les acteurs de Fauda ont eux aussi traversé cette période tragique, à titre personnel, dans la réalité, tout autant que dans le personnage qu’ils incarnes dans la série. On retrouve ainsi Doron, Gaby, Eli et Steeve quelques mois après l’attaque du Hamas, marqués par les événements qu’ils ont vécu. Certains y ont perdu des proches, d’autres y ont perdu leur âme. La haine et la soif de revanche se font sentir. Et lorsqu’une unité du Hamas se reconstitue dans un Marseille un trop accueillant, les membres de l’équipe décident de faire le ménage, ne comprenant pas dans quel merdier ils ont mis les pieds.

Le reste est à la hauteur des autres saison, à un iota près : deux des épisodes, le 7 et le 8, sont consacrés au 7 octobre, et à ce qu’ont vécu les personnages, à titre individuel. On traverse donc la matinée de ce samedi maudit au travers des mésaventures de Doron et ses amis. Sans tomber dans une mise en scène obscène des massacres, ces deux épisodes retracent avec lucidité les événements, du festival Nova aux attaques des kibboutzim du sud. Je les ai regardés le coeur battant à 120 pulsations par minute, me souvenant de la vague d’angoisse qui s’était emparé de moi ce samedi soir là, veille de Simhat Torah, alors que je regardais les images saisissantes qui circulaient encore sur Twitter – notamment celle d’une famille filmée avant son enlèvement, alors que l’aînée des enfants avait été abattue sous les yeux de ses parents et de sa fratrie.

Il faut voir ces deux épisodes, car ils expriment avec réalisme, mais je le répète, sans obscénité, ce qu’ont ressenti les témoins de ces attaques, l’horreur de ces 24 heures de chaos absolu. Ils expliquent la réaction qui a suivi, ces deux années de guerre, et la recherche obstinée des otages – grands absents de la série, et pour cause… Tout comme on ne voit aucune mention du niveau de mobilisation qui a duré pendant ces deux années, ni des interventions au Liban, ce qui nuit au réalisme de la série.

Chaos, c’est le sens de Fauda.

Cette fois-là, le chaos n’était pas du fait de l’équipe de Doron, mais le résultat d’une action coordonnée par quelques milliers de terroristes du Hamas.

Le chaos n’est l’apanage de personne.

Et il faudra bien, un jour ou l’autre, que les deux parties le comprennent.

Herve Kabla
Herve Kabla

Hervé Kabla, ex-DS, ancien CTO de start-up, ancien patron d'agence de comm', consultant très digital et cofondateur de la série des livres expliqués à mon boss.

Crédits photo : Yann Gourvennec

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