L’IA générative, et sa capacité à produire du code dans tous les langages, en fonction de spécifications plus ou moins précises, va probablement sonner la fin de la récréation pour nombre de CMS, et principalement pour WordPress. En tout cas pour les sites WordPress qu’on installe soi-même. Et voici pourquoi.
Vive WordPress !
Tout d’abord, précisons bien les choses. Je n’ai rien contre WordPress, bien au contraire, je suis un fan absolu de ce logiciel open source qui m’accompagne depuis près de 20 ans. Je l’ai découvert en 2006 avec blueKiwi (qui n’était qu’une couche un peu mince par-dessus un WordPress multisite). Blogueur depuis cette date, j’ai débuté sur Serendipity puis Typepad, avant de tout basculer sur WordPress. Je l’ai utilisé abondamment comme technologie sous-jacente pour la plupart des sites conçus à l’époque de mon agence (la FHP-MCO, Lundbeck ou les vracs de l’Estuaire l’utilisent encore).
Il faut dire que WordPress a de nombreux atouts. Il permet de gérer facilement des contenus relativement riches, sans nécessiter de compétences techniques très poussées de la part de ses utilisateurs au quotidien (en mettant de côté l’administration de l’hébergement). Il permet de gérer plusieurs rôles, il est doté d’une architecture ouverte, qui lui permet de s’enrichir facilement de nouvelles fonctionnalités, sous la forme d’extensions (comme celles que j’ai fait écrire par Claude). Il y a quelques années, j’ai même vu passer une infographie qui disait qu’un site sur trois, dans le monde, utilisait WordPress (cela reste discutable, mais le nombre de sites sous WordPress est effectivement incroyable).
Malgré tout ces atouts, WordPress n’est pas exempt de faiblesses. Il y a bien sûr le rififi récent sur l’avenir de la plateforme, entre ceux qui développent le code source, et ceux qui proposent un hébergement payant. Il y a surtout les faiblesses inhérentes à l’open source, du code que tout le monde peut lire et comprendre, qu’on soit bien ou mal intentionné. Ce qui fait qu’un site sous WordPress est la cible potentielle de nombreux assaillants, qui testent les portes dérobées, les fichiers et les répertoires mal protégés, les extensions non mises à jour, et qui, une fois qu’ils ont pris la main d’un site WordPress, savent très bien rester dissimulés. Ils modifient quelques fichiers de paramètres et quelques lignes en base de données, pour ensuite créer quelques dizaines voire centaines de milliers de pages fictives redirigées vers des sites d’e-commerce illicites qu’il est ensuite très difficile de supprimer des recherches Google. Pour avoir eu à réparer de tels sites WordPress, je peux vous assurer que c’est une belle galère. Des sites comme celui de A mon boss ou de X Israel sont régulièrement attaqués et ont été victimes de tels détournements, et ce n’est que depuis que j’ai installé Wordfence (sur la recommandation de Yann Gourvennec) que je dors un peu plus tranquillement, en espérant que cette extension ne sera pas lui même la cible d’une cyber-attaque).
Et avec ça, je ne parle pas des extensions non maintenues, qui font planter un site WordPress, de celles qui ont été piratées et qu’il faut expressément mettre à jour, même si on est en vacances sans accès réseau, ou des changements de version de PHP qui créent des noeuds au cerveau… En réalité, si WordPress est très sympa à l’usage, il est très chiant à maintenir en tant qu’administrateur – et Yann pourra vous le confirmer. En outre, plus on empile les extensions, plus le code à exécuter pour construire une page s’alourdit, au détriment de la vitesse d’affichage, qui a tendance à rapidement dépasser la seconde (jusqu’à 4 secondes sur certaines pages de mon site), impactant de manière détestable les performances et in fine la qualité du référencement du site, ou nécessitant la mise en place d’un CDN (si on est riche) ou d’extensions pour gérer le cache (ce qui ajoute un plugin…).
Bref, WordPress est victime de son succès.
Vive Claude !
C’est pourquoi j’ai commencé à expérimenter une méthodologie très simple : prendre un site sous WordPress, et le faire réécrire par Claude. Un prompt bien léché permet d’orienter Claude vers une réécriture rapide d’un site disposant d’un back office aussi riche qu’un site WordPress doté des meilleures extensions, tout en récupérant les contenus actuels, sans en perdre aucun.
Mieux, l’élimination du mille-feuille logiciel que constituer un WordPress accompagné de ses extensions permet d’obtenir des performances incroyables, avec des temps de chargement de l’ordre de quelques dizaines de millisecondes, sans nécessiter de CDN. Je l’ai fait sur trois sites déjà, Numerikissimo, SHJT et Human Substance, et le résultat est bluffant.
Mieux encore, disposant d’un outil qui permet de coder n’importe quelle fonctionnalité qui me passe par la tête, je me suis mis à lui demander de me rajouter un journal des accès, et une analyse du trafic. Le résultat est encore plus bluffant, comme le montrent ces deux copies d’écran, montrant la distribution des temps de réponse (dans l’en-tête http de la page renvoyée) et des visites des principaux crawlers. Une approche que je peux facilement répliquer d’un site àà l’autre, Claude n’ayant aucun problème à récupérer son propre code.


Mieux encore, l’un des sites concernés – celui de la Société d’histoire des juifs de Tunisie – n’existait qu’en français, alors que son publique peut tout aussi bien s’exprimer en anglais, en hébreu ou en arabe. Il n’a fallu qu’un prompt ou deux (pour corriger quelques défauts) pour disposer d’une version multilingue, avec traduction quasi automatique – via Deepl ou Claude, au choix – des contenus déjà présents ou à venir.
Bien entendu, je ne parle même pas de la refonte graphique, du support du mode responsive, de la redirection des URLs, de la gestion des newsletter intégrée dans le back office (au lieu de passer par Mailchimp), de la gestion des adhésions (même si le paiement passe par un site tiers), ou l’intégration d’une bibliographie, autrefois figée dans un PDF fastidieux à maintenir, et maintenant complètement dynamique.
Sic transit gloria mundi
Ces trois projets, tous très différents, relèvent du même sentiment de lassitude à l’usage de WordPress, qui est de plus en plus complexe, au niveau de la gestion des templates et de la conception, et de la gestion des extensions, qui s’accumulent sans vraiment permettre de réelle amélioration. La migration sur un code écrit par Claude permet de s’affranchir de ces problèmes, même si ce n’est pas toujours simple.
La migration d’une version du site à l’autre, lorsqu’il s’agit de reprendre des contenus, nécessite encore quelques manipulations techniques, qui ne sont pas à la portée du premier venu. Déplacer des fichiers via FTP, intégrer une nouvelle base de données, ce n’est pas très difficile, mais encore faut-il savoir s’y prendre, et comprendre quelles erreurs ne pas commettre.
C’est là où un consultant expérimenté peut vous aider à aller plus vite et plus loin, et à imaginer un site qui ne soit pas une usine à gaz, tout en offrant tout ce qu’on attend de lui. Les consultants indépendants, experts auto-proclamés de WordPress, vont s’en donner à coeur joie, et le marché est loin de se tarir, tout le monde pouvant désormais prétendre à un site internet de correcte facture.
Et les agences dans tout ça ?
Les agences digitales vont devoir s’adapter, c’est certain. Il est loin le temps où l’on facturait un site à 50 000 ou 60 000 euros, pour trois maquettes comportant chacune une dizaine d’écrans, des specs fonctionnelles à ne plus savoir que faire, et des délais de développement puis de recette s’étalant sur plusieurs semaines. Le site Numerikissimo, qui était le premier à avoir été migré, ne m’a pris que quelques jours, plus quelques heures par ci par là pour intégrer de nouvelles fonctionnalités ou corriger quelques bugs de jeunesse. Celui de la SHJT a été porté en moins de 24h, celui de Human substance en une heure à peine (mais il est plus léger). Un site corporate d’une dizaine de pages ne prend qu’une journée.
Est-ce la fin des haricots ? Je ne le pense pas. C’est sûr, il va être difficile de facturer plusieurs jours ce qu’un stagiaire bien câblé peut faire en quelques heures. Mais le travail avec un Claude code ne dispense pas de deux étapes qui prennent encore un certain temps, la phase de conception, lors de laquelle on va imaginer le site et ce qu’il doit faire, et la phase de tests et de recette, qi peut être en partie automatiser, mais qui nécessite encore un apport humain.
Certes, et tous ceux qui développent avec l’IA vous le confirmeront, il est possible d’avancer avec des spécifications très légères, et de réaliser des améliorations au fil de l’eau, ce qui correspond parfaitement à ce que je considère être réellement une « démarche agile », mais il faut quand même savoir d’où l’on veut partir et ce qu’on attend en termes de résultats. Plus les besoins sont flous et plus Claude aura du mal à faire quelque chose qui vous satisfait vraiment.
Pour ma part, j’ai encore quelques sites en réserve dont la version WordPress ne me plaît pas du tout, comme Panthéon Foot ou Le choix des mots. Ces sites ont peu évolué depuis leur époque à succès, faute de trafic, mais je soupçonne l’hébergement WordPress d’avoir contribué à cette chute de fréquentation. Ou encore A mon boss, un site très simple et très statique. Et peut-être d’autres sites encore…
Bref, si vous avez un projet de refonte ou de conception, vous savez à qui vous adresser.