Douze !

Les années passent, et Rafael Nadal continue son bout de chemin sur la terre battue de la Porte d’Auteuil. Une fois encore, Nadal a privé un talentueux joueur d’une victoire qui semblait pourtant à la portée de ce dernier. Pour la deuxième année consécutive, c’est au joueur autrichien Dominic Thiem qu’a incombé la difficile tâche de faire illusion, le temps d’un set ou deux, avant que le rouleau compresseur ne se mette en marche. La seule chose qui change, d’une année à l’autre, c’est la couleur de son maillot: bleu l’an passé, jaune en 2019, je parierais bien sur le rouge en 2020…

Il faut dire que les choses se présentaient sous leur meilleur jour. Frais et dispo après une journée de repos et une quinzaine parisienne assez tranquille, Nadal affrontait un Thiem qui n’avait remporté sa demi-finale que la veille, au terme d’un match en cinq sets contre Djokovic, et son quart de finale le jeudi, en raison des intempéries. Autrement dit, légèrement plus fatigué que son adversaire. Il serait temps que les organisateurs pensent à organiser les demi-finales en parallèle, de manière à ne pas désavantager le challenger qui démarrerait son match un peu tard le vendredi après-midi.

De 2005 à 2019, seules trois éditions ont échappé à Nadal: 2 défaites contre Söderling en 2009 et Djokovic en 2015, et un forfait sur blessure en 2016. Au total, douze victoires en quinze éditions. Douze titres à Roland Garros, c’est autant que Björn Borg, Gustavo Kuerten et Ivan Lendl réunis. Et au vu de la prestation réalisée dimanche dernier, on se demande s’il n’est pas parti pour une ou deux autre victoires avant la retraite.

Une telle réussite présente un côté presque obscène. On a régulièrement vu poindre de grands champions dont les performances restent à jamais associées à un tournoi, mais rarement à un tel niveau. Si Nadal reste derrière Djoko en termes de gains ou Federer en nombre de victoires en grand chelem (18 contre 20), il a poussé la barre tellement haut qu’on se demande quel joueur pourra un jour réaliser de nouveau une telle série sur un seul tournoi.

La domination du trium virat actuel a aussi quelque chose d’injuste, si ce n’est d’écoeurant. En temps « normal », en présence d’un grand champion capable de remporter trois ou quatre éditions d’un même tournoi, on aurait pu assister à quelques surprises, peut-être qu’un joueur français aurait pu atteindre une finale, voire l’emporter. Mais ces trois là durent depuis presque quinze ans, ont écumé les courts de la surface du globe, et privé les joueurs de leur génération de débouchés. Il serait temps que les autres joueurs unissent leurs forces pour les faire chuter: par exemple, en laissant le meilleur d’entre eux atteindre la finale avec un parcours « facile ». Mais un tel arrangement ne se produira bien sûr jamais…

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