Des primaires pas si secondaires…

Voilà, le premier acte des primaires du parti Socialiste vient de se jouer, les deux candidats qui se retrouveront au second tour sont connus: Français Hollande et Martine Aubry. Quelles conclusions en tirer?

Une mobilisation impressionnante. Le PS parle de 2,5 millions de participants. C’est énorme. Il y a en effet à peu près 45 millions d’inscrits sur les listes électorales en France; lors des dernières élections, près de 37 millions d’inscrits sont allés voter. Parmi eux, un quart ont voté PS? soit environ 9 millions d’individus. Si on considère que c’est majoritairement des électeurs PS qui se sont mobilisés – c’est sans doute assez fidèle, je doute que les sympathisants de droite soient allés massivement voter – cela signifie qu’un électeur PS sur quatre a participé à cette primaire.

Une mécanique impeccable. Le mécanisme permettant de participer à cette primaire était bien rodé: un site permettait, en fonction de son bureau de vote habituel, de déterminer le bureau de vote associé pour les primaires. Malgré des problèmes de connexion dimanche après-midi, ceux qui avaient pris leurs précautions la veille ou la semaine précédente savaient parfaitement où aller glisser leur bulletin de vote. En gros, le PS a démontré qu’il est capable, en dehors de tout soutien de l’état, d’organiser une consultation nationale. Pas si évident que cela, a priori.

La vraie leçon de démocratie participative. On se souvient de cette formule de Ségolène Royal en 2007. Formule visionnaire, mais dépourvue de sens en 2007, elle prend toute sa valeur aujourd’hui. Rendons grâce à Mme Royal, candidate malheureuse avec ses 7%, d’avoir peut-être été à l’origine d’un grand concept démocratique.

De nouvelles têtes au PS. Les 6 candidats à ces primaires ont gagné une légitimité certaine. Pour peu que Nicolas Sarkozy perde son poste en 2012 au profit du candidat PS, les 5 candidats défaits aux primaires trouveront vraisemblablement une place significative au gouvernement; Très belle opération donc pour Arnaud Montebourg et Manuel Valls, et même pour Jean-Michel Baylet qui gagne une légitimité nationale. Finalement, la grande perdante, c’est Ségolène Royal. Ramenée à la portion congrue, elle ne pourra sans doute hériter que d’un ministère peu attrayant, voire un retour à l’enseignement…

Des questions en suspens pour notre démocratie. L’organisation de ces primaires a soulevé nombre de questions liées à l’organisation d’un scrutin national en dehors de tout « contrôle administratif ». En voici quelques unes:

  • Qu’est ce qui juridiquement empêchait des sondages « sortie des urnes »? Bien sûr, on sait quelle incidence cela pouvait avoir sur le déroulement du scrutin, mais apparemment, nos lois ne l’interdisent pas fondamentalement…
  • Pour participer à ces primaires, il fallait déclarer le partage de valeurs de gauche (facile) et donner 1€ (au minimum). Le bilan de l’opération se solde donc par 2,5 millions d’euros tombés dans les caisses du PS. Cet argent est-il légal? Fait-il partie des modes de financement légalement autorisés? Et si oui, servira-t-il à la campagne du candidat qui sortira vainqueur dimanche prochain, ou simplement à payer les frais d’organisation?
  • Et si chacun se met à organiser sa primaire – PS, UMP, FN –  comment pourrait-on s’assurer qu’il n’y a pas de conflit de date sur les agendas des débats, des scrutins?
Personnellement, j’ai trouvé ce jeu des primaires amusant. Même si les débats n’ont pas été passionnants, au final, le PS a réussi à occuper le terrain médiatique, au détriment des autres partis dont on a peu parlé ces derniers temps. C’est même à se demander si le FN, dans sa quête d’audience et de représentativité, ne serait pas capable d’organiser ses propres primaires, simplement pour faire parler de lui. Non, ce serait sans doute trop démocratique ce parti…

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