Voitures autonomes et électriques: que ferez-vous les jours de panne?

La nouvelle du jour, c’est cette panne d’électricité majeure, qui a touché la majeure partie de l’Argentine et de l’Uruguay. Les deux pays partagent en effet une partie de leur réseau électrique: le fleuve Uruguay marque la frontière entre les deux pays, et la production électrique du barrage de Salto Grande alimente les deux pays limitrophes.

Des coupures de courant, cela arrive, ce n’est pas si grave si elles ne sont pas trop fréquentes. Les plus vieux de mes lecteurs se souviennent surement d’en avoir connu dans leur enfance, et même en région parisienne. Il suffisait que la foudre s’abatte sur une installation EDF un peu stratégique, par exemple au niveau du Mont Valérien, et plusieurs quartiers étaient plongées dans le noir.

Cela touchait même les pays les plus avancés. On a tous entendu parler un jour d’un grande panne d’électricité qui aurait plongé New-York dans le noir: les plus anciens pensent à 1965 ou 1977, les plus jeunes à 2003. On disait, autrefois, que de telles pannes provoquaient des pics de natalité dans l’année qui suivait. Un bon data scientist se penchera probablement sur ce sujet en Argentine, d’ici la fin de l’année.

De nos jours, ce ne sont pas les pannes d’électricité qui inquiètent le plus nos compatriotes, ce sont les pannes d’Internet ou de réseau mobile. À chaque époque correspondent différents types d’angoisses. Le monde de la fin du XXème siècle craignait de manquer d’énergie, celui du début de XXIème craint de manquer de connectivité. En cela, on rejoint les propos de Gérard Berry.

Pourtant, il se pourrait bien que les pannes de courant recommencent à nous effrayer. Car au virage du premier quart de siècle, tous nos experts (ou presque, cf. plus bas) prédisent un futur glorieux à la voiture électrique et autonome. Je veux bien y croire deux minutes, avant de reprendre mes esprits. Une voiture électrique fonctionne avec des batteries qu’il faut recharger régulièrement. Celles fonctionnant à base d’hydrocarbures aussi, direz-vous. Certes, mais est-on bien certain que les infrastructures électriques conçues durant les 50 dernières années seront capables de supporter le poids de centaines de millions de véhicules à recharger? On ne parle pas de smartphones branchés à la prise USB d’un laptop, là, mais de véhicules pesant une à deux tonnes, qui nécessitent une production bien plus importante.

Et s’il n’y avait que cela. Mais on nous promet également la voiture autonome, pas celle qui se gare toute seule (celle-là, certains chanceux en disposent déjà), mais celle qui se promène toute seule, vous dépose de manière autonome, sans que vous n’ayez besoin de tenir le volant. Vous pourriez même, nous dit-on, donner le dos à la route (comme si mes congénères appréciaient de rouler assis dans le sens contraire de la marche…), lire votre journal (autre hypothèse douteuse…), surfer sur internet (soit), et même pratiquer d’autres activités (j’imagine déjà de petits malins concevoir des voitures coquines qui enchaînent les tours de périphériques pendant que…).

Mais pour que tout cela fonctionne correctement, il faut que les véhicules soient non seulement dotés de capacités étonnantes pour apprendre à conduire, mais aussi qu’elles apprennent à communiquer entre elles. Et c’est là, me semble-t-il, que le bât blesse. Voyez-vous, les infrastructures sont conçues pour fonctionner quand tout va bien, mais aussi quand tout va mal. Tolérer les pannes, c’est un impératif absolu. On ne peut pas mettre un réseau de transport de véhicules à genoux en cas de panne du réseau électrique. Les ambulances, les pompiers, les véhicules de police doivent pouvoir continuer à circuler. Quand tout le monde aura basculé, hypothétiquement, sur le véhicule autonome et électrique, il sera difficile de faire machine arrière.

Mon ami Philippe Cahen a un point de vue assez similaire sur le même sujet.

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