Un président de la République peut-il skier?

C’est la question qu’on est en droit de se poser ce weekend, après les photos diffusées sur plusieurs médias nationaux. Il faut dire que la généralisation des sports d’hiver est à peu près concomitante avec les débuts de la cinquième république, et que les présidents qui se sont succédés depuis 1958 n’étaient sans doute pas dans une condition physique suffisante pour pratiquer le ski alpin. Mais avec Emmanuel Macron, âgé d’à peine quarante ans, les choses sont différentes. Pourquoi un président de la République dans la force de l’âge n’aurait il pas le droit de goûter aux plaisirs de la glisse?

En réalité, Emmanuel Macron n’est pas le premier président de la cinquième république à pratiquer le ski. Valéry Giscard d’Estaing, en son temps, s’était livré à un tel exercice de communication, auprès de journalistes. Il s’agissait alors de se démarquer des précédents présidents, pour donner une image moderne de la France, dirigée par un président qui se voulait moderne et sportif. Giscard aimait communiquer sur son physique de jeune premier, et a même participé à un match de football (voir les images ici).

Ni Mitterrand, ni Chirac, ni Pompidou, ni bien sûr de Gaulle ne se sont livrés à un tel spectacle. Hollande n’aurait pas été crédible, même avec son discours de président normal, sur un terrain de sport. Reste Nicolas Sarkozy. On sait que l’ancien président pratiquait la course à pied et le vélo, les amateurs de jogging peuvent même le croiser parfois, le dimanche matin, dans les allées du Bois de Boulogne, accompagné de ses gardes du corps, en short noir (mais sans son t-shirt NYPD).

A l’étranger aussi, mêmes remarques. Si on a rarement vu Nixon ou Reagan s’adonner à la pratique du sport, Barack Obama n’a pas hésité à se montrer en train de faire du kite-surf, et Vladimir Poutine à pratiquer le ski, tout comme Gerald Ford, il y a quarante ans.

Alors pourquoi Macron, plus jeune que tous ceux là d’au moins une dizaine d’années, n’aurait-il pas le droit de faire du ski?

Ses opposants le crient haut et fort depuis quelques heures: que faisait Macron aux sports d’hiver alors que Paris brûle – enfin, que le kiosque à journaux des Champs Élysées, qui vendait probablement plus de souvenirs et de Tour Eiffel que de journaux, et que le Fouquet’s, ce haut lieu des classes favorisées, ont été la proie des flammes ?

A vrai dire, si Emmanuel Macron doit se priver de faire un break à chaque fois que les gilets jaunes, où du moins que les bandes de casseurs qui se réclament de ce mouvement – arpentent les Champs, il ne risque pas de trouver de repos avant longtemps. Au rythme actuel, les défilés du samedi après-midi risquent en effet de durer longtemps. Et puis, quitter le palais de l’Élysée, quel meilleur moyen d’éviter tout débordement fâcheux?

La seule contre-indication véritable, en fait, à la pratique du ski, c’est probablement le risque de faire une mauvaise chute. Mais de cela, ses opposants n’ont cure.

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