SOS Antiracisme

Certes, le monde est complexe. Mais j’ai l’impression que depuis quelques années, il devient de plus en plus compliqué. J’en veux pour preuve la question du racisme , et par voir de conséquence, celle de l’antiracisme. Je pensais, jusqu’à présent, que lors de manifestations visant à protester contre toute forme de racisme – anti-juif (celui auquel j’ai le plus de chance d’être confronté), anti-noir, anti-magrhébin, anti-rom, anti-asiatique, anti-tout-ce-que-vous-voudrez – on verrait des cortèges défilant pour appeler à l’union entre les peuples, au grand rassemblement, des messages de l’ordre du « nous sommes tous frères ».

Visiblement, ça devient de moins en moins le cas. Il n’y a qu’à voir les vidéos ou les photos qui circulent sur les réseaux sociaux ou à la télévision, pour être frappé par un antiracisme qui se définit avant tout comme un antiracisme d’opposition.

N’allez pas croire que je cherche à défendre ceux qui, sous prétexte de maintien de l’ordre, usent et abusent de la force, aux États-Unis ou ailleurs, d’ailleurs. Ce sont des ordures, dès lors qu’ils outrepassent la loi. Hélas, la brutalité a toujours existé. Mais je crois que le mérite des démocraties, c’est de permettre à tous ceux qui en souffrent de s’exprimer et de le faire connaître d’un public large. Je crois que beaucoup de familles de victimes ont pu profiter de cette liberté qui leur est offerte, dans leur malheur.

Mais j’en viens à mon propos : cette liberté prend de plus en plus la forme d’une vindicte.

Et c’est de cela que je m’inquiète.

La faute, tout d’abord, à notre faculté première : le langage. Insidieusement, nos ancêtres ont introduit une catégorie de termes, appelés « articles définis », qui font d’un cas une généralité. On peut ainsi dire « les juifs », « les noirs », « les arabes », « les journalistes », « les ados », « les seniors », « les patrons », « les gilets jaunes », « les flics », « les énarques », « les tout-ce-que-vous-voudrez », pour qualifier de manière uniforme des groupes d’individus dont la taille peut atteindre plusieurs problèmes de personnes.

All Human lives matter, that’s all folks !

Or rien n’est plus faux que de croire dans ces formules. Utiliser le terme « les », c’est annihiler toute possibilité de disparité, c’est refuser la différence, ce qui fait l’information, au sens de la théorie du signal et de la richesse des attrbiuts de la personne, pour promouvoir la désinformation.

La faute, ensuite, comme le dit si bien la rabbine Delphine Horvilleur, à cette obsession de la pureté, qui est le fondement des communautarismes actuels, et qui a pour conséquence implicite d’effacer la capacité d’une société à s’enrichir de ses différences, pour se fragmenter autour de points d’accumulations certes communs, mais ô combien superficiels. Cela prend la forme d’un attachement à d’antiques superstitions qui frise parfois le ridicule par ici, ou à des formes de comportement imposés et de coercitions par là.

Je respecte, à titre personnel, nombre de traditions. Je sais ce que je leur dois, je sais aussi ce qu’elles peuvent me faire perdre si je les érige en valeur absolue. Je respecte aussi les traditions des uns et des autres, dans leur forme la plus vertueuse.

La faute, enfin, à cette erreur largement répandue qui consiste à juger le passé à l’aune du savoir présent. À se comporter de la sorte, on finirait par juger Newton ignare, lui qui ne connaissait rien à la relativité générale, ou Euclide idiot, lui qui ne connaissait rien des espaces pré-hilbertiens réels. Oui, Voltaire, Colbert ou d’autres peuvent choquer par les propos qu’ils ont tenu ou les actions qu’ils ont menées, mais cela n’enlève rien aux autres aspects de leur personnalité. Le Pétain de 1945 est une ordure, le Pétain de 1918 est un héros. On ne peut privilégier une facette au détriment de l’autre.

SOS Racisme était une bonne initiative en son temps.

Mais de nos jours, on a peut-être besoin d’un SOS Antiracisme.

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