Pourquoi le Canard Enchaîné se vend-il moins sous des gouvernements de gauche?

Chaque année, le Canard Enchaîné, journal le plus utile de notre vieille démocratie française, publie ses comptes. Faisant preuve d’une transparence appréciable et apprécie, l’hebdomadaire satirique y affiche une remarquable santé financière. On y apprend qu’il se vend environ 400 000 exemplaires du Canard chaque semaine, et que ce journal réalise un bénéfice de plus de 2 millions d’euros (contre 2,9 en 2012), pour des recettes s’élevant à environ 25 millions d’euros. Un bénéfice en baisse en raison d’une baisse des ventes, rien de très grave.

Mais le commentaire qui accompagne ce tableau est encore plus explicite: il se vend moins d’exemplaires du Canard et des dossiers du Canard sous les gouvernements de gauche. François Mariet, que je remercie d’avoir diffusé cette photo des comptes du Canard Enchaîné, propose une autre explication de ce phénomène: l’insuffisance du réseau de distribution serait également une des raisons de la chute des ventes en 2013 (16%). Pour moi, cela ne tient pas: ce réseau de diffusion est aussi faible sous la gauche que sous la droite.

Personnellement, je suis convaincu que le Canard perd de son mordant sous la gauche. Les attaques sont plus molles, le Canard Enchaîné est un journal contestataire certes, mais qui a une affinité plus « à gauche » qu' »à droite ». Ses critiques, ses dossiers, sont moins virulents. Du coup, il m’arrive de zapper quelques passages quand je le tiens entre les mains, voire d’oublier de l’acheter. Alors que je ne raterais pour rien au monde un Canard sous Sarkozy ou Chirac.

Je tente une autre explication, qui vaut ce qu’elle vaut. Il me semble que les turpitudes de gauche (affaires Thevenoud, affaire Cahuzac, affaire DSK) sont plus des affaires personnelles, alors que celles de droite (affaire Karachi, affaire Bygmalion) sont quasiment des affaires de bandes organisées. Du coup, les histoires sont nettement plus intéressantes à droite car plus complexes, plus denses, alors que celles de gauche relèvent de la faute personnelle. Le storytelling est important, même quand la classe politique part en vrille.

Peut-être aurons-nous l’occasion de découvrir d’ici quelques années un Canard Enchaîné sous le FN. On verra alors si les ventes explosent, ou si un avenir plus sordide sera réservé au volatile…

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