Les limites de Waze

Les grèves à rallonge rendent fou. Il n’y a qu’à faire un tour sur les quais des métros parisiens et dans les tramways, ou d’essayer de rouler quelques heures dans les embouteillages pour constater l’impact des dix derniers jours sur la mentalité de nos concitoyens: nervosité, insultes, comportements irrespectueux sont légion.

J’ai toujours pensé qu’on ne peut observer la véritable nature des gens que dans des conditions extrêmes: quand tout va bien, nous sommes tous capables d’enrober nos travers dans une couche plus ou moins épaisse de bonnes manières. Mais ajoutez un peu d’inconfort, faites sortir quelqu’un de ses habitudes, mettez-le sous pression, et vous verrez tout de suite transparaître la véritable nature de celle ou de celui que vous avez en face.

Il en est de même, semble-t-il, avec les logiciels. J’en veux pour exemple Waze. J’avais beaucoup d’estime pour ce véritable outil du quotidien de millions d’automobilistes de par le monde. J’avais même contribué, sans réellement avoir conscience de ses effets secondaires, à son lancement en France. J’étais l’un des premiers utilisateurs, et même probablement le premier, à Paris, lors de l’hiver 2009-2010. J’ai abondamment contribué à l’élaboration de certaines portions de sa carte, en région parisienne.

Mon profil éditeur de cartes sur Waze existe encore…

Depuis, la petite start-up israélienne a fait du chemin. Rachetée par Google il y a quelques années, elle est devenue le partenaire habituel de nos trajets. Son logiciel influe sur le comportement routier de millions d’individus. Une décision de son logiciel peut canaliser des dizaines de véhicules sur une voie inutilisée, ou fluidifier le flux sur un axe autoroutier. Et il n’est pas rare, parfois, de constater que nous suivons un détachement de véhicules orientés par Waze sur une route inhabituelle, censée être moins chargée que l’axe traditionnel que nous empruntons.

Parfois, malheureusement, cela ne va pas sans créer de véritables problèmes. Des municipalités se sont mises à se plaindre, sous la pression de leurs habitants, au sujet de la circulation induite par Waze sur des axes habituellement habitués à un peu plus de calme, et à un trafic plus réduit. À proximité de sorties d’écoles, par exemple, cela peut poser de véritables problèmes de sécurité.

Dans un registre moins critique et plus consternant, j’ai toujours considéré la recommandation faite par Waze, de sortir des périphériques à une porte quelconque, pour y re-pénétrer immédiatement, comme une astuce de bas étage. Le type de comportement qui m’exaspère au plus haut point lorsque je le vois pratiqué par d’autres automobilistes. Les concepteurs de Waze pensent peut-être résoudre un problème de circulation, mais j’y vois surtout l’incitation à créer de nouveaux soucis à l’entrée des périphériques: rien n’est plus simple que de repérer le véhicule qui était derrière vous et qui essaie de vous doubler en rentrant de nouveau…

Dans le même ordre d’idées, la suggestion de Waze de quitter les axes embouteillés pour faire de courtes dérivations sur les axes parallèles m’a particulièrement énervé. Waze pense peut-être me faire économiser cinq minutes sur une heure de trajet (de la Porte d’Auteuil à La Concorde), mais en réalité, rien n’est moins sûr. À chaque croisement, une telle initiative bloque la file des véhicules qui viennent d’en face, et démultiplie le nombre de micro-bouchons.

With great power comes great responsibility. Les propos de l’oncle de Spiderman me viennent immédiatement à l’esprit. Waze dispose de pouvoirs gigantesques. Il lui revient de prendre des décisions incontestables. C’est d’ailleurs le thème du fabuleux chantier, un livre sur l’IA que vous devez à tout prix lire.

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