La guerre tiède

On dit que les blagues les meilleures sot les plus courtes. Il en est de même des guerres. En la matière, les Israéliens en 1967, ou les Russes en 2008 en Ossétie du sud ont établi des records de respectivement 6 et 9 jours qu’il sera difficile de battre à moins de sortir l’arme nucléaire au premier jour du conflit .. et encore. En sera-t-il de même Ukraine ? Rien n’est moins sûr.

Pourtant, depuis le déclenchement des hostilités, on entend et on lit un peu partout que les Russes s’attendaient à une victoire facile, ou que Poutine préparait une guerre éclair. Je m’interroge : ces journalistes et ces experts, qui s’expriment sur la durée possible d’un conflit qui ne vient que commencer, d’où tiennent-ils ces informations de premier ordre ? Ont-ils récemment parlé à Vladimir Poutine ? Lisent-ils dans l’esprit du dirigeant du Kremlin ? Consultent-ils (ou elles) des oracles ?

On nous cacherait des choses ?

Absolument pas.

Et ne me dites pas non plus qu’ils ont traduit le terme utilisé par les médias au service du pouvoir russe – Opération spéciale – pour qualifier une guerre de courte. Ce serait laisser croire que ces mêmes individus, bien éduqués et hautement informés, seraient tombées dans le panneau de la propagande russe…

Ces journalistes et ces experts ne font que projeter leurs propres fantasmes sur la réalité de leur quotidien. Je ne sais pas comment on appelle ce biais en psychologie, mais il est courant, et témoigne du désarroi de celui qui s’exprime, incapable d’imaginer autre chose que ce qu’il espère.

En réalité, en réfléchissant un peu, on se rend immédiatement compte que ce conflit sera long et pénible. Comme tout conflit d’ailleurs. Ce n’est parce que la Pologne a capitulé en 39 au bout de moins d’un mois, ou qu’il fallu à peine un mois de plus à Hitler pour s’emparer de la Belgique et faire tomber la IIIè République que tout conflit en Europe doit se dérouler rapidement.

L’Ukraine de 2022 est un pays qui a déjà connu un conflit armé huit années auparavant, conflit qui s’est maintenu à petit feu durant tout ce temps. C’est un pays dont le voisin est menaçant, et qui s’est préparé psychologiquement à ne rien lâcher. C’est une démocratie, et non un régime totalitaire prêt à s’effondrer en quelques semaines comme l’Iraq du début du siècle.

Débris d’un chasseur ukrainien abattu tiré de la liste de matériel hors d’état de nuire maintenue par le site Oryx

Je ne sais pas combien de temps durera la guerre en Ukraine. Mon petit doigt me dit que cela durera probablement, hélas, tant que Volodymyr Zelensky sera en vie, et que la Russie ne cessera les hostilités qu’une fois qu’elle aura installé un gouvernement fantoche à la place de l’actuel. Que cela prendra la forme d’un conflit vietnamien à l’européenne. Et que le gouvernement russe jouera de sa ruse pour élargir la zone de guerre à d’autres états, comme la Géorgie ou la Moldavie. Qu’on entrera ensuite dans une longue période d’hostilité froide, une sorte de guerre tiède, dot les foyers se réchaufferont tant que le dirigeant actuel du Kremlin sera en vie, ce qui pourrait durer moins longtemps que l’espérance de vie moyenne en occident.

Bref, rien de bon à court terme.

Mais ce n’est que ce que me dit mon petit doigt.

Et mon petit doigt, comme les journalistes et les experts précédemment cités, est un spécialiste du bullshit

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