Éloge de la patience

Il aura suffit de quelques milliers d’années pour que l’espèce humaine accède au rang de demi-dieu. Constituée de milliards d’individus qui sont autant de formidables machines à penser, imaginer, anticiper, façonner avec leur esprit, l’espèce humaine s’est ainsi dotée de moyens de production et de diffusion si puissants, qu’elle peut désormais s’enorgueillir d’inventions aussi originales que l’achat en un clic, la livraison en 24 heures, voire en 30 minutes pour un plat chaud. La diffusion des ondes radio, la profusion de biens de consommation, et même l’accès instantané à toutes sortes d’information via Internet, tend à nous faire croire que nous avons atteint le règne de la quasi-instantanéité. L’ère du tout – tout de suite est enfin arrivée.

Pourtant, rien ne saurait aussi dangereux que de croire en de telles fadaises. Le tout – tout de suite relève de l’enfantillage et de l’excès de confort, plus que de l’intelligence et de la sagesse. Cette profusion de biens, cette diffusion quasi instantanée de l’information, n’est en réalité que le fruit d’efforts soutenus de longues années durant, pour emmagasiner les connaissances, élaborer les savoirs, qui les ont permis. La logistique, les ondes radio, internet, tout cela n’est pas apparu en en claquement de doigts. Il aura fallu des décennies d’efforts souvent infructueux pour y parvenir, d’essais plus ou moins ratés pour se rapprocher un peu pus, à chaque fois, de la solution désirée.

Pour atteindre le niveau de civilisation auquel nous prétendons aujourd’hui, il aura fallu que l’humanité s’arme d’une qualité aujourd’hui négligée : la patience. C’est pourtant la plus belle des vertus. C’est celle qui laisse à l’homme le temps de réfléchir, de s’accoutumer, de progresser, de penser et d’imaginer, pour atteindre les prochaines étapes qui pavent son chemin. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage« , rappelle La Fontaine.

L’humanité a pourtant eu, ces derniers temps, deux très beaux sujets de réflexion sur la nécessaire patience dont doit faire preuve l’humanité. Le premier est lié à l’environnement. Les changements météorologiques, à l’échelle locale, donnent parfois une impression de chaos, comme ces derniers jours en région parisienne : Avril vient de commencer, et nous passons d’une phase presque estivale à une phase quasi hivernale. C’est pourtant le trait principal des climats tempérés : ils ne sont tempérés qu’en moyenne, et nous rappelle que la météo passe souvent par de nombreux excès. Pour apprécier un climat, ou l’évolution du climat, on ne doit pas juger sur quelques heures ou sur quelques jours, mais sur un temps long, plusieurs mois ou plusieurs années. Autant dire qu’il faut s’armer de patience avant de tirer des conclusions sur le climat.

Le second sujet, c’est celui de la crise sanitaire. On a pu constater, depuis un an, qu’on ne pouvait apprécier les conséquence de chaque décision, confinement, couvre-feu, semi-confinement ou réouverture des bars et restaurants, qu’au terme de quelques jours, environ deux semaines, du fat du mode de propagation sournois du virus. Autrement dit, il faut faire preuve de patience avant de juger de l’efficacité de telle ou telle mesure. Ce dont sont bien incapables certains de mes compatriotes, plus enclins à juger sur le très court terme, que de laisser le temps au temps, comme disait un ancien président.

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