Dans la combi de Thomas Pesquet

Dixième spationaute français, Thomas Pesquet a passé près de 200 jours dans l’espace, de novembre 2016 à juin 2017. Si vous avez habité en France à cette époque, vous vous en êtes sûrement aperçus. Il faut dire qu’on en a mangé du Thomas Pesquet: à la radio à la télé, sur les réseaux sociaux. C’est qu’entre Jean-Loup Chrétien et Thomas Pesquet, trente cinq ans se sont écoulés, et la médiatisation que permet le digital fait désormais partie du quotidien des passagers de l’ISS…

De l’aventure de Thomas Pesquet sont également sortis plusieurs produits dérivés, dont un film – Dans la peau de Thomas Pesquet – et une bande dessinée de vulgarisation scientifique, écrite et illustrée par Marion Montaigne: Dans la combi de Thomas Pesquet. BD dense, de plus de 200 pages, elle retrace le parcours du spationaute depuis sa participation au processus de sélection, courant 2008, jusqu’à son retour sur Terre. C’est une bande dessinée extrêmement intéressante, avec quelques passages croustillants, et qui lève largement le voile sur la vie réelle d’un spationaute: une histoire de gestion des flux intimes en état d’apesanteur, qui, très sincèrement, ne donne pas vraiment envie de partager son quotidien.

Car si les médias nous abreuvent de jolies images où les héros posent dans une belle combinaison avec le globe terrestre en toile de fond, ou en scaphandre resplendissant accrochés à une perche ou à un filin de sécurité, la réalité est toute différente. Et même si certains films come l’Étoffe des héros ou First Man laissent envisager une partie de la réalité, rien ne vaut un exposé en détail du quotidien des candidats au voyage dans l’espace.

On y apprend donc que la phase de sélection permet de ramener le petit millier de candidats à une petite équipe de taille humaine, par le biais de tests psychométriques faits à la fois pour mesurer la volonté et la force de caractère, que pour éliminer les egos trop surdimensionnés. On y découvre qu’une fois qu’on a été élu, l’entraînement se déroule sur plusieurs continents, de manière à se former à l’ensemble des matériels et technologies utilisées à bord de l’ISS, projet international s’il en est. Que la vie de famille, pour de tels candidats, est réduite au néant. Que le voyage depuis la mise à feu de la fusée jusqu’à l’arrivée dans la station dure 48 heures, soit deux jours dans un scaphandre, sans bouger, serré avec ses acolytes: on comprend pourquoi une petite purge intestinale s’impose la veille du départ.

On y apprend que tout objet de la station est référencé, et que la moindre poussière qui y est produite – celle émise lorsqu’on se lime les ongles par exemple – peut un jour devenir un problème. On y entrevoit le défi logistique que représente l’approvisionnement en vêtements et nourriture. On y découvre le rituel des EVA – les sorties dans l’espace. On y prend surtout la mesure du défi quotidien que représente la présence d’êtres humains dans l’espace, un milieu naturellement hostile au vivant, où entre radiations, perte de poids, et autres joyeusetés, l’organisme humain ne cesse d’être mis à rude épreuve.

On sort de ce livre en se demandant, surtout, si à l’heure de l’intelligence artificielle, de la robotisation et de la miniaturisation, il est encore bien nécessaire d’envoyer nos congénères dans l’espace, au-delà des risques que cela représente et des coûts engagés. Tel que décrit par cette bande dessinées, le voyage vers Mars apparaît bien comme une sombre illusion.

L’heure de la grande migration vers l’Espace n’a pas encore sonné…

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