Blague Friday

Mes lecteurs réguliers savent combien je trouve consternant ce concept de Black Friday. C’est même devenu un marronnier. Mais le crû 2020 de ce jour dédié à la consommation de masse prend une dimension symbolique particulière, alors que le pays est confiné. Ne pouvant se précipiter dans les nombreux magasins qui auraient pu participer à l’opération, les consommateurs ne risquent-ils pas de se précipiter cette fois-ci et encore plus que d’habitude sur leurs claviers pour commander en ligne, contribuant un peu plus à asseoir l’hégémonie d’Amazon et la fortune de son fondateur Jeff Bezos.

Heureusement, un preu chevalier des temps modernes s’est vaillamment dressé contre le Black Friday 2020. Je veux parler de notre ministre de l’économie, Bruno Lemaire, dont les propos resteront dans l’histoire de ce pays : « est-ce que vraiment, vendredi prochain, c’est la bonne date pour organiser un Black Friday » ?

La réponse du ministre est négative, prétextant un appel au sens des responsabilités de la grande distribution et du commerce digital. Laissant croire par de tels propos que seuls ces acteurs économiques bénéficiaient du Black Friday.

C’est oublier que grande distribution et acteurs du commerce digital ne sont que des intermédiaires, et que la croissance de leur chiffre d’affaires se répercute, aussi, sur le chiffre d’affaires des milliers d’entreprises qui vendent leurs produits par l’intermédiaire des acteurs vilipendés. Quand j’achète un livre, un pull-over, un appareil électro-ménager ou un jouet en ligne ou dans un hypermarché, je permets à l’entreprise qui a produit le bien que je viens d’acquérir de réaliser une vente. Et par les temps qui courent, je crois que de nombreuses entreprises seraient ravies de pouvoir vendre quelques produits supplémentaires et réduire leurs stocks.

En souhaitant l’annulation du Black Friday 2020, Bruno Lemaire risque de punir non seulement la grande distribution et les acteurs de l’e-commerce, mais toute la chaîne qui permet de les alimenter, qui ne comprend pas que des entreprises françaises, certes, mais qui en comprend quand même.

Sans oublier nos millions de concitoyens, au pouvoir d’achat ébranlé par trois mois de confinement cette année, au moral dans les chaussettes, qui auraient pu prendre une petite piqûre de dopamine à moindre coût via quelques achats à prix cassé.

Bref, vous l’avez compris, cette année, je suis pour le Black Friday.

Quitte à vivre une année noire, autant la vivre jusqu’au bout.

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