Vague de froid

À force d’entendre parler de réchauffement climatique, on avait fini par oublier que l’hiver, il fait froid. Et que parfois même, il fait rudement froid. Pas besoin de voir Paris et sa région se revêtir d’un blanc manteau de neige immaculée comme il y a deux semaines pour s’en rendre compte. Les températures négatives (sibériennes, selon la radio, qui voit des complots partout) qui sévissent un peu partout sur l’hexagone et notablement plus au Nord (toujours les mêmes qui trinquent) sont là pour nous le rappeler. Et c’est en rentrant chez moi me pelotonner bien au chaud que je suis tombé sur une série de tweets sur Aurore Bergé.

Que reproche-t-on à cette dame? D’avoir participé à une émission de télévision, présentée par l’indéfectible Thierry Ardisson, dans une tenue qui ferait tourner la tête à bien des représentants de la gent masculine, et qui aura au moins fait un heureux, ce soir là: le vénérable Michel Serres, qui nous montre qu’à 87 ans, on n’en reste pas moins homme.

Si Aurore Bergé a envie de se présenter face à des centaines de milliers de téléspectateurs, c’est son droit, après tout. Elle est jeune, jolie, aguichante pourrait-on même dire, si l’on en croit le regard de Michel Serres. Et si la scène s’était déroulée en été, la nuisette de la député n’aurait finalement pas fait grand bruit.

Mais nous sommes en hiver, il fait -4 ou -5°C dehors, et on se prend de pitié pour elle. N’a-t-elle donc pas conscience des risques qu’elle prend? Nous sommes en février, le pic de l’épidémie de grippe est déjà passé, mais en nuisette par -4 ou -5°C, ce n’est pas la grippe que l’on risque, c’est la bronchite, l’embolie pulmonaire, la pneumonie comme celle qui emporta Baudoin de Belgique, voire la cryogénisation. À son âge, et alors qu’elle n’est député que depuis quelques mois, ce serait quand même bête.

À moins, à moins que ses émoluments de député ne soient pas à la hauteur. Que les quelques milliers d’euros dévolus mensuellement à nos représentants ne lui suffisent pas à s’acheter un manteau, et qu’elle soit obligée de recycler ses robes d’été même par grand froid, en plein coeur de l’hiver.

À moins, à moins qu’elle soit d’ascendance sibérienne par sa mère (c’est moins probable par son père, originaire d’Alger selon Wikipedia). Qu’elle supporte extraordinairement bien la froidure, et que les bains de glaçons soient choses courantes dans son foyer. Qu’elle habite un igloo en plein Paris et qu’elle souffre de ce dérangement de ses glandes sudatoires provoqué par l’oesophage central.

À moins, à moins que ce ne soit Ardisson et sa bande de présentateurs lubriques, qui lui aient demandé de s’accoutrer de la sorte, quelques mois à peine après que la tempête #balancetonporc n’ait balayé la France. Que ce soit ainsi une manière de rabaisser cette digne représentante de la gente féminine à la condition de top model d’occasion. Ce ne serait probablement pas la première fois.

À moins, à moins, mais là j’en frémis, que ce ne soit prévu d’avance. Qu’Aurore Bergé, en arrivant déguisée ainsi sur un plateau de télévision, n’ait oublié son statut d’élue de la République de manière volontaire. Qu’elle fasse passer la forme avant le fond. Et que pour palier l’inanité de ses propos, elle ne cherche à les habiller de la sorte. Que ce serait triste.

Non, à mon avis, c’est tout simple: Aurore Bergé n’a pas froid aux yeux. Et pas qu’aux yeux.

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