Tsipi Livni a la tete de Kadima, est-ce vraiment une bonne nouvelle?

Retenez bien son visage, il se pourrait que cette femme dirige l’Etat d’Israel dans les prochains mois. Tout comme ségolène Royal, et contrairement à Hillary Clinton, Tzipi Livni a remporté les primaires de son parti.

L’accession cette nuit de Tzipi Livni, actuelle ministre des affaire étrangères, à la tête de Kadima, le parti créé par Ariel Sharon, était attendue par certains, espérée par d’autres. Cette courte victorie aux primaires de Kadima lui permet désormais d’être la candidate de ce parti lors de prochaines élections, et d’aller se confronter au Parti Travailliste et au Likoud, son ancien parti, pour remporter ces élections. ET peut-être succéder à Ehud Olmert.

Pas sur, cependant, qu’elle saurait, dans ce cas, concrétiser tous les espoirs qu’elle porte sur elle. Pour ma part, je vois trois raisons pour lesquelles il n’y a malheureusement rien à attendre, à court terme, d’un succès de Tzipi Livni.

  1. Agée de 50 ans, Tzipi Livni est plutot jeune sur la scène politique israelienne. Elle a certes participé à plusieurs gouvernements depuis 2001, mais n’a atteint l’envergure actuelle – celle d’un candidat au poste de premier ministre – que depuis deux ans. Or comme toute personnalité politique, elle va vouloir s’installer dans la durée. Et pour cela, elle ne pourra pas réellement engager de changements majeurs, et prendre le risque de se griller dès les premiers mois d’un premier mandat. Bref, elle jouera petit bras pendant une période d’une durée indéterminée. Et les initiatives de paix seront gelées pendant ce même laps de temps.
  2. D’un point de vue politique intérieure, sa victoire sur Shaul Mofaz est très courte – 400 et quelques voix ai-je entendu ce matin. Autant dire que son adversaire ne la lâchera pas. Et qu’à une situation complexe à l’extérieur, viendra s’adjoindre une rivalité peu commune au sein même de Kadima, parti construit sur la gloire de son fondateur. On se souvient de ce que les luttes au sein d’un même parti ont pu provoquer tant au Likoud que chez les travaillistes: rien de bon pour la société israelienne. L’absence d’un leader explicite chez Kadima produira, c’est à craindre, les mêmes effets.
  3. Enfin, les avancées les plus cruciales pour l’avenir d’Israel ont été réalsiées par des personnalités politiques majeures, à la fin de leur carrière, à un moment clé où l’acuité politique s’ajoute à une absence de risque politique d’un point de vue personnel: tant Begin que Rabin ou Sharon, ont conclu les accords les plus déterminants sur la fin de leur vie. A cet égard, la cinquantenaire Tzipi Livni ne risque pas de faire concurrence à ses glorieux prédécesseurs. Tout au plus pourra-t-elle s’inscrire dans une pseudo lignée avec Golda Meir, dont l’aveuglement au début des années 70 et l’absence de réelle vision politique à long terme sur le problème palestinien, a contribué à cette situation qui pourrit chaque jour un peu plus.

Bref, toute la presse va se réjouir de la victoire de Tzipi Livni. A y réfléchir de plus près, je ne pense pas qu’il y ait lieu de manifester une telle joie.

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