Présomption de culpabilité

J’ai toujours détesté les pluriels. Ils englobent, dans des généralités souvent banales, les innombrables particularismes et différences qui font toute la saveur de la vie. Ils réduisent la multitude de nuances à quelques cas individuels, résultant le plus souvent à des propos à teneur identitaire.

Faites le test vous-même. Commencez une phrase par l’article défini « les », et vous verrez ce que cela donne. Les juifs, les arabes, les noirs, les blancs, les profs, les syndicalistes, les patrons, les syndicats, etc… En utilisant la forme pluriel, vous aboutissez la plupart du temps à une radicalisation des points de vue, vous effacez le bien au bénéfice du mal, vous catégorisez sans comprendre, et faites preuve, au final, de malhonnêteté intellectuelle.

L’article de l’Obs dans lequel l’actrice et chanteuse Camelia Jordana s’en prend au genre masculin dans son ensemble relève de la même approche. Lorsqu’elle affirme que « …si elle était un homme, elle demanderait pardon… », cela ne signifie rien d’autre que « tous les hommes sont coupables ». C’est évidemment à la fois stupide et choquant.

Bien évidemment, et je ne le nie pas, il y a eu des hommes coupables de crimes, et d’un tas de genres de crimes, du plus banal au plus odieux. L’actualité récente a mis l’accent sur les bassesses liées au harcèlement de jeunes femmes dans un cadre professionnel, ou différents cas d’incestes. La révélation d’une multitude de cas un peu partout dans le monde, souvent tus par leurs victimes pendant de longues années, a de quoi révulser. Il ne s’agit pas ici de défendre les individus pervers ou malades qui se sont comportés de la sorte.

Mais cela veut-il dire que tout homme est un criminel en puissance ? Je ne le crois pas. Camelia Jordana, dont j’avais apprécié le jeu d’actrice dans Le Brio, joue ici un jeu dangereux, en usant d’artifices rhétoriques pour mener une accusation dont elle sait très bien la dose de sectarisme qu’elle comporte.

Les pluriels sont dangereux.

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