Municipales: Banlieue naufragée

Ce très court livre, publié au sein de la collection Tracts de Gallimard, est un cri de colère. Celui d’un auteur de polars connu, qui a vécu toute sa vie à Aubervilliers, et qui quitte sa ville écoeuré, et en colère, contre l’évolution de certaines villes de banlieue, anciens bastions du Parti communiste, devenus les bastions d’un clientélisme abject. Sans citer aucun nom – mais il suffit d’un peu de culture politique ou d’un accès à Internet pour s’y retrouver – Didier Daeninckx raconte la rapide dérive, en quelques années à peine, qui a permis à des malfrats de prendre le pouvoir, jouant sur l’ambiguïté du discours indigéniste pour couvrir les comportements de ces individus.

Au fil de ces 48 pages, on a du mal à se dire que cela se déroule au 21ème siècle, en France, à deux pas du périphérique. Mais Didier Deaninckx n’est pas avare de détails, loin de là. Et de sa plume incisive, il trace un portrait stupéfiant et inquiétant de ce que devient l’ancienne banlieue rouge, un territoire où quelques personnes habiles ont su profiter des taux d’abstention anormalement élevés pour prendre le pouvoir et en tirer profit un profit personnel.

Moins chirurgical que Les territoires perdus de la République, mais beaucoup plus acrimonieux, Municipales: Banlieue naufragée est un ivre qui doit amener l’état et les collectivités locales à réfléchir, et de manière urgente, sur les moyens qui permettront de lutter contre de telles dérives. Sans cela, on risque de se réveiller, un jour, dans un pays qui n’aura de démocratique que son passé.

Effrayant.

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