Les moteurs spécialisés sont-ils l’avenir de la recherche en ligne?

Quand j’entends parler d’une société ou d’un projet comme étant le futur Google, je souris intérieurement. Car ceux qui pensent qu’il sera facile de détrôner la suprématie de Google dans le domaine des moteurs de recherche se font, à mon humble avis, des illusions. Certes, Google n’est pas en situation dominante partout sur la planète: en Chine, c’est Baidu qui mène la danse, et même aux Etats-Unis, Google ne possède que 65% de part de marché. Mais là où il domine, il sera dur très dur, voire impossible de détrôner Google. Exalead est parti s’enterrer chez Google, Qwant fait rire tout le monde. Et ne parlons pas de Quaero

Le seul moyen de révolutionner la recherche en ligne, à mon sens, consiste désormais à se focaliser sur des secteurs spécifiques, et d’améliorer la qualité du rendu des requêtes. Chercher un acte juridique, un texte de loi, un document scientifique, peut s’avérer particulièrement délicat lorsque la volumétrie des résultats est importante. C’est pourquoi j’accorde une attention particulière à ces nouveaux moteurs de recherches, des moteurs spécialisés, que l’on voit éclore ça et là. Pour illustrer mon propos, je vous propose de découvrir trois d’entre eux: Doctrine.fr, scanR et Nouma.

Doctrine.fr est né il y a quelques mois, sur une intuition de deux ingénieurs, dont l’un est passé par le Master innovation technologique & entrepreneuriat de l’Ecole Polytechnique. Il se définit (humblement) comme le Google du droit. A défaut de posséder la notoriété de son illustre modèle, il faut bien reconnaître que Doctrine dispose d’un énorme potentiel de disruption, tant l’univers des textes de loi semble hermétique au commun des mortels, et tant semblent vétuste les outils qui permettaient jusqu’ici de les exploiter.

Doctrine.frDoctrine.fr se présente comme un moteur de recherche au look très simple (le standard google). Mais une fois que le résultat d’une recherche s’affiche (en un rien de temps), il faut avouer que Google prend un coup de vieux. Sur la partie gauche de l’écran, apparaissent des filtres pertinents pour la requête en cours, tandis que le résultat de la recherche évolue au fur et à mesure que l’on saisit le texte.

Doctrine.fr et football
Doctrine.fr en est encore à ses prémisses, mais je suis certain qu’Antoine Dusséaux et Nicolas Bustamante vont faire un tabac dans cet univers du droit en ligne.

scanR se présente sous une forme moins rudimentaire. Il faut dire qu’on parle ici non pas du projet de deux étudiants, mais d’un projet très innovant mené par … le Ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur. Le projet de scanR, c’est de proposer une cartographie des laboratoires publics et des entreprises en France » en matière de R&D. Ce moteur a été développé par les équipes du ministère, en collaboration étroite avec C-radar, et combine des données issues uniquement de sources ouvertes et des informations extraites des sites web des entités indexées, soit près de 15000 sources différentes, aussi bien dans le public que dans le privé.

scanR
Des filtres sont proposés sous la barre de recherche, pour mieux structurer la liste de résultats: par type d’entité, par tutelle, par thématique, par géographie ou par projet. scanR n’est en ligne que depuis quelques heures, et progressera probablement dans les prochains jours, en intégrant de nouvelles sources. je suis certain qu’il s’agit là encore d’un projet à suivre dans ce domaine.

scanR Laurent Cohen

Nouma, enfin, repose sur les mêmes principes que ceux évoqués précédemment: interface très simple et très intuitive, recherche extrêmement rapide et bien structurée, indexation d’un corpus de données extrêmement homogène et spécifique. A cela, Nouma ajoute une dernière dimension: il fait gagner du temps, en intégrant des sources diverses ce qui évite à ses utilisateurs d’aller s’inscrire sur plusieurs bases de données différentes. Car Nouma propose un service qui intéressera de nombreuses entreprises: c’est un moteur de recherche … d’appels d’offres et de marchés publics.

Nouma
Nouma, comme Doctrine.fr, est capable d’analyser la sémantique des données qu’il indexe (ce qui les différencie de scanR dans une certaine mesure, me semble-t-il), pour permettre à ses utilisateurs d’accéder aux données référencées de manière simplifiée. Ceux qui ont déjà eu à répondre à une procédure de marché public savent de quoi je parle: c’est toujours un calvaire de s’y retrouver entre les différents éléments constitutifs du dossier.

Nouma web
Nouma ne permet pas encore de répondre directement depuis son interface, et l’on doit passer par le site émetteur, pour l’instant, pour poster sa réponse dans les délais.

Bien que d’apparence très distincts, scanR, Nouma et Doctrine relèvent pour moi de la même philosophie: l’avenir de la recherche en ligne se trouve très probablement du côté de ces moteurs spécialisés, et non du côté de la recherche généraliste, qui restera longtemps encore le pré carré de Google. Encore faut-il être capable de développer de tels moteurs avec des performances et des interfaces au-dessus du lot; Les trois exemples cités précédemment ont, me semble-t-il, correctement rempli leur mission.

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