Le dilemme du prisonnier : Von Neumann, la théorie des jeux et la bombe

Voici un livre dense, très dense (peut-être trop), qui papillonne d’un sujet à l’autre. Il démarre comme une biographie, se poursuit par un exposé pas toujours très simple sur la théorie des jeux, et part dans des digressions sans fin sur la bombe atomique, la guerre froide et la menace nucléaire. Seul dénominateur commun: John Von Neumann.

Il faut dire que le savant d’origine hongroise un sacré personnage, dont je ne connaissais pas l’histoire. De lui, je n’avais entendu parler qu’à de rares occasions, quand à Telecom Paris nous étudiâmes l’architecture des ordinateurs, ou chaque fois que je lisais un article sur la théorie des jeux. Ne voyant pas le rapport entre les deux domaines, je me suis même demandé parfois s’il s’agissait du même personnage. Je croyais qu’il s’agissait d’un savant allemand passé à l’ouest après la guerre. Quelle erreur !

John von Neumann est né juif hongrois, dans une famille aisée qui fuira la Hongrie entre les deux guerres, après les expériences politiques mouvementées qui ont suivi le premier conflit mondial. Le titre de noblesse a été acquis par le père du mathématicien, à une époque où la Hongrie vendait des titres pour renflouer ses caisses, selon l’auteur. Personnage truculent, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, probablement très doué: l’auteur ne tarit pas d’éloges sur son héros. J’ai passé un long moment à me demander à quel type d’individu il correspondrait aujourd’hui. Probablement un entrepreneur, mais une figure emblématique de la Silicon Valley.

Élève brillant, Von Neumann entame une carrière dans la recherche fondamentale, à Princeton. Il s’intéresse principalement aux mathématiques, mais n’hésite pas à faire quelques incursions vers la physique théorique. Son coup d’éclat le plus connu, c’est la théorie des jeux, qui permet de donner un cadre scientifique au situations où deux adversaires s’opposent et cherchent à maximiser leurs gains. À mi-chemin entre mathématiques et économie, son papier le plus célèbre ouvre un champ de recherche pas toujours simple à comprendre.

Mais Von Neumann ne s’arrête pas en si bon chemin. Il participe à l’effort de guerre, au sein du projet Manhattan. Il contribue aux calculs qui permettent de mettre au point la bombe A, participe à l’élaboration de la bombe H, bref, il joue un rôle clef au sein de l’équipe scientifique qui permet au États-Unis maîtriser l’arme nucléaire. Il servirait même de modèle au Docteur Folamour de Kubrick…

Bien qu’écrit il y a déjà presque vingt ans, Le dilemme du prisonnier : Von Neumann, la théorie des jeux et la bombe est un livre qui se laisse lire. William Poundstone consacre des chapitres entiers aux différentes stratégies que peuvent suivre deux joueurs, dans différentes situations. Les exemples abondent, même si les explications ne sont pas toujours très claires. Par contre, il passe rapidement sur tout ce qui touche à l’informatique, à l’architecture des ordinateurs ou aux automates.

Sur le travail de recherche en maths qui occupe les journées de Von Neumann, ainsi que sa participation au programme nucléaire, le livre abonde d’anecdotes, qui le font parfois plus ressembler à un article de Vanity Fair qu’à un livre de vulgarisation scientifique. Qu’il s’agisse des échanges épistolaires entre les époux Von Neumann, ou des petites piques que s’envoient les différents protagonistes du projet chaque fois qu’ils ne sont pas d’accord, le lecteur intéressé trouvera mille et une occasion de s’étonner. C’est parfois amusant, mais au final assez souvent agaçant.

Bref, si vous ne saviez pas qui est Von Neumann, ou si vous voulez savoir à quoi ressemblait le monde avant les accords sur la non-prolifération nucléaire, voici un livre avec lequel vous passerez d’agréables moments, et réaliserez qu’en matière de dissuasion, il n’y a rien de neuf sous le soleil…

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