La création de l’École Maïmonide

En 1935 s’est déroulé, en France, un événement majeur probablement peu connu de nombreux membres de la plupart des juifs de France : la création de l’École Maïmonide. En effet, s’il existait auparavant des écoles dont la mission était de former de futurs rabbins, cadres religieux de la communauté, il n’existait pas, jusque là, d’école mixant un enseignement « laïque », et un enseignement religieux, autour des textes sacrés de la tradition juive.

Tradition et modernité

Pourquoi un tel mix n’existait pas ? Parce que jusque là, durant le siècle et demi qui venait de s’écouler, la communauté juive française dans son ensemble aspirait à une intégration plus qu’à un recentrage sur ses valeurs identitaires. Le juif qui sortait du ghetto voulait entrer, en quelque sorte, dans la cité. Et il y est bel et bien rentré. Ce mouvement, initié principalement en Europe il faut bien le reconnaître, avait eu ses ardents défenseurs, de Mendelsohn et jusqu’à Herzl, partisan d’une assimilation dans un premier temps, jusqu’à ce l’affaire Dreyfus vienne l’orienter vers d’autres chemins.

Mais au sortir du premier tiers du vingtième siècle, le schéma d’intégration marche si bien, qu’aux yeux de certains visionnaires comme Marcus Cohn, premier directeur de la future École, il est urgent de proposer une alternative. Une éducation visant à une intégration, certes, mais sans tout rejeter en bloc. Et cela passe, bien évidemment, par l’éducation.

C’est ainsi que naît, en 1935, l’École Maïmonide, du nom de ce médecin et talmudiste juif séfarade, qui vécut en plein coeur du Moyen-Âge, entre l’Espagne et l’Afrique du Nord, et à qui l’on doit tant d’ouvrages éclairants sur la pratique et la foi. Installée au centre de Paris (dans ce qui deviendra les futurs locaux de l’école Yavné), elle déménage rapidement dans ce qui est son emplacement jusqu’à présent, au 11 rue des Abondances, sur un terrain qui la famille Rothschild avait cédé à la ville de Boulogne Billancourt. Je me souviens encore de ces locaux, déjà amputés du parc qui menait jusqu’à la Seine, mais dont on pouvait apprécier l’imposante bâtisse du début du siècle, qui hébergeait l’internat, internat qui disparut lors de la reconstruction de l’école en 1980.

Une figure du judaïsme français du XXème siècle

Ancien élève de l’école devenu journaliste et écrivain, Joseph Voignac s’est lancé dans l’élaboration d’une histoire de l’École Maïmonide de la fondation à nos jours. Il livre, en exclusivité, dans une étude publiée récemment par le Crif, les premières pages de son ouvrage. Pour un ancien de l’école, qu’il s’agisse d’un ancien élève ou d’un ancien prof, c’est passionnant. Cela l’est aussi pour toute personne s’intéressant à l’histoire de la communauté juive de France.

On y découvre ce personnage mythique, Marcus Cohn, ancien officier devenu enseignant puis directeur d’école, qui passera la guerre dans un stalag comme prisonnier de guerre, pour revenir prendre la direction de l’école dès la fin de ces temps troublés, et entamer la renaissance de cet établissement hors pair.

Mon père m’a souvent raconté que Marcus Cohn avait organisé, en captivité, les offices des fêtes de Tichri, récitant par coeur les textes de la prière de ces jours précieux.

Plus tard, il publiera un dictionnaire Français-Hébreu chez Larousse, dictionnaire que j’ai longtemps utilisé.

Le lecteur de cette courte mais intense revue croisera, entre autres, quelques personnages connus comme le professeur Ady Steg, ou le brillant avocat Théo Klein. D’autres figures y apparaîtront avec le temps, celles et ceux que cela intéresse pourront les y retrouver dès la sortie de l’ouvrage prévue dans les prochains mois.

Ce numéro de la revue du Crif, consacré aux premières heures de l’École Maïmonide, est en libre téléchargement sur le site du Crif.

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