Her (ce n’est pas la bonne)

Qu’est-il donc arrivé à Spike Jonze? Autant Being John Malkovich m’avait agréablement surpris il y a quelques années, autant Her m’a profondément déçu. Pourtant, le principe même du film – un être humain qui tombe amoureux d’un programme, what else? – semblait aussi déjanté que celui de son prédécesseur. Mais après un peu plus de deux heures de parlote quasi ininterrompue, je suis sorti de ce film passablement perplexe: qu’est ce qui a bien pu foirer?

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La réponse est probablement dans le principe cité précédemment: un humain tombe amoureux d’un programme. Les histories d’amour entre êtres humains normalement constituées sont déjà passablement ennuyeuses, que pouvait-on attendre de deux heures de drague entre Theodore, moustachu trentenaire en mal d’amour, et son simili-iPod rouge? Deux heures de verbiage, qui tournent principalement autour de l’absence de corps de Samantha, qui se définit elle-même comme un « OS » (operating system).

Passons déjà sur les invraisemblances et les à-peu-près, toujours énervants dans ce type de projet. Depuis que la reconnaissance vocale existe, je n’ai pas réussi une seule fois à me faire comprendre du premier coup par aucun de ces programmes, ni par Siri, ni par Dragon Naturally Speking. Et vous voulez me faire croire qu’un type serait capable de discuter pendant deux heures avec ce type d’application sans que celui-ci – pardon, celle-ci – ne le reprenne, d’un: je n’ai pas compris ce que vous venez de dire, veuillez répéter. Sans parler de cette scène où Siri discute avec Theodore et ses amis au cours d’un pique-nique: sérieusement, vous avez déjà réussi à utiliser convenablement le haut-parleur de votre téléphone pour discuter avec quelqu’un en environnement extérieur?…

Deuxième invraisemblance, en deux heures, je n’ai pas vu une seule fois Samantha raccordée à un réseau électrique. Je sais, on est en 2025, les progrès technologiques ont résolu ce genre de détail. Oui mais on ne me la fait pas à moi: depuis plus de dix années que j’utilise des smartphones, l’autonomie de ce genre de bête n’a cessé de diminuer. Alors imaginez un peu cette Samantha, qui en plus discute avec 8192 autres instances et en drague plus de 600 en tâche de fond, où va-t-elle donc puiser cette énergie?

Troisième invraisemblance, plusieurs scènes se déroulent dans le bureau de Théodore, écrivain public – il rédige des lettres pour des particuliers qui ne veulent pas prendre le temps de les écrire. Passons sur ce métier fabuleux, qui semble lui permettre de bien gagner sa vie. Passons sur la dimension reconnaissance vocale, déjà évoquée. Un détail m’a fait bondir: l’ordre et la propreté de son bureau. Oui, je le clame haut et fort, j’ai travaillé dans plusieurs startups ainsi qu’un grand groupe, j’ai parcouru des dizaines de bureaux de professionnels de l’informatique, du contenu ou de la gestion de l’intelligence, et je n’ai rencontré qu’un seul bureau propre: c’était celui de Christophe Foucart, un type extraordinaire qui rangeait son bureau à la perfection tous les soirs de sorte que son bureau soit … vide (il n’y restait qu’un poste de téléphone). Les milliers d’autres ont toujours été couverts de papiers, de stylos, de gadgets, de verres, de résidus de nourriture, et d’autres choses que les bonnes moeurs m’interdisent de relater ici.

Car en fait, c’est bien cela qui manque à Her: un semblant de réalisme. Le film a beau être une fiction, il aurait pu nous faire découvrir d’autres côtés que la relation un peu gnan-gnan de Samantha avec Théodore: horreur je n’ai pas de seins, mon dieu, je n’ai pas de fesses! comment pourra-t-il m’aimer? On aurait apprécié découvrir les remarques fulgurantes d’un tel prodige de l’informatique, dans son analyse de l’inversion de la courbe du chômage, du conflit israélo-palestinien ou du trou dans la couche d’ozone.

Mais non, tout ce que Samantha, chef d’oeuvre de la création humaine, prodigieux programme capable de simuler un être humain, arrive à faire au terme de ces cent vingt minutes, c’est envoyer une escort girl, équipée d’une oreillette et d’une micro caméra, s’envoyer en l’air avec ce minable de Théodore.

Avouez que c’est un peu faible?

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