Existe-t-il une infinité de mélodies?

Existe-t-il une infinité de mélodies? Question a priori stupide, tant il paraît évident que l’univers musical est infini. Mais au vu du nombre de reprises, d’adaptations et de plagiats, on se demande si finalement l’espèce humaine n’est pas condamnée à nous resservir une vague resucée de mélodies déjà anciennes.

walzer partition


D’un point de vue mathématique, la réponse à la question posée paraît évidente: oui, il doit y avoir une infinité de mélodies possibles. De la même manière qu’il existe une infinité de suites de nombres entiers, on devrait pouvoir créer une infinité de mélodies: il suffit, par exemple, d’attribuer une valeur numérique à chaque note de la gamme – en prenant une amplitude assez large, disons 6 ou 7 octaves, et en comptant les notes altérées, soit environ 72 sons – et de générer des suites aléatoires de longueurs progressives, et on disposera ainsi d’une infinité dénombrable de mélodies. Rajoutons éventuellement une durée pour donner du rythme à notre création, on reste dans un univers infini et dénombrable.

Sauf que ce raisonnement ne fonctionne absolument pas dès qu’on le transpose dans la réalité. Une suite aléatoire de notes ne forme pas une mélodie. Il y a un vaste fossé entre une suite de notes et une musique acceptable pour des oreilles humaines, en faisant abstraction des goûts et des coutumes locales (les mélodies indiennes, japonaises ou arabes utilisent des gammes plus restreintes que celles que nous utilisons en Europe). Du coup, la question mériterait d’être reformulée: qu’est ce qui fait qu’une suite de notes forme une mélodie acceptable? Et combien de telles suites de notes peut-on produire?

Je n’ai absolument aucune réponse à cette question. Mais je constate, année après année, que les adaptations de chansons et d’airs connus se font de plus en plus fréquentes. Prenez par exemple Les Enfoirés: les chansons à leur répertoire sont pour la plupart des reprises de succès plus anciens. Comme si, au-delà de leur hymne bien connu, ils étaient incapables de produire des contenus originaux. Bien sûr, il y a quelques inédits (merci Goldman), mais dans l’ensemble, leur fond de commerce, c’est la reprise: bien entendu, c’est le meilleur moyen de toucher la corde sensible d’un public déjà acquis.

Et les Enfoirés ne sont pas les seuls à piocher dans un répertoire existant. Serge Gainsbourg en est également un parfait exemple. Plus que des reprises, chez lui, ce sont de véritables hold-ups musicaux, multiples et célèbres: Baby alone in Babylone (une symphonie de Brahms), Initials B.B. (la symphonie du nouveau monde de Dvorak), Lemon Incest (une étude de Chopin), etc… il y a même tout un paragraphe de sa bio Wikipedia consacré à ses « emprunts ». Phil Collins s’est largement inspiré d’un Rondo Clementi pour A Groovy kind of love. Sans oublier les Aphrodite’s Child…

Le rap, la techno, font quant à eux des emprunts réguliers à des mélodies issues d’autres époques. C’est d’ailleurs le principe même, semble-t-il, de ce genre de musique. Sampler, resampler, ce n’est, au final, que la reproduction d’un thème déjà entendu sur d’autres antennes.

Et pourtant, on reste stupéfait par le charme de mélodies nouvelles, conçues par des compositeurs hors pair. C’est tout l’art d’un Lennon, d’un Goldman ou d’un Elton John, qui ont su, à de nombreuses reprises durant leur long carrière, innover, sortir des sentiers battus, et produire des mélodies aussi enivrantes qu’énervantes, à force d’être répétées sur les chaînes de radio.

Pour moi, le génie musical se manifeste dans cette inventivité sans cesse renouvelée, lorsqu’elle confine, parfois, à la grâce, comme dans ce morceau de Hozier… qui m’en rappelle un autre, mais lequel déjà?

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