Macron, rémission !

Le président français n’est pas le premier dirigeant d’un pays atteint par le coronavirus. Avant lui, Donald Trump, Jair Bolsonaro et Boris Johnson sont passé par les mêmes épreuves, à des degrés divers. Si le premier ministre britannique est passé par les soins intensifs, Donald Trump n’a fait, lui, qu’une bouchée de sa « grippette ». Il faut dire qu’en coulisses, il a eu droit au traitement le plus adapté du moment, sans toutefois faire partie de la cohorte des volontaires pour tester l’un des vaccins alors en cours d’élaboration.

Quant à Emmanuel Macron, il a annoncé la semaine dernière avoir passé un test PCR positif. Les médias et ses adversaires politiques se sont aussitôt emparés de l’affaire. On avait presque l’impression de les entendre s’écrier « comment diable ce jeune freluquet a-t-il eu l’audace d’imposer couvre-feu et limitation des tablées à six adultes, et en même temps s’exposer en se produisant à plusieurs réunions, dîners et déjeuners » ? Les mêmes oubliaient au passage de préciser qu’il s’agissait quand même du chef de l’État, une personne que la fonction même expose à une multitude de rencontres quotidiennes. Le Monde le rappelait avec détails, il y a quelques jours, avec ces souvenirs de présidents qui considéraient qu’une fois passé le seuil du palais de l’Élysée, il fallait dire adieu à sa vie privée (à moins de posséder un beau scooter ou d’épouser l’heureuse propriétaire d’une résidence à la Villa Montmorency, hein…).

Enfin, l’essentiel, c’est que le président français se soigne correctement, et retrouve rapidement le chemin du bureau. Ne vous inquiétez-pas, son avenir semble entre de bonnes mains, et lui-même le fait savoir par le truchement d’une de ces vidéos-selfies dont on ne sait si elles renforcent vraiment la fonction présidentielle.

Inutile de mettre le son, vous avez droit aux sous-titres, qui valent leur pesant de cacahuètes. Trois minutes et 22 secondes qui propulsent à des années lumières le « Au revoir » de VGE… C’est à se demander pourquoi s’entourer d’une armée de communicants, préparer ses allocutions avec un tel soin, quand on sait si bien manier la caméra frontale de son smartphone.

Pour aller plus vite, en voici une version résumée.

Salut, c’est vendredi, veille de weekend, c’est ballot, je tousse et j’ai le nez qui coule, j’ai fait le test et bingo ! je l’ai ! Pas la peine de t’exciter Jean-Claude (*), le docteur de l’Élysée m’a donné l’ordonnance qui va bien et j’ai le paquet de médocs au pavillon de la Lanterne, où je suis parti m’isoler comme un bon soldat. Faut dire que ça serait con que je la refile à tout le monde, cette foutue grippe.

Bon, eh, les premiers de cordée, vous avez vu, j’ai tout de suite utilisé l’appli StopCovid AntiCovid TousAntiCovid du père Cedric (**), pour alerter les copains que j’ai croisés la semaine dernière. Ça a sucé toute la batterie de mon téléphone, ce truc ! Entre le bluetooth et les 12 000 contacts enregistrés, ziou ! 2% de batterie au bout d’une heure ! Bon, c’est un peu con, j’avais croisé tout le staff de LREM la veille, et presque tous les dirigeants européens la même semaine, mais c’est comme ça, hein, on décide pas tout seul de son agenda…

C’est trop con, en plus, c’est mon anniversaire ce lundi, va falloir que j’annule toutes les invitations ! Faudra que je dise à Cedric (***) de faire une application StopInvitsAnniversaire pour envoyer des SMS et des notifs en cas d’annulation de fête surprise.

Bon, c’est pas tout, faut que j’y aille, ils ont mis la fibre à la Lanterne et Darmanin m’a filé ses codes Netflix. Je du premier weekend sans Brigitte, je suis en train de me faire tout Fauda depuis hier soir, c’est trop de la balle. Il me reste le Jeu de la Dame et peut-être Téhéran, et je serai fin prêt pour le prochain G20.

Allez, salut !

Pendant ce temps, dans un lointain pays proche-oriental, le premier ministre très controversé d’un micro-état démocratique se faisait vacciner sous les sunlights. Lui, visiblement, sa femme n’a pas envie de le voir passer un weekend seul en résidence secondaire…

(*) Larcher, président du Sénat

(**) O, sous-ministre du digital

(***) ibid.

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