Coupure d’électricité

Ce qui est en train d’arriver à EDF à de quoi désespérer nos compatriotes. Comment une entreprise, qui a bénéficié d’un monopole absolu pendant des décennies, peut-il se retrouver en quelques années à un niveau d’endettement qui frôle le PIB des Hauts de Seine ? S’il n’y avait qu’une raison, ce serait simple. Tâchons d’y voir clair.

Il y a les raisons immédiates : l’impact du bouclier tarifaire. Une bonne idée pour les utilisateurs, un désastre pour l’entreprise. La hausse vertigineuse du prix de gros de l’énergie, depuis l’invasion de l’Ukraine notamment, met le marché de l’énergie sous forte tension. Contexte électoral aidant, il aurait été mal venu de voir le prix de l’électricité grimper fortement en début d’année. L’état a décidé de plafonner les tarifs. Pour une entreprise comme EDF, c’est déjà un gros manque à gagner.

Mais il y a pire. Le bouclier tarifaire est imposé non seulement à EDF, mais également à ses concurrents, qui ne produisent que peu ou pas d’énergie, et doivent se fournir ailleurs. Or les tarifs de gros s’étant envolé, ces concurrents ont dû s’approvisionner chez EDF, qu’on a contraint de maintenir des tarifs bas, même auprès de ses concurrents, pour leur permettre de survivre… Une situation ubuesque, où vous vendez à perte pour que votre compétition ne disparaisse pas.

Et puis il y a les causes profondes. La force d’EDF, c’est la parc de réacteurs et de centrales nucléaires. Un parc de 56 réacteurs nucléaires, qui nous place en seconde position derrière les Etats-Unis, et juste devant la Chine. Oui, mais sur ces 56 réacteurs, presque la moitié – 29 exactement – sont à l’arrêt. D’anomalie en anomalie, de maintenance reportée en fermeture programmée, l’État – et derrière ce terme se cache une cohorte de responsables politiques incapables de réfléchir sur le temps long – a laissé ce bijou se détériorer lentement.

Le résultat, c’est qu’EDF s’apprête à annoncer des pertes colossales – on parle de 10 milliards d’euros – avec un endettement 6 fois plus élevé.

Et pendant ce temps, Total Énergies s’apprête à annoncer des bénéfices record…

L’hiver sera chaud.

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