Pourquoi le nucléaire ne disparaîtra pas

Je ne sais pas si c’est le cas pour vous, mais chez moi, depuis le 11 mars dernier, j’entends parler de la catastrophe de Fukushima et de la fin du nucléaire à peu près tous les jours. Il faut dire que chaque jour apporte son lot d’actualités effrayantes: réacteur qui fond, nuage radioactif baladeur, eaux et aliments contaminés, bref, c’est déjà un peu la fin du monde, et tout le monde se sent concerné, jusqu’à mes amis polytechniciens de Polydées, pour une fois pas si consensuels que cela…. Et si ça arrivait chez nous? Pas de panique, nous répondent les uns. Au contraire, ne prenons pas le risque d’un Tchernobyl ou d’un Fukushima dans l’hexagone. Alors, que faire, que penser?

Soyons réalistes, le nucléaire n’est pas prêt de disparaître. Et pour plusieurs raisons.

La première est simple: regardez bien la carte ci-dessus, celle des centrales dans le monde. Leur répartition est bien simple: il n’y a pas une grande puissance qui peut s’en passer, des Etats-Unis au Royaume-Uni, de la Chine à la Russie. Faire l’impasse du nucléaire, c’est faire l’impasse sur une électricité  abondante, bon marché, peu polluante, idéale aussi bien pour chauffer les foyers que pour faire tourner les usines. Quitter le cercle des puissances nucléaires, c’est renoncer à sa place de super-puissance.

Deuxième raison: si l’on veut continuer à se chauffer en hiver, à charger nos iPhone, à prendre le métro, à griller nos steaks à l’électricité tout en abandonnant l’électricité d’origine nucléaire, il faudra bien produire de l’électricité autrement. Quelles sont alors les choix offerts? L’éolien? Il faudrait quelques dizaines de milliers d’éolienne pour remplacer ne serait-ce qu’une centrale. Souvenez-vous du tolle qu’ont déjà suscité quelques dizaines d’éoliennes sources de bruits et de dérangements chez leurs voisins, et imaginez ce que cela donnerait avec mille fois plus de ces engins… L’électricité produite par la houle marine? Vous n’imaginez pas la taille qu’un tel barrage devrait avoir pour tenir la comparaison avec une centrale, et l’impact de ce type de construction pour la flore et la faune marine. Je vois déjà le slogan: en France, on a de l’électricité, mais on n’a plus de poisons… Le charbon? j’attends de voir le bilan carbone du remplacement… Le solaire? idéal en Tunisie, utopique dans le Nord-Pas de Calais…

Troisième raison: certes, Tchernobyl et Fukushima font peur. Mais si accident il y a eu, c’est avant tout à l’origine humaine qu’il faut remonter: simulation de panne mal préparée dans le premier cas, sous-évaluation des risques dans l’autre (avec, il est vrai, la conjonction de bâtiments en fin de vie et l’utilisation de combustibles très polluants…). Des défaillances humaines, il y en a toujours eu, et il y en aura toujours, cela ne changera rien.

Quatrième raison: l’avenir de l’automobile, c’est la voiture électrique ou hybride. A petite échelle, les besoins ne sont pas gigantesques. Mais à grande échelle, comme les projections des différents constructeurs le montrent, avec des millions de batteries à recharger, croyez-vous qu’on pourra se passer de la production électrique actuelle?

Dans ma jeunesse studieuse, je me souviens avoir été un piètre élève en physique. Mais j’ai gardé de cette époque un principe général, qui doit dire que le bilan énergétique d’un système est toujours négatif (l’entropie ne peut qu’augmenter, disait-on): pour produire de l’énergie d’un coté, il faut en consommer d’un autre. Pour produire l’électricité que consomme un pays, il faut s’attendre à consommer quelque chose ailleurs. Dans le cas du nucléaire, cet ailleurs est certes très dangereux, mais reste confiné, et prend relativement peu de place. Dans tous les autres cas, il est épars, et a des répercussions qui seront peut-être tout aussi négatives sur l’écosystème.

Bref, le nucléaire n’est pas prêt de disparaître. Sachons simplement nous préparer au prochain incident.

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