In Vero vanitas ?

Vero, c’est le buzz du moment, le truc dont tout « expert » des réseaux sociaux doit avoir fait le tour. Ou du moins pouvoir en parler dans les salons. Mais très sincèrement, je ne me fais aucune illusion: Vero rejoindra rapidement quelques ex-gloires au cimetière des réseaux sociaux trop rapidement vantés pour leurs mérites.

Il y retrouvera so.cl, feu réseau social made in Microsoft lancé en 2011 et fermé en 2017, Mastodon réseau concurrent de Twitter lancé en 2017, Diaspora lancé en 2011, et dont l’un des fondateurs s’est suicidé quelques temps près. Il est fort probable que Vero rejoigne également une poignée de réseaux sociaux dont ni vous ni moi n’avons entendu parlé.

Pourquoi? Parce que, pardi, la place est déjà prise. Et parce que même si Vero a bénéficié d’un petit coup de boost médiatique ces derniers temps, cela ne suffira pas. Tout comme il ne suffit pas d’avoir l’argent nécessaire ou la technologie adaptée pour réussir. Il faut, pour s’imposer, une combinaison de plusieurs facteurs (un alignement des astres, dirait Emmanuel Macron): une vision de ses fondateurs, un réel besoin des utilisateurs, et de l’espace pour se développer en respectant ce que j’appelle le théorème de la boîte de nuit.

1- Une vision des fondateurs

LinkedIn, Facebook ou Twitter n’ont pas été développés pour être le réseau social qui remplacera le concurrent, mais pour correspondre à une vision initiale. Twitter, par exemple, est issu d’un projet annexe, un outil de chat au sein d’une équipe qui développait une plateforme vidéo. Ses créateurs ont rapidement compris le potentiel qu’offrait cet outil de chat, par rapport au projet initial, qui a été abandonné. Zuckerberg, de son côté, a très vite construit Facebook comme une plateforme à laquelle pourraient s’agréger d’autres services, comme le très simple et très répandu Facebook Connect.

Quelle est la vision de Véro? Est-ce de remplacer Facebook? Cela me semble bien puéril, ou d’une ambition exagérée. D’ailleurs, tout le monde n’est pas vraiment d’accord sur la cible réelle ou imaginaire de Véro. Instagram (selon Presse-Citron)? Facebook (selon Glamour)? Les deux à la fois?

2- Un réel besoin des utilisateurs

Quel est le point commun à LinkedIn, Facebook, Twitter ou YouTube? ET bien tous ces outils remplissent une fonction qui était très mal traitée auparavant. LinkedIn, par exemple, propose dès l’origine une manière très simple de mixer son CV et son carnet d’adresse, rendant ainsi la vie plus facile aux recruteurs et aux networkers. Twitter facilite le chat entre personnes qui ne se connaissent pas. Facebook permet à n’importe qui de retrouver ses anciens camarades de fac, sa famille, ses amis perdus de vue, et de discuter avec eux. YouTube nous a permis de nous débarrasser de la gestion des codecs, et d’intégrer de manière très simple de la vidéo sur des sites web. Pour toutes ces plateformes, il y a un avant et un après.

Bien entendu, tout n’est pas parfait. Chacun des outils précédents présente des défauts. Twitter est aride, Facebook tend à nous enfermer dans une bulle de gens qui pensent tous de la même manière, LinkedIn pervertit la manière de développer son réseau professionnel. Mais dans l’ensemble, ils remplissent parfaitement la fonction qui leur est dévolue. À vous de décider si vous souhaitez, ou non, les utiliser.

Dans le cas de Véro, cependant, on a du mal à comprendre quelle besoin va être comblé. Et j’ai du mal à croire que ce besoin s’exprime comme une gestion plus transparente des données privées. Ma naïveté a des limites.

3- De l’espace pour se développer

Que faites vous lorsque vous rentrez dans une boîte de nuit vide? Vous en sortez immédiatement pour aller là où il y a du monde. C’est humain, c’est à cela que servent les boîtes de nuit: rencontrer du monde. Pour moi, tout réseau social qui se crée est une boîte de nuit vide, ou presque. Et si on n’y trouve pas rapidement les gens qu’on apprécie, on en sort très vite pour aller les retrouver ailleurs.

C’est la raison pour laquelle les grands réseaux sociaux, Facebook ou LinkedIn, sot capables d’asphyxier les réseaux sociaux en phase de démarrage, en les privant de publics, et en les empêchant de prospérer selon la fameuse loi de Zipf. Bien sûr, certains réseaux sociaux réussissent quand même à se développer, comme Snap. Mais Snap s’est, à mon avis, d’avantage développé pour les raisons 1 (la vision des contenus éphémères) et 2 (le besoin pour les plus jeunes d’évoluer sur un réseau où leurs parents sont absents). Il n’est pas certain, d’ailleurs, que cela laisse suffisamment d’espace à Snap pour se développer et prospérer.

Avec son nom qu’on imagine tout droit sorti d’un Minitel (3615 Vero), Véro survivra-t-il? Probablement pas. Peut-être réussira-t-il à se maintenir à flot s’il n’épuise pas toutes ses ressources financières trop vite (ce qui n’est jamais certain). Mais de là à constituer une menace pour facebook, j’en doute fort. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, personnellement, je ne vais pas demander à ouvrir un compte sur Véro. Les avis des autres me suffiront, pour l’instant.

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A propos de Herve Kabla

Hervé Kabla, président de Else & Bang, cofondateur de The Daily Finance et de la série des livres expliqués à mon boss avec Yann Gourvennec.

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